- Edito N°50 - La politique comme création d’ambiances | Politics as the creation of ambiances, Dominic Desroches
- Edito N°49 - Un atelier hispano-scandinave sur l'atmosphère | A Spanish-Scandinavian Workshop on Atmosphere, Carsten Friberg et al.
EDITO N°50
01/10/2012
Dominic Desroches
PhD, Montréal, Québec. Auteur de plusieurs articles sur Peter Sloterdijk et le temps politique. Membre du nouveau Centre de recherche sur l’éthique publique et la gouvernance (Saint-Paul University, Ottawa, Canada).
PhD, Montreal, Quebec. Author of numerous articles on Peter Sloterdijk and political of time. Member of the new Research Centre in Public Ethics and Governance (Saint-Paul University, Ottawa, Canada).
La politique comme création d’ambiancesDans un article publié dans un collectif, le philosophe allemand Peter Sloterdijk examinait les conditions ayant mené à la démocratie1. Selon lui, ce régime politique doit être compris comme une invention atmosphérique qui est d’origine spatiale et médiatique. Il repose sur la capacité de créer des « salles d’attente » (waitings rooms). Voyons ici pourquoi. La communauté démocratique repose, en effet, sur des prémisses atmosphériques. Aux yeux de Sloterdijk, la démocratie a partie liée avec le développement de l’architecture. Afin d’illustrer sa thèse, il a recours à la métaphore du Palais de cristal2 pour rappeler la première construction climatique. Les plantes, ajoute-t-il, appartiennent aussi à l’ambiance des constructions humaines. Les hommes appartiennent à l’« environnement », de même la maison écologique aurait peut-être des précurseurs chez les penseurs de la polis grecque, notamment Aristote, et les dessinateur des villes grecques. Comment expliquer cela ? Le concept de polis (cité) veut que l’on partage, dans un monde « artificiel », c’est-à-dire construit par des hommes, les mêmes parois, les mêmes murs. La polis est une maison écologique au sens psychopolitique : vivre ensemble pour les Grecs, c’était expérimenter une nouvelle manière de concevoir le pouvoir et les lois à l’intérieur d’un espace limité. Les hommes ne sont pas des « citoyens » par nature puisqu’ils doivent se fabriquer le climat nécessaire pour le devenir. Ils doivent construire un espace permettant d’accepter autrui dans la proximité. Le développement de la démocratie impliquait donc une urbanisation spécifique car pour réaliser son idéal, les philosophes devaient réfléchir à la politique en terme d’ambiance, c’est-à-dire aux « conditions psychopolitiques de l’intégration sociale »3. L’originalité de Sloterdijk est entre autres de souligner que, au niveau des conditions pré-politiques, on trouvait déjà l’idée d’espace public. Cet espace public n’est pas seulement la réunion de personnes, mais aussi la construction de l’enceinte permettant la rencontre d’autrui dans la proximité, comme dans le cas de l’agora. Déjà, l’installation devait favoriser la vue des participants afin de créer une sorte d’immersion citoyenne. Il fallait sortir de soi pour imaginer la volonté de tous. L’une des prémisses atmosphériques de la démocratie est cette rencontre - l’installation favorisant une expérience nouvelle et intégrative - entre ceux qui voient et ceux qui participent, entre ceux qui parlent et ceux qui doivent, dans l’attente, écouter. Il y a pour la première fois l’acteur et le spectateur dans la même personne. Or, l’enceinte devait aussi impliquer une acoustique particulière. Elle devait favoriser le discours public, c’est-à-dire le transport du son afin de permettre la discussion. Art de la parole, la démocratie exige d’elle-même une ambiance et une acoustique rigoureuse. Il n’est donc pas accidentel que la démocratie aille de pairs avec le développement de la rhétorique et de la philosophie, c’est-à-dire des savoirs de l’écrit. En effet, parler des choses, mais aussi les capter dans des concepts, voilà ce qu’exige la démocratie et rend possible ses enceintes. La polis devient, en ce sens, le réservoir symbolique des objets du futur débat démocratique. Dans ce contexte atmosphérique, la démocratie n’apparaîtra que lorsque les citoyens seront enfin capables d’entendre des discours d’autrui et de se concentrer sur leur contenu. Elle exigeait des salles d’attente, c’est-à-dire des structures de temporalisation, pour parler comme N. Luhmann. Elle aura exigé des participant qu’ils apprennent à utiliser et gérer le temps, concrètement dans l’attribution des tours de parole et la limitation des longs discours des Athéniens. Ils auront aussi compris l’importance de la synchronicité, de la réciprocité, de la patience et du contrôle de soi (sophrosyne), lesquelles qualités requièrent une atmosphère spécifique. Le régime démocratique, on le voit, appelait de lui-même un entraînement car il a son propre « temps politique », qui est plus long et exigeant que ceux de la monarchie et de la tyrannie. Et si la psychologie grecque repose sur la fierté, le courage ou la force dans le thymós, la démocratie devait s’assurer déjà que la fierté n’allait pas se transposer immédiatement en actions et réactions. Ce régime exigeait des citoyens un certain contrôle de soi impossible sans un rapport nouveau au temps, à l’ambiance, voilà qui donnait une nouvelle extension au thymós. Cette remarque traduit peut-être le caractère révolutionnaire de tout idéal démocratique. Car en régime démocratique, la visée d’égalité ne peut se réaliser que si les conditions atmosphériques le permettent. Contre une tyrannie dans laquelle le thymós est devenu fou, une tyrannie qui ne respecte plus les adversaires, ni le temps de la parole ni celui de la réflexion, la démocratie exige encore un rapport réflexif dans le temps. La démocratie est un art politique de l’atmosphérique, conclut Sloterdijk, puisque là où il n’a pas d’espace compensateur, la peur et la contrainte auront tendance à imposer leurs lois contre la liberté. 1. Sloterdijk, P., "Atmospheric Politics", in Making Things Public – Atmospheres of Democracy (B. Latour and P. Weibel, Ed.). Cambridge, MIT Press, 2005, p. 944-951. 2. Le Palais de cristal (Crystal Palace) est tout d’abord une construction. Il s’agit d’un bâtiment construit pour accueillir la Great Exhibition londonienne de 1851, à Hyde Park. L’édifice intégrait le fer et le verre. C’était une immense « serre » qui, construit en un temps record en raison de l’utilisation de structures préfabriquées, permettait de voir le ciel. En tant que métaphore, le Palais de cristal est pour Sloterdijk l’image de l’économie capitaliste européenne qui a conduit à la mondialisation. C’est enfin le titre d’une partie de Globen, le tome II de sa trilogie, qui sera publiée séparément en français. 3. Sloterdijk, P. "Atmospheric Politics", p. 947. | Politics as the creation of ambiancesIn an article published in a collective, the German philosopher Peter Sloterdijk examined the conditions that led to democracy1. According to him, this political regime must be understood as an atmospheric invention with spatial and mediatic origins. He rests on the capacity to create waiting rooms. Let us understand why. Indeed, the democratic community rests upon atmospheric premises. From Sloterdijk’s point of view, democracy is in part related to the development of architecture. To illustrate his thesis, he resorts to the Crystal Palace2 metaphor to recall the first climatic structure. He adds that plants belong also to the ambiance of human structures. Men belong to the “environment”, even ecological homes may date back to the thinkers of the Greek polis, notably Aristotle and the designers of Greek cities. How can this be explained? The concept of polis (city) necessitates sharing, in an « artificial » world, in other words, built by man, within the same walls. The polis is an ecological home in the psychopolitical sense: to live together according to the Greeks was to experiment a new way of conceiving power and the laws within a limited space. Men are not « citizens » by nature because the climate to become such must be fabricated. They must build a space to allow others within their proximity. Thus, the development of democracy implied a specific urbanization because, to realize its ideal, philosophers needed to reflect on politics in terms of ambiance, in other words, on the “psychopolitical conditions of social integration”3. Sloterdijk’s originality underlines that, from a pre-political condition, the idea of a public space is found. This public space is not only a reunion of people, but also the building of a place allowing the meeting of others in proximity, as is the case of the agora. Already, this installation had to favor the participants’ views in order to create a sort of citizen immersion. We had to go out of ourselves to imagine the will of others. One of the atmospheric premises of democracy is this meeting – a space that favors a new and integrative experience – between those who witness and those who participate, between those who speak and those who must, whilst waiting, listen. For the first time, the actor and spectator are found within the same person. But the structure had to imply a particular acoustic. It had to favor the public discourse, that is to say the transportation of sound in order to facilitate the discussion. With the art of speech, democracy necessitates an ambiance and a rigorous acoustic. It is thus not accidental that democracy and the development of rhetoric and philosophy, that is the knowledge of writing, go hand in hand. In effect, to speak of things and also to grasp concepts, this is what democracy calls for and makes its structure possible. The polis becomes, in this sense, the symbolic reservoir of future democratic debates. In this atmospheric context, democracy appears only when citizens are finally able to hear the other’s discourse and to concentrate on its content. It requires “waiting rooms”, or in other words structures of temporalisation, in N. Luhmann’s words. It will have already called for participants to learn to use and manage time, concretely in the allotment of speaking and the limitation of elongated discourses of Athenians. They will have understood, as well, the importance of synchronicity, reciprocity, patience and self-control (sophrosyne), which are qualities that require a specific atmosphere. The democratic regime, as we see, calls on itself a training because it has its own « political time », which is longer and more demanding than a monarchy and a tyranny. And if Greek psychology rests on pride, courage or force on the thymós, democracy must re-assure itself that pride wasn’t going to transpose itself immediately to actions and reactions. This regime demanded citizens a certain self-control that is impossible without a new relationship to time and ambiance. This is what gave way to a new extension of thymós. This statement translates perhaps the revolutionary character of all democratic ideas. In democracy, indeed, the target of equality can only be realized if the atmospheric conditions allow it. Against a tyranny where the thymós has gone mad, a tyranny that does not respect its adversaries, the length of speech or the reflection, democracy demands a reflective relationship in time. Democracy is an atmospheric political art, concluded Sloterdijk, because where there is no compensatory space, fear and constraint will tend to impose their laws against liberty. 1. Sloterdijk, P., "Atmospheric Politics", in Making Things Public – Atmospheres of Democracy (B. Latour and P. Weibel, Ed.). Cambridge, MIT Press, 2005, p. 944-951. 2. The Crystal Palace is first of all a structure. It is a building which was built to accomodate London’s Great Exhibition of 1851 in Hyde Park. The structure integrated iron and glass. It was an immense greenhouse which, built in record time due to the use of prefabricated structures, allowed the a view of the sky. As a metaphor, the Crystal Palace is, for Slotedijk, the image of the European capitalist economy which led to globalization. It is finally the title of a section of Globen, book II of his trilogy. 3. Sloterdijk, P. "Atmospheric Politics", p. 947. |
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EDITO N°49
30/04/2012
Dr. Carsten Friberg
Professeur adjoint, École d'architecture d'Aarhus, Danemark
Assistant Professor, Aarhus School of Architecture, Danemark
Dr. Guillermo Guimaraens Igual
Dr. Guillermo Guimaraens Igual
Profesor Contratado Doctor (Maître de conférences en CDI, titulaire d'un doctorat). Département de composition architecturale, E.T.S. Architecture. Universidad Politécnica de Valence (Espagne)
Profesor Contratado Doctor. Departamento de Composición Arquitectónica E.T.S. Arquitectura. Universidad Politécnica de Valencia
Dr. Juan José Tuset Davó
Dr. Juan José Tuset Davó
Professeur adjoint, École d'architecture d'Aarhus, Danemark
Profesor Asociado. Departamento de Proyectos Arquitectónicos; E.T.S. Arquitectura. Universidad Politécnica de Valencia
Alter + Action. Un atelier hispano-scandinave sur l'atmosphèreSite Internet : ![]() Photos : © Carsten Friberg Dessins de Hugo Antonio Barros de Rocha Costa, Professeur adjoint, Département d'expresssion graphique architectonique à l'E.T.S. d'architecture. Universidad Politécnica de Valence (Espagne). L'atmosphère est une matière éphémère à travailler. Le concept est aussi vague qu'il est exhaustif. Il est aisé de se faire une idée d'une atmosphère par rapport à des lieux ou à des zones géographiques mais lorsqu'il s'agit d'être plus précis quant à ce qui les caractérise, cela devient beaucoup plus complexe. Si l'on pense aux différences entre une atmosphère méditerranéenne et une atmosphère scandinave, on fera probablement référence à la lumière et au climat, ainsi qu'à l'organisation et à l'utilisation des espaces publics. Mais qu'en est-il lorsque l'on aborde des questions architectoniques plus spécifiques sur les atmosphères méditerranéennes et scandinaves ? En mars, nous avons amené deux groupes d'étudiants en architecture ensemble à Valence (Espagne) pour un atelier sur l'atmosphère : un groupe espagnol (incluant un Italien) de l'E.T.S. d'architecture, Universidad Politécnica de Valence et un groupe danois (incluant des étudiants d'Islande, de Norvège et de Finlande) de l'École d'architecture d'Aarhus. L'idée était de faire travailler les étudiants ensemble à préparer des interventions dans des lieux publics dans l'optique de modifier l'atmosphère du lieu en question. Les interventions étaient liées aux éléments caractéristiques de la ville espagnole. On a pu immédiatement observer que les similitudes entre les étudiants espagnols et scandinaves étaient beaucoup plus évidentes que les différences. Le programme architectural a été établi immédiatement au-delà des différences, qu'elles soient géographiques ou éducatives, l'institution espagnole étant une université technique et l'établissement danois se situant dans la tradition des beaux-arts. Peut-être la communauté immédiate a-t-elle également quelque chose à voir avec le fait que l'atmosphère de l'atelier soit ouverte, curieuse et créative. L'atmosphère, indépendamment de son lien avec l'environnement physique, est, dans une très grande mesure, une question de relations humaines. Le facteur humain a peut-être été l'élément déterminant des interventions. Le projet devant être décidé et réalisé en trois jours, il n'était guère possible de se lancer dans des interventions physiques dépassant de simples objets. L'une des observations faites fut de découvrir à quel point une intervention devait être étonnamment forte pour susciter une réaction des spectateurs1. Il semblait plus facile de créer une interaction lorsque des objets étaient en jeu, même si cela pouvait impliquer une invitation à interagir.Bien entendu, une semaine d'atelier ne fournit pas beaucoup de réponses mais soulève plutôt davantage de questions pour de futures expériences. La réflexion sur les éléments architectoniques plus spécifiques faisant écho aux atmosphères méditerranéennes et scandinaves est susceptible d'attirer l'attention sur l'importance de l'intervention corporelle, à la fois pour son influence sur un lieu et en tant qu'élément de travail sur les atmosphères. Nous réagissons à la présence physique des personnes d'une manière explicite et implicite, dans la mesure où nous communiquons constamment avec les autres et la présence des gens influence fortement l'atmosphère. De même, la présence physique est une manière d'analyser un lieu car elle révèle beaucoup sur la manière dont il est perçu et utilisé et sur la façon dont on peut intervenir dessus, ce qui soulève des questions sur notre manière de percevoir, qu'il s'agisse de la manière dont nous percevons les atmosphères de différents lieux géographiques ou de savoir si nous devons avoir une perception corporelle lorsque nous parlons d'atmosphères, c'est-à-dire par l'action, le déplacement et l'activation de tous les sens. 1. NdT : le terme anglais utilisé dans le texte original était « bypasses » (dérivations, contournements) mais le sens de la phrase laisse penser que l’on a voulu écrire « bystanders » (spectateurs). | Alter + Action. A Spanish-Scandinavian Workshop on AtmosphereWeb site : ![]() Photos : © Carsten Friberg Drawings by Hugo Antonio Barros de Rocha Costa, Profesor Ayudante, Departamento de Expresión Gráfica Arquitectónica at E.T.S.Arquitectura. Universidad Politécnica de Valencia. Atmosphere is an ephemeral matter to work with. Just as inclusive the concept is it can also be very vague. We may easily have an idea of atmosphere related to places or geographical areas but when it comes to be more specific about what characterizing them it becomes much more complicated. Thinking of differences between a Mediterranean and a Scandinavian atmosphere we would probably relate it to something about light and climate as well as the organization and use of public spaces. But what happens when we move into some more specific architectonic questions about Mediterranean and Scandinavian atmospheres? In March we brought two groups of architectural students together in Valencia for a workshop on atmosphere – a Spanish group (including one Italian) from E.T.S. Arquitectura, Universidad Politécnica de Valencia and a Danish group (including students from Iceland, Norway, and Finland) from Aarhus School of Architecture. The idea was to have the students working together on making some interventions in public places that could change the atmosphere of the specific place. The interventions were related to elements typical for the Spanish city. Immediately observed was that the similarities between the Spanish and the Scandinavian students were far more obvious than the differences. The architectural agenda was established immediately across geographical differences as well as educational – the Spanish institution being a technical university and the Danish within a beaux arts tradition. Perhaps the immediate community also is related to the atmosphere of the workshop being open, curious and creative. Atmosphere is, apart from being about the physical environments, very much a matter of human relations.The human element was perhaps the determining part of the interventions. While decided about and performed within three days it didn't leave much room for physical interventions beyond some simple objects. An observation was how surprisingly strong an intervention it took to provoke a response from the bypasses. An interaction appeared easier to create when objects were involved though an invitation to interact may be implied. Of course, a week of workshop does not give many answers but rather raise more questions for future experiments. Reflecting on the more specific architectonical elements responding to the Mediterranean and Scandinavian atmospheres could perhaps draw attention to the importance of the bodily intervention for both what it does to a place and as an element of working with atmospheres. We react to the bodily presence of people both explicitly and implicitly as we are constantly interacting with other people and the presence of people means a lot to the atmosphere. Also, the bodily presence is a way of analyzing a place as it reveals a lot about how it is perceived and used and what can be done to it. This introduces questions of how we perceive; both about how we perceive atmospheres of geographical different places and whether we have to perceive bodily when discussing atmospheres i.e. by acting, moving, and activating all senses. |
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- Edito N°48 - Détection d’ambiances : expériences de mesures d’activité... | Sensing Atmospheres: experiences of electrodermal activity..., Seckin Basturk Friberg
- Edito N°47 - Espaces sensibles et espaces psychiques | Sensitive spaces and psychic spaces, Christophe Bittolo
- Edito N°46 - Qu'entendez-vous par zones calmes ? | What do you mean by quiet areas?, Catherine Lavandier et al.
- Edito N°45 - Le rapport du (cyber) ethnographe urbain à l'ambiance | The report of the (cyber) urban ambiance ethnograph, Nathalie Boucher & Laurence Janni
- Edito N°44 - Un pied dans la ville quand on est presbyacousique | One foot in the city when we are presbyacusis, Faten Hussein
- Edito N°43 - A la croisée des chemins des ambiances... et du Paléolithique... | At the crossroads of the ambiances... and the Upper..., Anne Bertrand-Callède
- Edito N°42 - L’ambiance urbaine dans le skateboard, ou l’animation de la rue... | Urban ambiance in skateboarding, or street entertainment..., Julien Laurent
- Edito N°41 - Comment construire écologique au 21e siècle ? | How do we build ecologically in the 21st century?, Jean-Louis Izard
- Edito N°40 - Dé(s)cor(p)s plastiques | Plastic Body(s), Rachel Thomas
- Edito N°39 - La découverte de la vallée du M’zab par l’architecte... | The discovery of the M’zab valley by architect..., Xavier Dousson
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Détection d’ambiances : expériences de mesures d’activité électrodermaleLe séminaire de l’année dernière organisé par Cost TD08041 et intitulé « Soundscape - Measurement, Analysis, Evaluation »2 à Aix-la-Chapelle, Allemagne, comprenait notamment un exercice de promenade sonore que les participants ont réalisé en deux groupes dans le centre d’Aix-la-Chapelle. Les deux groupes ont emprunté le même chemin mais ont commencé leur promenade sonore à partir de points différents : le premier groupe est parti du centre-ville pour se diriger vers la périphérie tandis que l’autre groupe est parti de la périphérie pour avancer vers le centre. À l’issue de la séance de promenade, des différences surprenantes sont apparues entre les deux groupes concernant leur ressenti des qualités de la ville. Pour mon groupe et moi-même, la place entre l’Hôtel de ville et la cathédrale était très calme ; je pouvais même distinguer les mots d’un couple relativement éloigné de moi. Mon expérience était comparable à celle du calme d’une bibliothèque, mais je me trouvais en plein centre d’Aix-la-Chapelle, entre deux lieux d’intérêt touristique importants. Je me sentais calme, détendu mais éprouvais en même temps une sensation d’ennui, voire un peu de lassitude. En revanche, l’autre groupe est resté occupé au même endroit pendant près d’une heure, prenant plaisir à écouter un orchestre de rue, à observer les gens rassemblés et probablement à danser au son de la musique. Cette expérience personnelle m’a fait remettre en question les techniques et termes que nous employons habituellement pour décrire le bruit et les environnements acoustiques des villes. Et en réponse à cette expérience, une étude préliminaire a été entreprise afin d’explorer les relations spatio-temporelles entre des stimuli physiques (son) et des réactions émotionnelles à ces stimuli dans notre vie quotidienne. Une expérience en situation réelle a été menée, en étudiant les réactions émotionnelles d’un sujet par le biais de l’activité électrodermale (EDA) (également appelée conductivité de la peau), des niveaux sonores et d’auto-évaluations subjectives pendant différentes activités. Dans ce contexte, un sujet a été équipé d’un capteur de variables d’environnement3 et d’un capteur d’EDA4, et transmettait des auto-évaluations en temps réel au moyen d’un smartphone sur une période d’expérimentation de trois jours. Les niveaux de pression acoustique (dB), l’emplacement (latitude et longitude), et les niveaux d’EDA (μS) en temps réel ont été consignés à chaque seconde tout au long de la période de trois jours. De plus, les réactions du sujet à l’environnement en termes d’états émotionnels et de bruit perçu ont été mesurées à de multiples reprises, ainsi que d’autres variables, à l’aide d’un questionnaire en ligne accessible par smartphone. En outre, le participant transmettait également des informations sur l’activité entreprise au moment de la transmission du questionnaire. Les états émotionnels étaient rapportés dans deux dimensions : le calme et la résonance. Le bruit perçu diffère du niveau de pression acoustique par le fait que ce dernier est un paramètre physique tandis que le bruit perçu résulte de l’interprétation des stimuli sonores en fonction de leur caractère acoustique, de leur source, de leur signification et de leur harmonie dans le contexte (Figure1). Les résultats de l’expérimentation indiquent que les niveaux d’EDA et le niveau de pression acoustique mesuré présentaient une corrélation significative. De plus, l’état émotionnel de calme auto-évalué était fortement lié à la fois au niveau réel de pression acoustique et au bruit perçu. Par ailleurs, il existait une cohérence apparente entre le calme auto-évalué et les niveaux d’EDA mesurés (Figure 2). En conclusion, les résultats préliminaires font apparaître des concordances étonnantes entre les mesures subjectives et physiologiques d’émotions fortement associées aux sons de tous les jours, ce qui laisserait entendre que le suivi du niveau d’EDA peut s’avérer un outil précieux pour l’évaluation, basée sur l’émotion, de qualités sensorielles et d’ambiances sonores de notre environnement. En outre, la collecte d’informations spatio-temporelles – subjectives, physiologiques et environnementales – auprès d’experts locaux dans leur cadre de vie réel au moyen de systèmes mobiles sans fil, promet une visibilité unique sur les ambiances urbaines. Néanmoins, afin que les résultats soient plus conséquents et les observations de plus en plus fiables, il est crucial d’élargir l’échantillonnage des participants à l’étude et de poursuivre l’expérimentation. Remerciements L’étude a été menée lors de ma période de visite au Laboratoire Senseable City Lab du MIT. Je tiens à remercier pour leur soutien Carlo Ratti, Rex Britter et Prudence Robinson du MIT Senseable City Lab., Rosalind Picard et Rob Morris du MIT Media Lab. Affective Computing group, ainsi que Luigi Maffei et Massimiliano Masullo du Laboratoire RiAS, SUN. | Sensing Atmospheres: experiences of electrodermal activity measurementsLast years seminar organized through Cost TD08041 entitled “Soundscape - Measurement, Analysis, Evaluation”2 in Aachen, Germany, incorporated a soundwalk exercise that participants carried out in two groups throughout the center of Aachen. Both groups took the same path but started their soundwalks at different points; one group began at the city center and moved towards the periphery, whilst the other group set out from the periphery and walked towards the center. After the soundwalk session intriguing differences emerged between the two groups regarding their experienced qualities of the city. For me and my group, the square between the Rathaus and the Cathedral was very quiet, I could even recognize the words of a couple relatively distant from me. My experience was similar to that of being in a quiet library, but I was right in the center of Aachen between two important, touristic landmarks. I felt calm, relaxed but at the same time bored and maybe a bit wearisome. In contrast, the other group remained occupied at the same location for almost one hour, having fun listening to a street band, observing people gathered and probably dancing to the music. This first-hand experience made me question the techniques and terms that we usually employ to describe noise and soundscapes of cities. And in response to this experience, a preliminary study was undertaken to investigate spatiotemporal relationships between physical stimuli (sound) and emotional responses to it in our daily lives. A real-life experiment was carried out, monitoring a subject’s emotional reactions by means of: electrodermal activity (EDA) (also known as skin conductance), sound levels and subjective self-reports during different activities. Within this context, a subject carried one environmental sensor3 and one EDA sensor4, and submitted self-reports in real-time using a smartphone over a three day experimentation period. Real-time sound pressure levels (dB), location (latitude and longitude), and EDA levels (μS) were logged every second throughout the 3-day period. Furthermore, the individual’s responses to the environment in terms of emotional states and perceived noisiness were measured multiple times along with other variables using an online questionnaire accessed via a smartphone. In addition, the participant also submitted information on the actual activity being undertaken at the time of questionnaire submission. The emotional states were reported in two dimensions; calmness and vibrancy. Perceived noisiness differs from sound pressure level in that the sound pressure level is a physical parameter while perceived noisiness is a result of the interpretation of the sound stimuli as a function of its acoustic character, its source, its meaning and its harmony with its context (Figure1). The results of the experiment indicate that EDA levels and measured sound pressure level had a significant correlation. Furthermore the self-reported emotional state of calmness was strongly correlated with both actual sound pressure level and perceived noisiness. In addition, there was apparent consistency between the self-reported calmness and measured EDA levels (Figure 2). In conclusion, the preliminary results indicate intriguing consistencies between subjective and physiological measures of emotions that were significantly correlated with everyday sounds. This would suggest that EDA level monitoring may prove to be a useful tool for an emotion based assessment of sensory qualities and soundscapes of our surroundings. In addition, gathering spatiotemporal information – subjective, physiological and environmental – from local experts in their real-life setting through wireless mobile devices, promises unprecedented insight into urban ambiances. Nonetheless, in order to draw more substantial results and have increasingly reliable insights, it is crucial to scale up the sampling size of participants within the study and do further experimentation. Acknowledgement The study is conducted during my visiting period at MIT Senseable City Lab. I gratefully acknowledge the support of Carlo Ratti, Rex Britter and Prudence Robinson from MIT Senseable City Lab., Rosalind Picard and Rob Morris form MIT Media Lab. Affective Computing group, Luigi Maffei and Massimiliano Masullo from Laboratory RiAS, SUN. |
1. “About Soundscape of European Cities and Landscapes.” [Online]. Available: ![]() 2. A. Fiebig et al., “Education in Soundscape-A seminar with young scientists in the COST Short Term Scientific Mission ‘Soundscape-Measurement, Analysis, Evaluation’ ” in 20th International Congress on Acoustics, ICA 2010, Sydney Australia, 2010. 3. Sensaris, “Eco Senspod,” Smart Wireless Sensor Solutions, 2011. [Online]. Available: ![]() 4. “Galvanic Skin Response for Measuring Emotions | Q Sensor | Affectiva.” [Online]. Available: ![]() 5. Ming-Zher Poh, N. C. Swenson, and R. W. Picard, “A Wearable Sensor for Unobtrusive, Long-Term Assessment of Electrodermal Activity,” IEEE Transactions on Biomedical Engineering, vol. 57, pp. 1243-1252, May 2010. 6. C. Nold, Emotional Cartography - Technologies of the Self. Wellcome Trust, 2009. 7. R. Cain, P. Jennings, and J. Poxon, “Setting targets for soundscape design: The practical useof a 2-dimensional perceptual space,” in 39th International Congress and Exposition on Noise Control Engineering - Inter Noise 2010, Lisbon, Portugal, 2010. 8. M. Martino, R. Britter, C. Outram, C. Zacharias, A. Biderman, and C. Ratti, “Senseable City,” in Digital Urban Modelling and Simulation, Springer, 2010. |
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EDITO N°47
27/10/2011
Christophe Bittolo
Psychologue, psychanalyste, analyste de groupe, enseignant chercheur associé (LPCP de l’Université Paris Descartes), France
Psychologist, psychoanalyst, group analyst, associate research lecturer (LPCP of the University of Paris Descartes), France
Espaces sensibles et espaces psychiquesSi l’ambiance est une question principalement posée par la recherche architecturale, il n’est pas inintéressant de s’interroger sur la place que cette question occupe aujourd’hui dans le champ de la psychologie clinique. Cette discipline a historiquement centré son attention sur ce qui se passe intérieurement pour un sujet singulier ; mais l’extension des domaines d’application vers les pratiques de groupes (patients, famille, équipe des travail…) a amené les cliniciens et les psychanalystes à développer des conceptions et des méthodologies groupales. Dans ce mouvement, l’attention portée à la vie affective s’est étendue vers une sensorialité partagée, liante, à certains égards « hors sujet », vers une zone « limite » dans laquelle la différenciation opérée par la pensée entre l’espace environnant, la psyché et le corps s’estompe et perd sa pertinence. C’est ici que l’ambiance apparaît et prend toute sa valeur processuelle. La présence de cet éprouvé d’ensemble témoigne tout autant de l’état sensori-affectif d’un collectif qu’elle est mobilisatrice d’effets sur des façons de penser, d’agir et d’être ensemble. La prégnance et l’impact des ambiances dans les institutions hospitalières nous a ainsi amené à en étudier attentivement les évolutions et les ressorts (C. Bittolo, 2007, 2008). Quelles sont aujourd’hui les questions soulevées par la prise en compte de cet éprouvé dans la clinique des groupes ? Si l’on peut reconnaître à la qualité d’une ambiance (conviviale, tendue, distendue…) le pouvoir qu’elle détient sur des processus intrapsychiques et intersubjectifs, son absence relative à un moment donné pose la question des différentes modalités qui, dans la vie d’un groupe, concourent à la régulation d’une sensorialité diffuse. Nous avons ainsi pu souligner que des dynamiques de groupe, des styles tonico-posturaux et moteurs et certains procédés « disjonctifs » avaient le pouvoir de contenir et de réguler les forces en jeu. Une ambiance prégnante et manifeste marquerait sous cet angle une dérégulation ou un débordement de ces différentes modalités intégratives. Parmi ces modalités, le rôle de la forme prise par un groupe interroge son pouvoir de contenance esthésique ; comment l’esthétique d’une forme et l’émotion qu’elle suscite participent-elles à la transformation d’une sensorialité éparse ? Cette question interroge autant le pouvoir attracteur de l’ambiance que l’importance des rythmes.Enfin plus globalement, l’ambiance nous conduit à repenser l’étendue de la vie psychique et des phénomènes inconscients au-delà des « topiques » initialement conceptualisées par S. Freud et les articulations qui existent entre l’architecture interne de la vie psychique et l’espace sensible. Nous voici devant de vastes chantiers dont l’ambiance constitue une précieuse voie d’accès. Bibliographie Anzieu D.,1999, Le groupe et l’Inconscient, Paris, Dunod, 3ème Ed. Bittolo C., 2008, « Les ambiances et leur traitement dans les groupes en institution » in Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe, 50, 2008, p45-53 Bittolo C., 2007, « Introduction à la psychopathologie des ambiances », in E. Lecourt et al., Modernité du groupe dans la clinique psychanalytique, Toulouse, Erès Bion W.R.,1961, Recherches sur les petits groupes, tr. E.L. Herbert, Paris, Puf, 1965 Lewin K.,1947, « La frontière dans la dynamique des groupes » in Psychologie dynamique, Paris, Puf, 1959 Rouchy J.C.,1998, Le groupe, espace analytique, clinique et théorie, Toulouse, Erès Thibault E., 2010, La géométrie des émotions, les esthétiques scientifiques de l’architecture en France, 1860-1950, Wavre, ed. Mardaga | Sensitive spaces and psychic spacesAlthough ambience is an issue raised primarily in architectural research, it is quite interesting to explore the place this issue currently occupies in clinical psychology. This discipline traditionally focused its attention on what occurs inwardly in a singular subject; yet the extension of fields of application to group practices (patients, family, working teams) has led clinicians and psychoanalysts to develop group-based concepts and methodologies. In this movement, the attention paid to affective life has expanded towards a shared, binding sensoriality, “irrelevant” in some respects, towards a “borderline” area, where the boundaries the mind creates between one’s surroundings, psyche and body become blurred and less relevant. This is where ambience intervenes and takes on its full value as a process. The presence of this overall sentiment is as much an indicator of a collective body’s sensory-affective state as it is the generator of effects on how people think, act and behave together. The pregnance and impact of ambiences in hospitals has led us to study closely their evolution and workings. (C. Bittolo, 2007, 2008). What questions are raised today by allowing for this sentiment in the group diagnosis method? While the quality of an ambience (friendly, tense, loose, etc.) can help us recognize the power it has over intra-psychological and intra-subjective processes, its absence relative to a given moment raises the question of the different forms that, in the life of a group, converge to regulate a diffuse sensoriality. So we were able to show that some group dynamics, tonico-postural and motor styles and “disjunctive” processes had the power to contain and regulate the forces at work. From this angle, a clearly pregnant ambience would signal a deregulation or excess of these various integrative forms. Among these forms, the role of the form taken by a group raises questions about its power of esthesic capacity; how do the aesthetic of a form and the emotion it arouses contribute to the transformation of a broader sensoriality? This question addresses the attractor power of the ambience and the importance of rhythms.Finally, on a more general note, ambience leads us to rethink the scope of psychic life and subconscious phenomena, beyond the “topics” initially conceptualized by S. Freud, and the links that exist between the internal architecture of psychic life and sensitive space. A vast area of research lies before us, to which ambience offers a valuable key. Bibliography Anzieu D.,1999, Le groupe et l’Inconscient, Paris, Dunod, 3rd Ed. Bittolo C., 2008, “Les ambiances et leur traitement dans les groupes en institution” in Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe, 50, 2008, p45-53 Bittolo C., 2007, “Introduction à la psychopathologie des ambiances”, in E. Lecourt et al., Modernité du groupe dans la clinique psychanalytique, Toulouse, Erès Bion W.R.,1961, Recherches sur les petits groupes, tr. E.L. Herbert, Paris, Puf, 1965 Lewin K.,1947, “La frontière dans la dynamique des groups” in Psychologie dynamique, Paris, Puf, 1959 Rouchy J.C.,1998, Le groupe, espace analytique, clinique et théorie, Toulouse, Erès Thibault E., 2010, La géométrie des émotions, les esthétiques scientifiques de l’architecture en France, 1860-1950, Wavre, ed. Mardaga |
1. Enseignées dans le cadre du Master de Psychologie Clinique et de Psychopathologie de l’Université Paris Descartes. 2. Il s’agirait de préciser la notion de « forme » parmi les filiations issues du Gestaltisme, des théories de la communication et d’autres théories psychanalytiques sur le fonctionnement des groupes. 3. Notons sur cette question, le travail d’Estelle Thibault (2010). | 1. Taught in the context of the Master’s in Clinical Psychology & Psychopathology of the University of Paris Descartes 2. This means specifying the notion of “form” from the filiations taken from Gestaltism, communication theories and other psychoanalytical theories on how groups function. 3. See Estelle Thibault’s work on this question (2010). |
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EDITO N°46
20/09/2011
Catherine Lavandier
Maître de conférences au laboratoire MRTE de l'université de Cergy Pontoise, France, Acousticienne
Lecturer at the MRTE (Mobility, Network, Territory, Environment) laboratory of Cergy Pontoise University, France, Acoustician
Pauline DelaitreDoctorante au laboratoire MRTE, financée par le réseau R2DS de la région Île de FrancePhD student at the MRTE laboratory, financed by the Île de France (Paris region) R2DS network
Maria Basile
Maria Basile
Maître de conférences au laboratoire MRTE de l'université de Cergy Pontoise, France, Architecte
Lecturer at the MRTE (Mobility, Network, Territory, Environment) laboratory of Cergy Pontoise University, France, Architect
Qu'entendez-vous par zones calmes ?Pour comprendre quelles sont les caractéristiques des zones calmes en milieu urbain, Pauline Delaitre a récemment organisé deux ateliers de concertation dans le cadre de sa thèse. Ces ateliers se sont déroulés à Paris et à Cergy Pontoise et ont regroupé une vingtaine d’habitants au total. La méthode utilisée a été inspirée des « cultural probes », méthode développée par Graver en 1999. Lorsque l’on demande aux citadins : "Où iriez vous chercher du calme ?", les espaces verts sont souvent cités. Mais après quelques échanges, la caractéristique principale qui émerge, au delà de la présence de verdure, est la qualité du lieu à être perçu comme extérieur à l’espace temps urbain. La zone calme permet de s’évader de l’ambiance urbaine : « Je trouve que quand on est avenue de Clichy [à Paris], c’est très bruyant et quand vous rentrez là, vous avez l’impression d’être dans un village ». Pour qualifier une telle zone, la comparaison est très souvent utilisée. Le calme est souvent cité en référence à une autre situation: « [Ce parc] il est plus calme que celui là ». Les zones calmes se remarquent par le changement d’ambiance qu’elles proposent, que ce soit à travers une évolution spatiale ou une évolution temporelle. Plus le contraste entre deux zones ou deux moments est important, plus l'impression de calme est grande : « Une rue moche, bruyante, ce n’est vraiment pas le côté sympa de Pontoise, et là vous êtes dans ce cimetière que par ailleurs je trouve très moche, et pourtant, et bien c'est hyper calme ». Lorsque les sens sont sollicités pour leur fonction d’alerte, une fatigue attentionnelle peut en résulter : « Lorsqu’il pleut, ce n’est pas calme. La pluie rend la chaussée et les trottoirs glissants. La pluie peut gêner la vision des véhicules et peut même masquer certains bruits ». Une zone calme est perçue comme un endroit serein et sans danger qui permet de relâcher l’attention : « Quand je peux le regarder [l’orage] d’un endroit où je me sais en sécurité, ça m’apaise ». Pour être associée au calme, une zone doit être exempte "d’agressions", qu’elles soient visuelles ou auditives: « Le bus, c’est plus calme que le métro. […] Il y a le bruit du métro en lui-même et les sonneries à toutes les stations ». «Il n’y a pas de bruit et pourtant je ne considère pas cet endroit comme calme. Mais c’est parce que visuellement c’est très agressif pour moi ». Le calme permet donc de ressentir des éléments qui peuvent rappeler la nature : « Quand il y a des petits chemins, des jardins, le sol est moins dur. La texture est plus agréable, ça fait penser à des textures de campagne ». Les ateliers ont montré que dans certaines situations le calme peut être inapproprié ou faire peur : « C’est très calme mais c’est un peu mort ». La directive européenne sur la gestion du bruit de l'environnement demande de mettre en place des plans d'action pour préserver ces zones calmes. Ne faudrait-il pas aussi préserver les zones de hautes qualités acoustiques comme le suggère Lex Brown ? En effet, l'animation qui est en général liée à la présence humaine peut être souhaitée, car elle est souvent associée à la notion de partage. Toutes les caractéristiques évoquées ci-dessus doivent maintenant être déclinées en terme d'urbanisme afin d'aider les décideurs à mettre en place leurs plans de prévention du bruit dans l'environnement. | What do you mean by quiet areas?In order to provide a better understanding of the features of quiet areas in an urban environment, Pauline Delaitre recently organised two consultation workshops as part of her thesis. These workshops were held in Paris and in Cergy Pontoise and brought together twenty or so inhabitants in total. The method used was inspired by ”cultural probes”, a method developed by Graver in 1999. When we ask city dwellers: "Where would you go to find peace and quiet?", the answer often given is “parks”. But a little further on into the conversation, the main feature which emerges, beyond the presence of greenery, is the degree to which the place in question can be perceived as being outside the urban time space. The quiet area makes it possible to escape from the urban atmosphere: ”I find that when you are on Avenue de Clichy [in Paris], it’s very noisy and yet when you enter this area, you feel like you’re in a village”. It’s a comparison very often used to describe such an area. The notion of quiet is often quoted with reference to another situation: ”[This park] is quieter than that one”. What’s noticeable about quiet areas is the change in atmosphere that they offer, whether through a change of space or time. The greater the contrast between two areas or two moments is, the greater the impression of quiet is: “An ugly noisy road, it’s not exactly what you’d call the nicer side of Pontoise, and there you are in this cemetery which I also find very unappealing, yet even so it’s so very quiet”. When the senses are used for the purposes of an alert, the resulting tiredness can mean that your attention wanders: ”When it rains, it’s not quiet. The rain makes the road surface and the paths very slippery. Rain can hinder vehicle vision and even hide certain noises”. A quiet area is seen as a place which is calm and free of any danger where you can drop your guard a little: “When I can watch it [a storm] from a place where I know I’m safe, I feel at ease”. To qualify as being quiet, an area must be free from "any form of aggression", whether it be to the eyes or the ears: “The bus is quieter than the metro. […] there’s the noise of the metro itself and the buzzers at every station”. “There’s no noise and yet I still wouldn’t say that this is a quiet place. But that’s because visually I find it very aggressive”. So the quietness makes it possible to feel things which remind you of nature: “When there are little paths, gardens, the ground is softer. The texture is more pleasant, and reminds one of the textures found in the countryside”. The workshops have shown that in certain situations quiet can be inappropriate or may be frightening: “It’s very quiet but it’s a bit dead”. The European directive on noise management in the environment requires the implementation of action plans for protecting these quiet areas. But shouldn’t we also protect high quality acoustic zones as Lex Brown suggested? Indeed, the coming and going which in general denotes the presence of human beings may be desirable, because it is often associated with the notion of sharing. All the features mentioned above must now be presented in terms of town planning in order to help decision makers implement their noise prevention plans within the environment. |
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EDITO N°45
10/07/2011
Nathalie Boucher & Laurence Janni
Doctorantes en études urbaines. Laboratoire VESPA, Institut national de la recherche scientifique, Centre Urbanisation Culture Société, Montréal, Canada
PhD candidates in Urban Studie. VESPA Laboratory, Institut national de la recherche scientifique, Centre Urbanisation Culture Société, Montreal, Canada
Le rapport du (cyber) ethnographe urbain à l’ambianceLe chercheur en milieu urbain se doit de maîtriser l’art de l’objectivité. Pourtant, dans ses recherches, par ses méthodes, il est la proie des ambiances des espaces qu’il étudie. Faire des relevés de terrain ou se rendre sur le lieu d’une entrevue immerge le chercheur dans les ambiances urbaines. Dans les deux cas, et dans bien d’autres, ses prédispositions sensorielles auront une influence sur les données qu’il va récolter. Le chercheur doit-il contrôler ou analyser sa sensibilité aux ambiances urbaines dans sa compréhension de la ville ? A-t-il les outils théoriques et méthodologiques pour le faire? Ici, nous opposons pour l’exercice nos deux méthodologies privilégiées et leur rapport à l’ambiance. Ethnographie Aujourd’hui, l’immersion ethnographique urbaine est courte, focalisée sur une dimension ou une autre de la ville. L’ambiance est un élément puissant et saisissable, mais souvent compris comme secondaire, voire illustratif. Le Belleville de Simon1 est conçu comme un chevauchement des ambiances de Belleville qui exprime la mosaïque des usages sociaux dans ce quartier multiethnique. La saisie des ambiances ici est-elle tributaire du sujet d’études ? Un autre chercheur travaillant sur un autre sujet aurait-il saisi les mêmes sons, lumières, voix et couleurs? Les aurait-il agencés de la même façon? Les aurait-il analysés avec le même résultat ? Trop souvent, les chercheurs négligent l’importance de leurs sens. Le rapport du chercheur aux stimulations sensorielles n’est pas valorisé, est peu exploré et exploité. Pourtant, la recherche de terrain s’enrichit du partage de ces expériences avec les citadins. Les outils qui assurent un minimum de valeur scientifique au travail ethnographique pourraient être mis à contribution pour objectiver la relation à l’ambiance. Mais cet exercice de saisie et de transmission objectives du rapport aux ambiances urbaines ne dénaturerait-il pas ces expériences sensorielles toutes subjectives ? Cyber ethnographie Comment entendre ces appels subtils aux sens et tenir compte de leur écho dans la recherche urbaine ? Les nouvelles technologies, qui font leur chemin dans nos méthodes de collectes de données, pourraient peut être rendre justice aux ambiances vécues, ressenties, exprimées. La cyber ethnographie permet au chercheur de tenir le terrain à distance de ses sens. Mais est-ce ainsi donner plus d’objectivité à la recherche ou la priver d’éléments indispensables à sa compréhension du social ? Faut-il réintégrer ces données aux connaissances du terrain et si oui, comment ? Les pratiques numériques des urbains ainsi que la connectivité dans les espaces publics participent elles-mêmes de cette ambiance à saisir et au final participent de son rythme. Il y a quelques années, Finnegan2 s’est intéressée à l’importance des divers récits (personnels et institutionnels) que les acteurs rédigent sur la ville en écrivant sur eux. Les récits de chacun permettent alors de représenter le tout et l’expérience du tout. Le foisonnement des récits de cette nature sur Internet offrent de nouvelles perspectives en terme d’accès à une grande diversité de discours, de ressentis, de représentations et donc d’éléments d’ambiances filtrés par d’autres sensibilités que celle du chercheur. Internet pourrait-il être l’outil d’une étude des ambiances qui embrasseraient toutes les dimensions sensorielles... sauf celle du chercheur ? | The report of the (cyber) urban ambiance ethnographerThe researcher of urban environment has a duty to master the art of objectivity. He is nonetheless prey to the ambiances of the spaces he studies, in his research and by his methods. The researcher is submerged in urban ambiances when performing site surveys or going to the interview location. In both cases, and in many others, his sensory predispositions will have an influence on the data he collects. Should the researcher control or analyse his sensitivity to urban ambiances in his understanding of the city? Does he have the theoretical and methodological tools to do so? As an exercise, we shall compare here our two preferred methodologies and their relationship to ambiance. Ethnography Ethnographical urban immersion is currently short, focused on a given dimension of the city. Ambiance is a powerful, perceptible element, although often understood as secondary or even illustrative. The Belleville of Simon1 is designed as overlapping Belleville ambiances, which expresses the patchwork of social customs in this multiethnic quarter. Does the record of the ambiances here depend on the research subject? Would another researcher working on another subject choose the same sounds, lights, voices and colours? Would he put them together in the same way? Would he analyse them with the same result? Researchers tend to neglect the importance of their senses too often. The researcher’s relationship to sensory stimulations is not recognized and rarely explored and used. Yet field studies are enhanced by sharing these experiences with city-dwellers. The tools that guarantee ethnographical worka minimum scientific value could be put to use to objectify the relationship to ambiance. Yet wouldn’t this exercise of objective recording and transmission of the relationship to urban ambiances misrepresent these wholly subjective sensory experiences? Cyber ethnography How can we hear these subtle calls to the senses and make allowance for their echo in urban research? The new technologies that play a growing role in our data collection methods could perhaps do justice to the ambiances experienced, sensed and expressed. Cyber ethnography helps the researcher keep the field at a distance from his senses. Yet is this a way of making research more objective or depriving it of key elements for its understanding of social issues? Should this data be reintegrated into our field knowledge and, if so, how should it be done? City-dwellers’ digital practices and the connectivity in public areas in turn contribute to this ambiance that needs to be recorded, and they ultimately contribute to its pace. A few years ago, Finnegan2 examined the importance of the various accounts (personal and institutional) that city-dwellers give of the city as they write about themselves. Each account therefore helps represent the whole, and the experience as a whole. The abundance of accounts of this type on the Internet open up new vistas in terms of access to a great diversity of stories, feelings and representations, and accordingly elements of ambiance filtered by other sensitivities than those of the researcher. Could the Internet be the tool for a study of ambiances that would encompass all sensory dimensions, except that of the researcher? |
1. Simon, P. 1997. «Les usages sociaux de la rue dans un quartier cosmopolite». Espaces et Sociétés, vol. 90-91, p. 43-68. 2. Finnegan, R. 1998. Tales of the city. A stydy of narrative and urban life. Cambridge : Cambridge University Press. |
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EDITO N°44
18/06/2011
Faten Hussein
Architecte, doctorante au CERMA UMR CNRS/MCC 1563, ENSA Nantes, France. Thèse en cotutelle dirigée par G. Hégron et J-P. Péneau, encadrée par P. Joanne
Architect, PhD Candidate at CERMA research group UMR CNRS/MCC 1563, ENSA Nantes, France. PhD cosupervised by G. Hégron, J-P. Péneau and P. Joanne
Un pied dans la ville quand on est presbyacousiqueSuzanne Soukeina, 84 ans, retraitée de la poste tunisienne, ne s’adonne plus à son activité préférée : la marche. Des problèmes cardiaques couplés à une déficience auditive liée à l’âge avancé l’obligeant à porter une prothèse auditive font que son univers se rétrécie considérablement depuis quelques années. Elle nous a fait part de ses craintes vis-à-vis de la fréquentation de l’espace public : « Je crains les chutes…tout le monde court à l’extérieur, les voitures roulent vite et ma lenteur me fait sentir que je m’expose à un danger à chaque mètre que je fais… »1. De nombreuses études qui s’intéressent à l’usage de la ville par les plus âgés pose la question de la sécurité à s’exposer dans l’espace public lorsqu’on atteint le grand âge. Les difficultés de mobilité au sens strict sont souvent le prétexte à fréquenter de moins en moins l’espace public. Un mal, aussi responsable de l’isolement de la personne âgée que la diminution de ses capacités physiques, passé souvent sous silence, à cause entre autres de son invisibilité : il s’agit de la presbyacousie. La perte de discrimination sonore chez le piéton âgé est à l’origine de nombreuses situations de dangers et d’accidents de la voie publique. Ne percevant plus les signaux auditifs d’alerte ou, quand il les perçoit, ne les situe plus à leur bonne origine, le piéton âgée se trouve vulnérable et fragilisé lors de son évolution dans la ville. Suzanne Soukeina nous confie que : « les voitures roulent vite et je n’arrive plus à entendre leurs klaxons parfois pour savoir d’où elles viennent... j’ai peur de traverser, on m’écraserait surement »2. Elle souffre d’une surdité de perception moyenne à sévère. Si sa prothèse auditive est d’une aide considérable à l’intérieur, elle n’a pas été calibrée pour l’extérieur. Afin de déchiffrer les moments clés de modification d’ambiances sonores urbaines et d’émergence d’évènements sonores qui avertissent d’un danger et que cette dame n’arrive plus à discriminer auditivement en s’engageant dans une configuration urbaine de situation de danger critique3, nous avons fait appel à la technique des « textures audio4 », une technique récente, empruntée du domaine du traitement de l’image et permettant de détecter graphiquement, sur une matrice dite d’inter-similarité5 les modifications d’ambiances sonores lors d’un parcours. Un algorithme de segmentation de scènes sonores6 a été développé à cet effet pour détecter la similarité ou non entre deux séquences sonores. Avant de traverser un carrefour, l’une des configurations urbaines accidentogènes identifiées, nous avons équipé Suzanne Soukeina d’un biocapteur sans fil qui mesure l’activité électrodermale (AED) qui est un indicateur physiologique objectif du niveau de stress et un allié de taille pour détecter graphiquement sur le tracé de l’AED un événement stressant pour notre enquêtée et confirmer l’apparition dans le temps et dans l’espace d’une situation de danger lors du parcours. Notre enquêtée a eu beaucoup de problème à traverser comme le témoigne cet extrait de son commentaire : « Nous allons traverser ce carrefour ? ça me stresse…J’ai peur, je ne sais plus à quel moment je peux traverser…je ne vois plus de loin le feu s’il est rouge ou vert et je suis obligé de me fier aux voitures qui s’arrêtent…il faut traverser là ? Oh mon dieu, cette voiture n’a pas respecté le feu…je n’ai rien entendu ni vu venir…il a klaxonné ? Heureusement que vous êtes avec moi et que le conducteur a freiné à temps sinon elle m’aurait écrasé…C’est dangereux pour moi la ville, c’est fini…»7. A l’instant ‘’T’’ où Suzanne Soukeina a traversé cette partie du carrefour non réglée par des feux de circulation routière et n’a pas pu identifier le son de l’avertisseur sonore de la voiture qui approchait, nous avons analysé la scène sonore en question grâce à l’algorithme de segmentation. En relevant les coordonnées temporelles de la RED et en les couplant avec la segmentation de la scène sonore à l’endroit ‘’X’’ de l’apparition de la réaction stressante à travers un balayage de la matrice d’inter-similarité obtenue, nous avons pouvons pu déterminer avec précision le numéro de l’échantillon de la séquence sonore sujet à l’apparition de la situation de danger qui n’a pas été identifiée par la personne âgée presbyacousique. Les « textures audio » seraient alors un indicateur sonore pertinent pour une personne âgée presbyacousique et la représentation en deux dimensions qu’elles offrent nous permettrait de détecter graphiquement l’apparition d’une situation de handicap et de prévoir ainsi les corrections nécessaires afin de permettre aux séniors de sortir de chez eux. Suite à cette détection graphique, nos recherches doctorales à visée opérationnelle dicteraient l’établissement d’un éventuel cahier des charges regroupant des dispositions et dispositifs palliatifs à l’apparition de ces situations de danger en ville pour cette population âgée (feux sonores dont le signal est modifié selon une écoute déficiente dans les aigues, un appareillage auditif intégrant une localisation de l’avertisseur sonore d’un véhicule…). | One foot in the city when we are presbycusisSuzanne Soukeina, 84 years old, retired from the Tunisian Post Office, is no more practicing her favourite activity: walking. Cardiac problems linked to hearing loss due to age, that requires her to wear a hearing aid, make his universe considerably narrow these last years. She expressed to us her problems to evolve in public space: "I fear to fall ... everyone runs outside, cars are going fast and my slowness makes me feel that i’m exposed to a danger each yard that i do..."1. Many studies exploring the use of the city by the seniors raises the question of the safety to go outside when we reach an old age. The difficulties of moving are often an excuse to less attend public spaces. Another problem, also in charge of the loneliness of the elderly as the decrease of their physical abilities, is often ignored, because of its invisibility: the presbycusis. The loss of sound discrimination in the case of old pedestrian is causing many dangerous situations and accidents when crossing roads. No longer perceiving auditory warnings signals or, when they perceive them, they can’t situate them at their true origin, old pedestrian become vulnerable when evolving in the city. Suzanne Soukeina confides that "the cars drive fast and i can no longer hear their horns to know from where they come from ... I'm afraid to cross, i’ll be crushed by the cars for sure"2. She suffers from a moderate to severe neurosensorial hearing loss. If her hearing aid is very helpful in inside and closed spaces, it wasn’t calibrated for the open spaces. To detect the moments of changes in urban soundscapes and emergence of sound events that warn of a danger that this old woman is no longer able to discriminate aurally if she’s facing an urban configuration, field of a critical situation of danger3, we have used the technique of “audio textures4”. It’s a recent technique, borrowed from the field of image processing. It allows detecting graphically, through a matrix of inter-similarity5, the modifications of sonic ambiances during an urban walk. For this purpose, a segmentation algorithm6 of audio scenes was developed to detect if there is a similarity between two audio sequences. Before crossing an intersection, one of the identified accident-prone urban configurations, we equipped Suzanne Soukeina with a wireless biosensor that measures electrodermal activity (EDA) which is an objective physiological indicator of stress level and very efficient to detect graphically on the outline of the EDA a stressful event for our subject. We can confirm with precision the occurrence in time and space of a dangerous and stressful situation during the walk. Suzanne Soukeina had a lot of problems to cross as shown by this excerpt from her comment: "We'll cross that intersection? It’s stressing me ... I'm afraid, I don’t know when I can go through ... I can’t see if the traffic light is red or green and i am forced to rely on cars that stop there ... We have to cross? Oh my god! This car didn’t stopped at the green traffic light ... I haven’t heard or seen it coming ... it honked? Fortunately, you are with me and the driver braked in time otherwise it would have crushed me ... The city becomes dangerous for me, it's over.... "7 At the moment called ''T'', when Suzanne Soukeina crossed this part of the intersection which isn’t controlled by traffic lights and she couldn’t identify a near sound of a car’s horn, we analyzed this specific sound scene with the segmentation algorithm. We proceed to a definition of the temporal coordinates of the electrodermal reaction. Then we associate them with the segmentation of the sound scene at the place called ''X'' where appears the stressing reaction through a scanning of the inter-similarity matrix obtained. Finally, we could accurately determine the number of the sample of the sound sequence corresponding to the exact moment of the emergence of the dangerous situation that hasn’t been identified by the presbycusis senior. The "audio textures" are a relevant sonic indicator for a presbycusis senior. The two-dimensional representation they provide allows us to graphically detect the occurrence of disabilities and to offer the needed corrections so that seniors leave their homes and go outside. The prospects of our PhD subject are to specify a guide that contains some palliative considerations to follow in order to avoid those situations of danger in the city faced by presbycusis elderly (traffic sonic lights which the signal is modified according to deficient hearing for high frequencies, a hearing aid incorporating a tracking of the horn’s cars...). |
1. Extrait d’un entretien précédant un parcours commenté réalisé avec Mme Suzanne Soukeina B. le 03/01/11 à Tunis, quartier Lafayette (12h34). 2. Extrait d’un entretien précédant un parcours commenté réalisé avec Mme Suzanne Soukeina B. le 03/01/11 à Tunis, quartier Lafayette (12h46) 3. Une situation de handicap est une conjugaison d’une diminution des performances physiques et d’un environnement matériel et humain peu favorable. Typologie des situations de handicap identifiées : les situations de gêne, de stress et de danger (d’après L. SABY, Vers une amélioration de l’accessibilité urbaine pour les sourds et les malentendants, thèse en génie civil, l’institut national des sciences appliquée de Lyon, 2007). 4. Ensemble d’éléments sonores répétitifs, organisés aléatoirement, tout en préservant une certaine cohérence temporelle et spectrale. 5. La matrice est obtenue en : d’abord, échantillonner le signal audio. Ensuite, partitionner le signal en frames de 512 échantillons via les 13 premiers coefficients MFCC (échelle de Mels de perception humaine). Enfin, capturer le degré de similarité entre 2 frames représentés par deux vecteurs i et j en se basant sur le produit de vecteurs : on obtient ainsi une matrice carrée symétrique présentant graphiquement le signal sonore tel qu’il a été traité par cet algorithme de segmentation 6. Algorithme développé au sein de l’Unité de recherche « Signaux et Systèmes », Département TIC, Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis (ENIT). 7. Extrait d’un parcours commenté réalisé avec Mme Suzanne Soukeina B. le 03/01/11 à Tunis, quartier Lafayette (13h17). | 1. From an interview conducted before a commented walk with Ms. Suzanne Soukeina B. the 03/01/11 at Lafayette, Tunisia (12:34). 2. From an interview conducted before a commented walk with Ms. Suzanne Soukeina B. the 03/01/11 at Lafayette, Tunisia (12:46). 3. A situation of disability results from an incompatibility between physical environment and human abilities. Three situations of disability were identified: situations of discomfort, anxiety and danger (L. SABY, Vers une amélioration de l’accessibilité urbaine pour les sourds et les malentendants, thèse en génie civil, l’institut national des sciences appliquée de Lyon, 2007). 4. A set of repetitive sound elements, random organized, but in the same time it preserves a temporal and spectral coherence. 5. The matrix in obtained by: First, sampling the audio signal. Second, segmenting the signal into frames of 512 samples over the first 13 MFCC coefficients (The Mel scale is a frequencies scale based on human perception). Third, capturing the degree of similarity between two frames represented by two vectors i and j (based on the product of vectors). We obtain a square symmetric matrix presenting the audio signal as it has been manipulated through this algorithm segmentation. 6. Segmentation’s algorithm developed by Research unit « Signals and Systems », TIC Department, National school of Engineers, Tunis, Tunisia (ENIT). 7. From a commented walk with Ms. Suzanne Soukeina B. the 03/01/11 at Lafayette, Tunisia (13:17). |
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EDITO N°43
18/05/2011
Anne Bertrand-Callède
Docteur en Anthropologie-Ethnologie-Préhistoire, Nantes, France
PhD Anthropology-Ethnology-Prehistory, Nantes, France
A la croisée des chemins des ambiances... et du Paléolithique SupérieurPlusieurs mois de travail se sont écoulés au cœur du Cerma, à la découverte du monde des ambiances architecturales et urbaines, qu’elles soient classées « ambiance lumineuse », « ambiance sonore », « ambiance thermique », « ambiance visuelle »… En tant que préhistorienne, avec pour période de prédilection le Paléolithique Supérieur, ce domaine de recherche me paraissait bien éloigné de celui des hommes préhistoriques, et associer cette époque à la notion d’ambiance architecturale me semblait peu scientifique. En effet, la notion d’ambiance architecturale se base essentiellement sur la perception sensible de l’environnement construit et du confort et la recherche des ces ambiances se fonde sur l’étude des phénomènes physiques tels que la lumière, la chaleur, l’humidité, le vent, le soleil, l’obscurité, sur la perception visuelle de l’environnement, de l’espace qui nous entoure. Or peut-on parler d’environnement construit au Paléolithique Supérieur alors que l’homme fait partie intégrante de son environnement naturel qu’il n’a pas encore transformé, qu’il n’a pas encore réellement construit ? Au Paléolithique Supérieur, période datée de 35 000 ans à 9000 ans avant JC, plusieurs cultures se succèdent. Les hommes vivent essentiellement de chasse, de pêche et de cueillette et tous vivent bien, en petits groupes : ce sont des nomades dont les déplacements sont essentiellement ceux de leur gibier. Le feu est maîtrisé depuis des millénaires, ils enterrent leurs morts, les premières sépultures datant de 80 000 ans avant JC. Tous ont pratiqué l’art, qu’il soit mobilier (sur objet), sur les parois dans les profondeurs des grottes, dans des abris sous roche ou encore en plein air. Ces hommes acquièrent au cours du Paléolithique Supérieur une qualité de vie beaucoup plus évoluée que l’homme contemporain ne l’imagine. Au niveau de l’habitat, selon la région où il se situe, l’homme du Paléolithique Supérieur vit soit sous tente, lorsqu’il est en plaine, soit dans des abris sous-roche présents au pied des falaises, soit à l’entrée des grottes, parfois dans des cabanes construites à l’aide de défenses et d’os de mammouth comme c’est le cas en Moravie, en Russie et en Ukraine. Nous pourrions parler pour ces dernières de premières architectures, il est plus délicat de la faire pour les tentes.L’image de l’homme préhistorique vivant au fin fond des cavernes est globalement fausse, nous n’en connaissons que de rares exemples. De façon certaine, en ce qui concerne l’habitat, le choix des campements n’est pas indifférent à l’exposition par rapport au soleil, à sa chaleur et à sa lumière, par rapport au vent, au froid qu’il peut apporter … De plus, il est vraisemblable que ces mêmes phénomènes avaient leurs rôles dans l’aménagement intérieur de l’habitat. Les grottes ornées sont un domaine beaucoup plus délicat à aborder, même si des phénomènes telle que la lumière, les ombres y ont eu leur importance, au niveau de la perception visuelle. Il est certain que la lumière – artificielle – dont disposait l’homme préhistorique participait à l’animation des figurations pariétales et, d’une façon générale, à l’ambiance mystérieuse des profondeurs des grottes. Nous découvrons aujourd’hui les peintures, les gravures et les sculptures de ces grottes dans un contexte bien distinct de celui des hommes préhistoriques, avec un éclairage très différent... Les questions relatives au rôle de la lumière, de la chaleur, du vent, de leur importance dans l’habitat préhistorique, dans le monde souterrain des grottes ornées ont bien lieu d’être posées. Cependant, beaucoup de données nous sont inconnues et qu’il est difficile d’évaluer.Les hommes préhistoriques connaissaient donc le feu. La lumière - en dehors de celle naturelle -, la chaleur étaient apportées dans les habitats par les foyers, que nous retrouvons lors des fouilles. Ils réalisaient également des lampes à graisse dont ils se servaient pour aller dans les zones obscures des cavernes, ainsi que de torches comme nous le montre les traces de mouchage sur les parois. Mais comment mesurer l’importance et le rendu de ces sources d’éclairage ? Si, grâce à l’expérimentation, la puissance lumineuse d’une lampe à graisse nous est connue, nous ignorons leur nombre, leur emplacement. De même, l’importance du soleil ou de la lumière naturelle dans les abris sous roche ou à l’entrée des grottes est souvent impossible à estimer car l’auvent des abris s’est en partie effondré ainsi que le porche de l’entrée des grottes… lorsque cette dernière est bien celle de l’homme préhistorique. Suite à ce très bref résumé de la vie au Paléolithique Supérieur, il est facile de percevoir que les phénomènes physiques à la base de la recherche scientifique des ambiances – la lumière, la chaleur, l’humidité, le vent, le soleil, l’obscurité – ont un rôle majeur chez l’homme préhistorique. Il est certain qu’il recherchait déjà un certain confort dans son habitat, que la perception visuelle dans les grottes ornées avait son importance… Mais peut-on franchir le pas et parler d’ambiance au Paléolithique Supérieur alors que l’homme préhistorique n’a pas encore construit son environnement ? En tant que préhistorienne, je me pose la question, pourquoi faut il que la notion d’ambiance soit liée à un espace construit ? Il est difficile de ne pas parler d’ambiance lorsque nous sommes au cœur d’une grotte ornée obscure, ou dans un abri sous roche ou à l’entrée d’une grotte anciennement habitée lorsque le soleil y pénètre… | At the crossroads of the ambiances... and the Upper PaleolithicI have worked several months in the Cerma, and I have discovered the world of the architectural and urban ambiances, “lighting ambiance”, “sound ambiance”, “thermic ambiance”, “visual ambiance”… As Prehistorian, with the period preferred the Upper Paleolithic, this research seemed far removed from that of prehistoric man, and associate this time with the concept of architectural ambiance seemed unscientific. Indeed, the notion of architectural ambiance is mainly based on sensitive perception of the built environment and the comfort and research of these ambiances is based on the study of physical phenomena such as light, heat, humidity, wind, sun, darkness on the visual perception of the environment, space around us. Now can we talk about environment built in Upper Paleolithic while human is an integral part of its natural environment that he has not changed and not really built? At the Upper Paleolithic, a period dating from 35,000 years to 9000 BC, several cultures succeed. The men live mainly by hunting, fishing and gathering and all are living well in small groups: they are nomads whose movements are essentially those of their game. The fire is under control for centuries, they bury their dead, the first burials dating from 80,000 years BC. All have practiced the art, whether portable (on object), on the walls in deep caves, in rock shelters or outdoors. These men acquired during the Upper Paleolithic quality of life much more advanced than people today realize. In terms of habitat, depending on where it is located, Upper Paleolithic human lives either in tents, while it is plain, or in rock shelters at the foot of the cliffs, or the entrance to the caves, sometimes in dwellings built with tusks and bones of mammoth, as is the case in Moravia, Russia and Ukraine. We could talk for the last of the first architecture, it is more difficult to do for tents.The image of prehistoric man living in the deep caverns is generally false, we know only a few examples. With certainty, as regards habitat, the choice of settlements is not indifferent to exposure to the sun, its warmth and its light, to the wind, cold can make it ... Furthermore, it is likely that these phenomena had their roles in the interior of the habitat. The caves painting are much more difficult to study, although such phenomena as light, the shadows have been important at the level of visual perception. It is certain that the light - artificial - available to the prehistoric man was involved in the animation of the parietal figures, and generally, to the mysterious atmosphere of depths of caves. Now we find paintings, carvings and sculptures of these caves in a context separate from that of prehistoric man, with a very different light... Questions concerning the role of light, heat, wind, their importance in the prehistoric settlement, in the underground world of caves paintings have reason to be asked. However, many data are unknown and it is difficult to assess. Prehistoric men knew then fire. Light - beyond its natural - heat were made in dwellings at the household level that we find during the excavations. They also realized grease lamps which they used to go into dark areas of caves and torches as we watch the traces of trimming on the walls. But how to measure the importance and rendering of light sources ? If, through experimentation, the output of a lamp fat is known to us, we do not know their number, location. Similarly, the importance of the sun or natural light in the rock shelters or caves entrance is often impossible to estimate because the canopy shelters and the entrance porch of caves have partly collapsed ...when the latter is that of prehistoric man. Following this very brief summary of life in Upper Paleolithic, it is easy to perceive that the physical phenomena at the base of scientific research ambiances - light, heat, humidity, wind, sun, the darkness - have a major role in human prehistory. Certainly he was looking for quite some comfort in its habitat, that visual perception in the caves paintings was an important ... But can we go ahead and talk to the ambiance in Upper Paleolithic while prehistoric man does has not yet built his environment? As Prehistorian I ask myself, why the concept of ambiances is related to built spaces ? It is difficult not to speak of ambiance when we are at the heart of a cave decorated with dark, or in a rock shelter or at the entrance of a cave where prehistoric man lived when the sun enters... |
Référence : Desbrosse René et Kozlowski Janusz, Les habitats préhistoriques. Des Australopithèques aux premiers agriculteurs, Paris, éditions du CTHS, 2001, 220 p. |
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EDITO N°42
23/04/2011
Julien Laurent
Sociologue, chercheur post-doctorant au Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (GREF), Université du Québec à Montréal (UQAM), chargé de cours en géographie et en études urbaines (UQAM), Canada
Sociologist, post-graduate researcher for the Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (GREF), University of Quebec in Montreal (UQAM), in charge of geography courses and urban studies (UQAM), Canada
L’ambiance urbaine dans le skateboard, ou l’animation de la rue comme élément fondateur d’un mode de vieL'appropriation d’un espace public par le skateboard et ses pratiquants engendre une dynamique visuelle et sonore. Celle-ci se traduit par l’émergence d’une ambiance pouvant être festive, ludique voire compétitive, fondée sur l’exploitation du mobilier urbain. Ainsi, un pan de la ville choisit pour son décor, sa qualité de roule, son architecture, devient une scène où il convient de se montrer par l’intermédiaire de performances corporelles qui attirent l’intérêt et surtout le regard de l’Autre. Mes travaux démontrent que les « street » skaters construisent des représentations de certains sites à valeur idéale typique et qui prennent du sens dans leur pratique culturelle (Laurent & Gibout 2010). Ainsi, ils font preuve d’un potentiel à les exploiter et à les sublimer par des figures qui ressemblent à des acrobaties modernisées sous l’appellation anglo-saxonne de tricks (Laurent, 2009). Pour reprendre Chadoin (2010), nous aurions donc affaire à la dimension hard de l’ambiance, prenant une multitude de facettes, à travers cette pratique de la ville. D’ailleurs pour sa dimension sociale, il est possible de relever deux réponses à l’ambiance générée. Celle des pratiquants, de leurs proches et des personnes qui profitent de cette animation. D’autre part, celle des résidents, d’autres chalands craintifs et des autorités locales qui subissent les nuisances sonores causées par le claquement des planches sur le sol et relèvent les dégradations visuelles causées sur le mobilier. Ainsi le bannissement et tout un panel de contraintes surgissent pour mettre un terme à cette ambiance qui dérange afin de la remplacer par une autre d’avantage aseptisée, sécurisée, fonctionnalisée. Cette ambiance protéiforme semble particulièrement pertinente quand il s’agit de cerner les diverses formes d’un mode de vie skateboard (Veal, 2001 ; Wheaton, 2004). Mes enquêtes ethnographiques, parmi divers groupes de pratiquants montpelliérains, démontrent que les skaters adoptent des manières d’être, de faire, de penser qui leurs sont propres. Celles-ci ne sont pas forcément valorisantes et valorisées d’un groupe à un autre. Elles pourront générer soit une empathie qui conduit à des relations quasi-fraternelles, soit de la distinction, de la mise à distance de ceux identifiés comme des intrus qu’il faudra faire fuir par des rapports conflictuels, des intimidations. D’autre part, la notion d’ambiance sous son versant social semble renvoyer au concept de fun, le plaisant et l’excitation liés à un état d’esprit « bon enfant », de défis joués, de réussites partagées, de rigolades et autres bouffonneries entre proches et qui ponctuent les chutes et autres cascades fréquentes. Cette ambiance peut aussi se charger d’un sérieux quasi-professionnel chez les experts qui s’engagent dans la réalisation de performances. Ces deux ressentis animent les interactions entre les skaters. Sur la base de ces constats, nous pourrions soulever la question d’une transmission, entre les générations, d’un panel de comportements qui pourrait faire surgir diverses formes d’ambiance. Est-il possible de relever chez ces individus une capacité à s’ajuster en fonction de la présence de leurs pairs, de générer, selon le contexte, une ambiance plaisante ou au contraire délétère. Y a-t-il une forme d’apprentissage au sein des groupes, des comportements qui peuvent générer ces formes d’ambiances ? Est-ce que dans le cadre de sa carrière au sens de Becker, le pratiquant va aussi apprendre à instaurer et subir diverses formes d’ambiance ? Les recherches menées dans le cadre du Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (UQAM), visent à mieux cerner une forme de bien-être et de bien vivre sa ville pouvant ainsi se matérialiser par une meilleure compréhension de la notion d’ambiance. | Urban ambiance in skateboarding, or street entertainment as a founding element of lifestyleA visual and acoustic dynamic is created when a public space is taken over by the skateboard and its practitioners. This dynamic can be seen in the emergence of an ambiance that may be festive, playful or even competitive, based on the use of street furniture. In this way, a section of the city chosen for its decor, roller quality and architecture becomes a stage on which to be seen through physical performances that attract interest and above all catch other people’s eye. My works show that the street skaters build representations of certain sites with a typical ideal value that has meaning in their cultural practice (Laurent & Gibout 2010). Consequently, they demonstrate a potential to use and embellish them by figures that resemble modernized acrobatics, called tricks (Laurent, 2009). To quote Chadoin (2010), we are therefore dealing with the hard dimension of the ambiance, which has an endless number of facets, through this use of the city. Regarding the social dimension, we can actually note two responses to the ambiance generated. On the one hand, that of the practitioners and their entourage, and the people who benefit from this event; and on the other hand, that of the residents, other fearful passers-by and the local authorities, who suffer the noise pollution caused by boards banging on the ground and note the visible deterioration caused to the street furniture. As a result, bans and severe restrictions are introduced to put an end to this disturbing ambiance and replace it with another more sterile, secure and functionalized ambiance. This protean ambiance seems especially relevant when it comes to defining the various forms of a skateboard lifestyle (Veal, 2001; Wheaton, 2004). My ethnographical surveys, among various practising groups in Montpellier, show that skaters adopt their own ways of being, doing and thinking. These are not necessarily recognized or rewarded from one group to another. They may either generate an empathy leading to more or less fraternal relationships, or a distinction that creates a distance with those considered as intruders, who must be forced to leave through antagonistic relations and intimidation. Furthermore, the notion of ambiance under its social aspect seems to refer to the concept of fun, the pleasure and excitement linked to a “good natured” mindset, based on dares won, shared victories, good laughs and close clowning around, which punctuate the frequent falls and other stunts. This ambiance may also take on a semi-professional gravity among the experts intent on performing well. The interaction between skaters is coloured by these two mindsets. On the basis of these observations, we could raise the question of a transmission, between generations, of a set of behaviours that might give rise to diverse forms of ambiance. Is it possible to note among these individuals a capacity to adapt to the presence of their peers, or to generate a pleasant or obnoxious ambiance depending on the context? Is there a type of learning within the groups, with patterns of behaviour that can generate these forms of ambiance? Will the practitioner also learn to inflict and suffer various forms of ambiance in the context of his career in the sense of Becker? The studies done in the framework of the Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (UQAM), aim to better define a form of well-being and urban good conduct that can be materialized in this way through a better understanding of the notion of ambiance. |
References Becker, H. (1985, 1ère éd. 1963). Outsiders. Sociologie de la déviance. Paris : Métailié. Chadoin, O. (2010). La notion d’ambiance. Contribution à l’examen d’une invention intellectuelle postmoderne dans le monde de la recherche architecturale urbaine. Les Annales de la recherche urbaine, nº 106 pp. 153-159. Laurent, J. & Gibout, C. (2010). Ces décors urbains qui invitent aux voyages : « L’imagibilité » chez les skaters de Montpellier. Les Annales de la recherche urbaine, nº 106 pp. 106-116. Laurent J., (2009), « La ville et la culture des « jeunes » influencées par l’acrobatie : réflexion sur les ambivalences des pratiques urbaines », Loisir et société, vol. 31, n° 2, Presses Universitaires du Québec. Veal A.-J., (2001), « Leisure, culture and lifestyle », Loisir et Société, vol. 24, n°2, pp. 359-376.Wheaton, A. (2004). Understanding lifestyle sports. Consumption identity and difference. Routledge : New York. |
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EDITO N°41
05/04/2011
Jean-Louis Izard
Architecte, professeur à l'ENSA Marseille, Directeur du Laboratoire ABC (Architecture Bioclimatique et Construction parasismique), France
Architect, professor at the ENSA of Marseille, Director of Laboratoire ABC (bio-climatic architecture and anti-seismic construction), France
Comment construire écologique au 21e siècle ?Quel rôle peut jouer l’architecte pour une construction écologique dans ce siècle promis à des changements climatiques sans précédents dans l’histoire de l’humanité ? La question doit être traitée à trois échelles différentes. Le bâtiment et la construction Economiser l’Energie finale et l’énergie primaire : On constate souvent des écarts entre les bilans prévisionnels des bâtiments en projet et ceux qui sont mesurés lorsqu’ils sont exploités : comment prendre en compte le comportement des usagers ? Les conditions du confort d’été ne sont-elles pas aggravées par les dispositions prises pour contrôler l’énergie ? Le confinement des locaux ne contribue-t-il pas à une dégradation des conditions sanitaires intérieures ? Energie grise et matériaux écologiques : Comment contrôler l’énergie grise investie dans le bâtiment ? Dans quelle mesure peut-choisir des matériaux locaux au risque de les voir rapidement s’épuiser ? L’usage de matériaux produits localement n’est-t-il pas condamné à ne couvrir qu’une part marginale du marché de la construction ? Militer activement pour leur utilisation générale n’est-elle pas une action vouée à une impasse ? Les énergies renouvelables : L’énergie solaire étant diffuse, il faut mobiliser de grandes surfaces pour produire des quantités d’énergie qui ne soient pas négligeables dans le bilan de la production totale d’énergie. Où prendre ces surfaces ? En priorité sur des surfaces déjà occupées par l’urbanisation : parkings, couvertures de grandes surfaces…etc. Quant à l’espace rural, il est rageant de geler des surfaces cultivables à des fins de production d’électricité photovoltaïque, sous le prétexte que les parcelles ne sont plus aujourd’hui cultivées ! Pour les combustibles à base de bois, leur production ne doit pas entrer en concurrence avec la filière « bois construction ». Ils doivent demeurer le produit de la valorisation de déchets. Mais la combustion des poêles et chaudières à bois à haut rendement n’est-elle pas dangereuse pour la santé, en absence de filtres coûteux à l’investissement et qu’il faut entretenir ? La prolifération des poêles à bois, outre qu’elle risque le tendre le marché du bois combustion, va-t-elle représenter un danger pour les populations au même titre que les moteurs diésel ou l’amiante ? La santé des occupants : Le problème ici n’est pas tant le recensement exact des causes possibles de pollution de l’air intérieur que le fait que ces questions ne soient même pas posées lors de la conception de notre environnement bâti. Comment faire entrer les enjeux de santé dans les préoccupations des maîtres d’ouvrage et des maîtres d’œuvre sans entrer en conflit avec les exigences énergétiques ? La ville La question urbaine est présente à travers la mobilité en liaison avec le phénomène de l’étalement urbain. La lutte contre cet étalement se heurte à deux objections : La « Loi de Zahavi » qui constate que l’augmentation des vitesses des déplacements (collectifs ou individuels) incite les habitants à aller résider plus loin. L’autre concerne le conflit avec les facteurs de « l’Ilot de Chaleur Urbain ». Il faut donc manier la densification avec prudence et développer parallèlement le patrimoine vert de la ville et échapper au dilemme ville verte de faible densité/Ville dense de faible verdissement. Plus globalement, la grande question est celle de « l’empreinte écologique » de la ville et les moyens de la réduire. Ne faudrait-il pas que la ville devienne « bioproductive », ce qui changerait radicalement la manière de la concevoir ? Les cités-jardins par le passé1 et les jardins partagés aujourd’hui2 ne sont-ils pas précurseurs de cette ville capable de subvenir elle-même à une partie de ses besoins en exploitant une partie de ses déchets ? Le monde La démographie mondiale : comme le rappellent Hervé Domenach et Michel Picouet3, l’impact sur l’environnement (I) est le produit de la Taille de la population (P) par la consommation des biens par tête (A) et par la Technologie (T). Une autre manière d’exprimer cette équation explicite encore mieux les facteurs sur lesquels il faut agir : Dégradation = Population x Production/Population x Pollution/Production. Tous les progrès que l’on pourra enregistrer sur les rapports Production/Population (en allant vers des comportements plus sobres de la population) et Pollution/Production (en améliorant l’efficacité environnementale des procédés de production, y compris dans le secteur résidentiel et tertiaire) seront compensés in fine par la taille de la population, qui continue à croître. Conclusion Le problème auquel nous sommes confrontés est d’ordre mondial : le monde est une échelle à laquelle il est difficile d’agir : il suffit de constater les échecs des tentatives de régulation que constituent les sommets de la terre à cause des intérêts divergents entre les pays riches et les autres, avec des évolutions démographiques et des niveaux économiques très différents, face à des opinions publiques et des gouvernants obsédés par des indicateurs comme le PIB qui présente la croissance comme le remède à tous les maux. Face à l’énormité de ces enjeux, que pèsent les idées et les actions des architectes ? Ne leur reste-t-il pas que l’action locale ? Sans doute, il faut préparer les architectes à intervenir pour adapter nos bâtiments à l’inévitable réchauffement planétaire prévu dans les décennies qui viennent, puisqu‘il semble que le CO2 émis jusqu’ici est déjà suffisant pour modifier le climat sans possibilité de retour en arrière. Ce que nous savons de ces perspectives est que l’échauffement sera plus fort là où il fait froid (zones polaires), en hiver plus qu’en été (sans toutefois que disparaissent des épisodes très froids) et la nuit plus que le jour : il y a là des pistes de réflexions sur la manière de construire au XXIe siècle dans les pays développés en zone de climat tempéré, et notamment en zone méditerranéenne, pour que la vie des habitants soit la plus acceptable possible, hors les conséquences socio-économiques que le bouleversement climatique ne manquera pas d’entraîner. | How do we build ecologically in the 21st century?What role can the architect play to promote ecological building in a century destined for unprecedented climatic changes in man’s history? The question needs to be addressed on three different levels. Building and design How do we economize on final energy and primary energy? We often notice discrepancies between the provisional assessments for buildings in the planning stage and those measured once they are in use. How can we make allowance for user behaviour? Are comfortable summer conditions threatened by energy-saving measures? Does the containment of premises contribute to deteriorating internal health conditions? Regarding grey energy and ecological materials, how do we control the grey energy vested in the building? To what extent can we choose local materials, at the risk of rapidly making them extinct? Is the use of local materials condemned to only cover a marginal share of the building market? Is actively campaigning for the widespread use of local materials doomed to failure? Concerning renewable energies, since solar energy is diffuse, large surface areas are needed to produce quantities of energy that are significant in the balance of total energy output. Where do we find such areas? Primarily in areas already occupied by urban development, such as car parks, supermarket roofs, etc. As for rural areas, it is infuriating to set aside arable land for the purpose of producing photovoltaic electricity on the pretext that such plots of land are no longer farmed! As for wood-burning fuel, production must not compete with the “building timber” sector. It must remain the product of waste recycling. Yet aren’t efficient wood-burning stoves and boilers harmful to our health, unless they come with filters that are expensive to install and service? Besides the fact that it might impact the market for wood fuel, does the proliferation of wood-burning stoves represent as great a danger for the population as diesel engines or asbestos? The problem, as far as the occupants’ health is concerned, is not so much the accurate inventory of the possible causes of air pollution inside, as the fact that these issues are not even raised when designing our building environment. How can we interest owners and project managers in health issues without entering into conflict with energy requirements? The city The urban issue can be seen in the mobility induced by urban sprawl. There are two hurdles in the fight against urban sprawl. One is the “Zahavi law”, which holds that faster means of public or private commuting encourage people to move further away from the workplace. The other concerns the conflict with “Urban Warmth Area” factors. Higher population density needs to be handled with caution, and in parallel we need to develop the green city and resolve the dilemma of the sparsely populated green city versus the populated city with virtually no green areas. The major issue is basically that of the city’s “carbon footprint” and how to reduce it. Shouldn’t the city become “bio-productive”, which would drastically change the way it is designed? Aren’t the garden-cities of the past1 and the shared gardens of the present2 the precursors of such a city, which would be capable of being partly self-sufficient by recyling part of its waste? The world Concerning world demographics, as Hervé Domenach and Michel Picouet3 point out, the environmental impact (I) is the result of population size (P) by per capita consumption of goods (A) and by technology (T). Another way of expressing this equation explains even better the factors we need to influence: Deterioration=Population x Production/Population x Pollution/Production. Any progress made in Production/Population ratios (by the population pursuing more sober policies) and Pollution/Production ratios (by improving the environmental efficiency of production processes, including in the residential and tertiary sector) will ultimately be offset by the population factor, which continues to grow. Conclusion The problem we face is global. It is hard to bring about change on a global scale. You only have to look at the failure of regulatory efforts at world summits due to the diverging interests of rich countries and the others, with very different demographic trends and economic levels, faced with public opinions and governments obsessed with indicators like GDP, for whom growth is the remedy for all ills. Given the enormity of these challenges, what can the ideas and actions of a few architects achieve? Are they doomed to only act at local level? We undoubtedly need to prepare architects to work on adapting our buildings to the inevitable global warming forecast for the decades ahead, since it seems that CO2 emissions to date are already sufficient to alter the climate with no possibility of turning back time. What we do know about these forecasts is that the warming process will be greater in cold (polar) areas, in winter more than in summer (although we will still have very cold spells) and at night more than in the day. Here are some pointers for reflecting on how developed countries in temperate climates can build in the 21st century, particularly in the Mediterranean area, to make inhabitants’ lives as pleasant as possible, despite the socio-economic consequences that climate change will inevitably cause. |
1. Jean-François & Nicolas Champeaux, Les cités-jardins, un modèle pour demain, Sang de la Terre, 2007. 2. Laurence Baudelet, Frédérique Basset, Alice Le Roy, Jardins partagés, utopie, écologie, conseils pratiques, Terre vivante, 2008. 3. Dans le fascicule Population et Environnement, PUF Que sais-je ? 2000 ; où ils citent un article de B. Commoner intitulé « Rapid Population Growth and Environmental Stress » publié en 1988. | 1. Jean-François & Nicolas Champeaux, Les cités-jardins, un modèle pour demain, Sang de la Terre, 2007. 2. Laurence Baudelet, Frédérique Basset, Alice Le Roy, Jardins partagés, utopie, écologie, conseils pratiques, Terre vivante, 2008. 3. In the booklet “Population et Environnement, PUF Que sais-je? 2000”; where they quote an article by B. Commoner entitled “Rapid Population Growth and Environmental Stress” published in 1988. |
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EDITO N°40
25/02/2011
Rachel Thomas
Sociologue, Chargée de recherche CNRS au laboratoire CRESSON (UMR 1563 / MCC ENSA de Grenoble). Chercheure invitée au Laboratorio Urbano, Faculdade de Arquitetura da Universidade Federal da Bahia (Brésil)
Sociologist, CNRS research officer at the CRESSON laboratory (UMR 1563/MCC ENSA de Grenoble). Researcher invited to the Laboratorio Urbano, Faculdade de Arquitetura da Universidade Federal da Bahia (Brazil)
Dé(s)cor(p)s plastiques1Rio de Janeiro, samedi 20 novembre 2010, 9H15. Nous sommes une petite dizaine de femmes et d’hommes à nous engouffrer joyeusement dans le minibus qui nous emmène au nord de la ville, dans le quartier de la Maré, pour les premières journées de préparation de Corpocidade2. Après un échange amical d’accolades, les discussions vont bon train. L’ambiance sonore du minibus est à la fois forte et chantante. Les éclats de rire fusent. Les sourires éclairent les visages et il n’est pas rare que les corps chaloupent pour échanger quelques boutades. Cette bonhomie, comme le confort et l’atmosphère climatisée du bus, participent d’une détente générale. Mais soudainement, à la faveur d’un changement de trajectoire de notre véhicule, cette ambiance quasi festive est rompue. Il est environ 9H30. Notre bus quitte l’avenue Brasilet s’engouffre au cœur de la Maré, favela d’environ 150000 personnes, construite sur un ancien terrain marécageux.Un sifflement, à peine perceptible, se fait entendre. Simultanément, notre chauffeur ralentit considérablement son allure. Nous roulons « au pas », à 20km/heure à peine, un silence et une tension écrasante remplaçant la frivolité de nos précédents échanges.À quelques mètres de nous, légèrement en retrait, un « petit soldat » contrôle les allées et venues à l’intérieur du « territoire ». Pas de gestes vindicatifs, ni de propos violents. Il est simplement là, bien visible, posté nonchalamment le long de la façade, une imposante arme glissée contre sa jambe. Il a à peine 15 ou 16 ans. Autour de lui, des scènes ordinaires de la vie de quartier se déroulent : des enfants jouent au milieu de quelques gravats, des hommes partagent une bière à la terrasse d’une buvette, trois adolescentes coquettes traversent la rue en direction de l’arrêt de bus tout proche… La scène dure à peine 5 minutes. Elle semble pourtant s’éterniser. À l’intérieur du bus, la dynamique est brisée. À l’embarquement succède la suspension. Les visages se sont figés, les mains se sont crispées, les corps se sont raidis au fond des sièges dans un mouvement collectif de retrait, de repli sur soi et de désynchronisation. D’un état d’enveloppement, traduisant cette sensation partagée de détente et de proximité, nous passons tous à un état de tension et d’hypnose. La violence implicite d’une seule présence a créé les conditions d’une anxiété et d’une fascination paralysantes. Quelques minutes plus tard, lorsque nous sortirons du véhicule, deux de mes collègues m’expliqueront que le chauffeur s’est « simplement » trompé d’entrée. Et qu’ici, au cœur de la favela, le partage du territoire se fait au prix d’un contrôle quotidien des entrées et sorties, et d’une négociation permanente des accès au territoire de l’autre… L’exemple est certes fort. Il illustre pourtant les questionnements que nous portons depuis deux ans sur le thème de l’apaisement des mobilités piétonnes au XXIe siècle3. Si les problématiques environnementales médiatisent largement la réflexion sur la réorganisation des mobilités urbaines dans nos sociétés occidentales, c’est bien le retour d’énoncés hygiénistes et sécuritaires qui, dans les sociétés émergentes comme le Brésil, animent les débats sur la nécessaire « pacification » de la rue (et des favelas). Dans un cas comme dans l’autre, les dispositifs mis en place dessinent de nouveaux jeux d’ambiance dont on connaît depuis les travaux de Simmel (1903), Kracauer (1926) ou Benjamin (1936) les incidences sur les sensibilités et les sociabilités d’une époque. Plutôt que d’appréhender les « pathologies de l’urbain », c’est aux variations de l’expérience ordinaire, à leur plasticité et à la manière dont elles s’incarnent dans le quotidien du piéton, que nous prêtons attention. Autant de questions sociétales dont la problématique des ambiances peut s’emparer. | 1Plastic Body(s)Rio de Janeiro, Saturday, 20 November 2010, 9.15 am. We are a small group ten or so men and women gleefully boarding the minibus taking us to the north of the city, to the Maré quarter, for the first days of preparation for Corpocidade2. After a friendly exchange of greetings, everyone starts chatting. The sound level in the minibus rises swiftly, punctuated by bursts of laughter. People are smiling and swaying as they swap jokes. This geniality, like the comfortable air-conditioned bus, adds to the general relaxed ambiance. Yet suddenly, as our bus makes a turn, the almost festive mood suddenly changes. It is about 9.30 am. Our bus has left Brazil avenue and plunged into the heart of Maré, a favela where about 150,000 people live, built on an old marsh. A barely perceptible whistle can be heard. At the same time, our driver slows down. We crawl along at barely 20 kph, our previous carefree chatter replaced by silence and growing tension.Just a few metres away, standing back, a “little soldier” controls the traffic flowing in and out of the “territory”. No vindictive gesture or violent words. He is just there, clearly visible, leaning nonchalantly against the wall, an impressive weapon held against his leg. He can’t be more than 15 or 16 years old. Around him, we can see ordinary scenes of life in the quarter; children playing on some rubble, a few men drinking beer in front of a refreshment stall, some pretty teenagers crossing the street to the bus stop. The scene barely lasts 5 minutes. Yet it seems to go on forever. Inside the bus, the group dynamic has broken down. Embarkation has given way to suspension. Faces are frozen, hands are clenched, our bodies stiff in our seats in a collective movement of withdrawal, introspection and de-synchronization. We have all moved from an encompassing state, reflecting the shared sensation of relaxation and closeness, to a state of tension and hypnosis. The implicit violence of one person’s presence has created the conditions for a paralyzing anxiety and fascination. A few minutes later, when we get off the bus, two of my colleagues explain to me that the driver had “simply” gone the wrong way in. Here in the heart of the favela, territory is shared at the cost of daily controls of all incoming and outgoing traffic, and access to another territory is a matter of constant negotiation. The example is undoubtedly extreme. Yet it clearly illustrates the questions we have been asking ourselves for two years now on the issue of appeasing pedestrian mobility in the 21st century3. Although environmental issues widely publicize thinking on the reorganization of urban mobility in our Western societies, the debate on the necessary pacification of the street (and favelas) in emerging societies like Brazil are clearly fuelled by feedback in hygienist, security-conscious terms. In both cases, the measures introduced create new types of ambiance, which affect an era’s sensitivities and sociability in the ways we know since the works of Simmel (1903), Kracauer (1926) or Benjamin (1936). Rather than worrying about urban pathologies, our attention focuses on the variations of ordinary experience, their plasticity and how they are embodied in the pedestrian’s daily life. All these are societal questions that the issue of ambiance can address. |
1. Cet édito reprend les éléments d’une recherche collaborative menées entre la France, le Brésil et le Canada sur le thème de « l’aseptisation des ambiances piétonnes » et financée dans le cadre du programme PIRVE du CNRS – MEEDDM : Thomas, Rachel (sous la dir. de), Balez Suzel, Bérubé Gabriel, Bonnet Aurore (2010). L’aseptisation de la ville piétonne au XXIe siècle. Entre passivité et plasticité des corps en marche. PIRVE CNRS MEEDDM, Rapport de recherche Cresson n°78, décembre. 2. Coordonné par Fabiana Dultra Britto (PPGDANCA/UFBA), Paola Berensetein-Jacques (PPGAU/UFBA) et Margareth da Silva Pereira (PROURB/UFRJ), Corpocidade est une manifestation qui, depuis 2008, réunit chercheurs, professeurs des universités, étudiants et artistes autour du thème de l’esthétique urbaine. Dans sa seconde édition, en novembre 2010, il s’agissait de s’interroger sur la question du confit et de la dissension dans l’espace public. Pour plus de détails, se reporter à : ![]() 3. Nous poursuivons actuellement ce questionnement à la faveur de la coordination d’une réponse à l’appel à projet de l’ANR « E.space et Territoire » sur le thème des « énigmes sensibles des mobilités urbaines contemporaines ». | 1. This editorial includes elements of a study jointly conducted by France, Brazil and Canada on the subject of “sanitizing pedestrian ambiances” financed by the CNRS–MEEDDM PIRVE programme: Thomas, Rachel (under the direction of), Balez Suzel, Bérubé Gabriel, Bonnet Aurore (2010). L’aseptisation de la ville piétonne au XXIe siècle. Entre passivité et plasticité des corps en marche. PIRVE CNRS MEEDDM, research report Cresson no. 78, December. 2. Coordinated by Fabiana Dultra Britto (PPGDANCA/UFBA), Paola Berensetein-Jacques (PPGAU/UFBA) and Margareth da Silva Pereira (PROURB/UFRJ), Corpocidade is an event, begun in 2008, which brings together researchers, university professors, students and artists, around a theme of urban aesthetics. In its second edition, in November 2010, it dealt with the issue of conflict and dissension in public areas. For more information, see: ![]() 3. We are currently pursuing this questioning to coordinate a response to the call for papers by the ANR “Espace et Territoire” on the theme of the “noticeable riddles of contemporary urban mobility”. |
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La découverte de la vallée du M’zab par l’architecte Jean Bossu en 1938 : rendre compte des ambiances ?Au cours de l’automne 1938, Jean Bossu (1912-1983) se rend à Ghardaïa, principale cité de la pentapole de la vallée du M’zab[1], au cœur de l’Algérie. Ce voyage est en partie motivé par Le Corbusier - son premier employeur de 1929 à 1933 - qui souhaite que son jeune collaborateur y réalise pour lui des relevés et croquis d’une architecture vernaculaire qu’il admire[2]. Si Bossu ne reste pas à Ghardaïa aussi longtemps que Le Corbusier l'aurait souhaité[3], il y reviendra à de nombreuses reprises, en particulier à partir de 1954, au moment où il exercera lui-même en Algérie. Les quelques mots et croquis laissés par Bossu permettent de saisir ce qui frappe l’architecte et qui, en réalité, marque essentiellement l’étroite intrication de l’architecture avec l’ensemble des données locales, qu’elles soient sociales, climatiques, topographiques et constructives. Ainsi, il observe et dessine ces architectures et aménagements de la vallée du M’zab avec leurs habitants, leurs animaux – particulièrement les dromadaires - et leurs végétaux, comprenant immédiatement l’équilibre qui les lie. Il s’attache à décrire les « microclimats que l’on trouve dans les maisons ». Il croque les nombreux dispositifs d’irrigation et d’adduction d’eau indispensables à la vie locale (puits, barrages, retenues, déviations, réseaux). Il détaille sur plusieurs dessins la manière étonnante qu’ont les commerçants d’occuper la place du marché de Ghardaïa, s’installant sur la diagonale du rectangle qu’elle forme plutôt que parallèlement à ses côtés. Ces dessins renseignent également sur la répartition précise des marchands et de leurs produits sur la place : dattes, chèvres, chameaux, fromage, bois de chauffage, bois de construction, fruits et légumes, tissus, etc. La simple évocation de ces marchandises rend presque palpables leurs odeurs et leurs couleurs. Accordée à la diversité de commerçants et de chalands représentés, elle donne une idée des ambiances qui devaient s’y déployer. Sur cette place, il repère la modeste aire des prières, aujourd’hui disparue, et dessine la manière si particulière dont les animaux sont attachés, en grappe, comme sur les photographies plus tardives de Manuelle Roche[4]. Un autre croquis montre une vue générale de Ghardaïa et révèle que l’architecture épouse la topographie du site - une colline - et la souligne en disposant à son sommet le minaret de la mosquée. Divers dessins de bâtiments montrent la simplicité de l’architecture et décrivent minutieusement les dispositifs banals de protection contre les agressions du soleil du désert : portiques et encorbellement générateurs d’ombres, murs presque pleins percés de minuscules ouvertures, etc. L’architecte ne s’attache finalement que très peu à ce qui fait l’ordinaire d’un croquis d’architecte pour privilégier une représentation plus fine de ce qui fait la complexité d’une situation spatiale. Dans les années trente, la mécanisation n’a pas encore véritablement atteint la vallée et les déplacements se font encore essentiellement à pieds, à dos d’âne et en dromadaire. Cette vision archaïque de son architecture, qui combine et révèle dans une cohérence exceptionnelle les pratiques sociales, les modes de déplacements, les contraintes climatiques, les ressources naturelles et les données topographiques, est de plus d’une beauté plastique « puriste » époustouflante. Cette découverte devient pour Jean Bossu « extraordinaire », un moment essentiel de sa formation, un ferment de ses positions ultérieures d’architecte, une question pressante de représentation. | The discovery of the M’zab valley by architect Jean Bossu in 1938: recounting atmospheres?During the autumn of 1938, Jean Bossu (1912-1983) travelled to Ghardaïa, the main city of the cluster of five in the M’zab[1] valley, in the heart of Algeria. This journey was in part motivated by Le Corbusier - his first employer from 1929 to 1933 - who wanted his young employee to carry out surveys and sketches for him of a vernacular architecture he admired[2]. Although Bossu did not stay at Ghardaïa for as long as Le Corbusier would have wished[3], he returned there on many occasions, in particular from 1954 onwards, at a time when he himself was working in Algeria. The few words and sketches Bossu left to posterity show us what struck the architect and what effectively and in essence marks the close and complex interweaving of the architecture with all the local features, be they social, climatic, topographical or structural. He observes and draws this architecture and the development of the M’zab valley with its inhabitants, animals – camels in particular - and plants, instantly understanding the balance that binds them together. He makes a point of describing the “microclimates one finds in their homes”. He sketches the many irrigation and water conveyancing systems that are essential to local life (wells, dams, reservoirs, diversions, networks). In several drawings he details the surprising manner in which traders set up their stalls in the Ghardaïa marketplace, on the diagonal of the rectangle formed by its sides rather than parallel to them. These drawings also give information on the precise distribution of the merchants and their products on the marketplace: dates, goats, camels, cheese, firewood, timber, fruit and vegetables, fabrics, etc. Just the evocation of these goods makes their smells and colours almost palpable. Matching the diversity of the traders and customers portrayed, it gives one an idea of the atmospheres that one imagines reigned there. On this marketplace, he spots the modest praying area, no longer there, and draws the singular way in which the animals are tethered, in bunches, as the subsequent photographs of Manuelle Roche[4] show. Another sketch is a bird’s-eye view of Ghardaïa and shows that the architecture follows the topography of the site - a hill - and accentuates it by placing the mosque’s minaret on its summit. Several drawings of buildings show the simplicity of the architecture and painstakingly describe the commonplace arrangements for shielding oneself from the desert sun: porticos and corbelled constructions affording shade, virtually solid walls with tiny openings, etc. In fact the architect hardly endeavours to produce a normal architect’s sketch, preferring a more refined representation of what makes up the complexity of a spatial situation. In the thirties, mechanization had not yet reached the valley, and people moved around mainly on foot, on donkeys and camels. What is more, this archaic vision of its architecture, which combines and reveals in an exceptionally consistent manner the social practices, means of travel, climatic constraints, natural resources and topographical data, is also characterized by a staggering “purist” plastic beauty. This discovery became “extraordinary” for Jean Bossu, a pivotal milestone in his training, a ferment of his subsequent standpoints as an architect, a pressing question of representation. |
1. La vallée du M’zab a été classée au Patrimoine mondial, culturel et naturel de l’Humanité par l’UNESCO en 1982. 2. Voir les pages consacrées à la vallée du M’zab dans Le Corbusier, La ville radieuse, soleil, espace, verdure, Éditions Vincent, Fréal & Cie, Paris, 1933 (réédition, 1964), p. 230-233. 3. Entretien inédit de Jean Bossu, le jeudi 8 novembre 1979, partiellement reproduit dans Riccardo Rodinò, « 20 ans de continuité dans les ruptures, Jean Bossu en Algérie », Techniques & Architecture, n° 329, février-mars 1980, p. 70-73. 4. Manuelle Roche, Le M’zab, architecture Ibadite en Algérie, Arthaud, Paris, 1970. Manuelle Roche est photographe et la compagne d’André Ravéreau lorsque celui-ci se voit confier la protection de la vallée du M’zab, au milieu des années 1960. Voir, tout particulièrement : André Ravéreau, Le M’zab, une leçon d’architecture, Éditions Sindbad, 1981. | 1. Mzab Valley was listed as a UNESCO World Natural and Cultural Heritage Site in 1982. 2. See the pages devoted to the M’zab valley in Le Corbusier, La ville radieuse, soleil, espace, verdure, Éditions Vincent, Fréal & Cie, Paris, 1933 (republished in 1964), p. 230-233. 3. Exclusive interview with Jean Bossu on Thursday 8 November 1979, partially reproduced in Riccardo Rodinò, “20 ans de continuité dans les ruptures, Jean Bossu en Algérie”, Techniques & Architecture, n° 329, February-March 1980, p. 70-73. 4. Manuelle Roche, Le M’zab, architecture Ibadite en Algérie, Arthaud, Paris, 1970. Manuelle Roche is a photographer and the companion of André Ravéreau when the latter was entrusted with the protection of the M’zab valley in the mid-1960s. See more especially: André Ravéreau, Le M’zab, une leçon d’architecture, Éditions Sindbad, 1981. |
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- Edito N°38 - Ambiance urbaine et sports urbains : des représentations aux... | Urban atmosphere and urban sports: from representations to..., Florian Lebreton
- Edito N°37- La promenade : dialogue sensori-moteur entre l'homme et l'espace | "Promenade" as sensori-motor dialogue between man and space, Catherine Szántó
- Edito N°36 - Quand l'expérimental rencontre l'ordinaire | When experimentation meets daily experience, Ricardo Atienza et al.
- Edito N°35 - Le nez au vent | Whiffs of Ambiances, Pamela Roberts
- Edito N°34 - Définir les lignes sonores de nouveaux développements urbains | Mapping out the soundlines of new urban developments, Michelle Duffy et al.
- Edito N°33 - Explorations sur la qualité sonore des espaces de vie | Explorations on the sonic quality of lived spaces, Laura De Caro
- Edito N°32 - Les ambiances dans le processus de conception architecturale : l’exemple de... | The atmosphere during the design process: the case of..., Céline Drozd
- Edito N°31 - Territoires acoustiques : Culture du son et vie de tous les jours | Acoustic Territories: Sound Culture and Everyday Life, Brandon Labelle
- Edito N°30 - Errance solitaire avec un nuage : le Web 2.0 et l’expérience des... | Wandering lonely with a cloud: Web 2.0 and the experience of..., Chris Tweed
- Edito N°29 - Transects urbains | Urban Transects, Steven Melemis et al.
- Edito N°28 - "Haute fidélité" | "High Fidelity", Jean-Michel Roux
- Edito N°27 - Le végétal urbain, un régulateur d’ambiances ? Í Does urban vegetation regulate ambiances?, Marjorie Musy
- Edito N°26 - L’environnement sensible des grands ensembles... | A sensitive atmosphere in large urban housing "grand ensemble"..., Amar Bensalma
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EDITO N°38
16/12/2010
Florian Lebreton
Sociologue et chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie (LAS-LARES), Université Européenne de Bretagne, Rennes, France
Sociologist and associated researcher at "Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie (LAS-LARES)", Université Européenne de Bretagne, Rennes, France
Ambiance urbaine et sports urbains : des représentations aux expressionsDans la relation que le citadin entretient avec son environnement, la question des pratiques corporelles, physiques et/ou sportives nous montre que la mise en mouvement des corps peut-être un moyen d’agir à la fois dans et sur la ville, au cœur de l’espace public urbain. Pour cette raison, la notion d’ambiance peut aussi être éclairée à partir d’une analyse de l’urbanité, ou plutôt des urbanités, car l’ambiance met en scène une pluralité de sensibilités. Rappelons, après Pascal Amphoux1, qu’une ambiance serait « indéfinissable » mais renverrait plutôt aux dimensions de la sensibilité, altérité (humaine, matérielle ou spatiale) et temporalité. Dans le cadre de mes travaux, j’étudie les pratiques ludo-sportives (Parkour, Street-golf, Spéléologie urbaine, Grimpe urbaine, etc.) et les pratiquants qui inventent une urbanité ludique2 et de nouvelles formes culturelles produites par la logique même de leur décor. La sensibilité à l’espace est ici de mise. Comment expliquer par exemple que le tracer (celui qui pratique le parkour) insiste sur « le fait de pouvoir sauter d'immeuble [leur] fait découvrir la troisième dimension de cet espace qui [les] entoure, cet espace qu'avant [le] premier saut [ils] ne considéraient que comme plat » ? Si les sociologues du sport s’accordent à penser que les espaces sportifs changent de nature, ce n’est pas par hasard. Les espaces de pratique se diversifient sous le poids des dimensions sensible et environnementale, ce que nous montrent les travaux sociologiques, anthropologiques et phénoménologiques actuels. Les pratiques ludo-sportives qui émergent (échasses urbaines, parkour, danse, grimpe, golf, course d’orientation, etc.) ne sont plus conditionnées dans des aménagements spécifiques – en ce qui concerne les sports urbains - mais s’ouvrent petit à petit à l’« Ambiance architecturale » qui nourrit les pratiquant(e)s de tout un imaginaire3, cet univers du possible. Ici par exemple, on peut voir respectivement un spéléologue, un golfeur, un sauteur puis un tracer faire l’expérience de lieux donnés comme le réseau souterrain, la rue, l’immeuble ou le square. On perçoit comment la notion d’ambiance peut être aussi mobilisée en science du sport car elle cristallise les dimensions sensible nous l’avons dit, mais aussi temporelle – ce qui marque le passage des représentations aux expressions4 – dans les appropriations ludo-sportives de l’espace public urbain. Dans ce travail, la notion d’ambiance décrit alors un cadre urbain ordinaire (rues, immeubles, parcs, jardins, mobiliers urbains, etc.) mais propice aux expériences corporelles : sauter de toits en toits, déambuler dans le réseau souterrain d’une ville, jouer avec les mobiliers, parcourir les architectures… La transformation du cadre ordinaire, impersonnel, oppressant et repoussant parfois, suppose une transposition du sens – l’urbanisme fonctionnaliste par exemple – par la construction individuelle et/ou collective d’une nouvelle ambiance ou atmosphère ludique. Ce mouvement de différenciation5, proposant « une alternative à d’autres approches de l’environnement urbain », fait valoir un agir ludo-sportif et sensible qui critique ce cadre urbain qui est là, devant nos yeux. Ainsi, les déplacements et déambulations sur les trottoirs, bancs, escaliers, murs et murets, toits ou autres tremplins « naturels » donnent à ces activités une finalité à la fois esthétique et énergétique. L’objectif est de développer des mouvements efficaces, fonctionnels et utiles au développement de l’individu et à son adaptation dans l’environnement urbain. La troisième finalité est alors urbanistique, au sens où le pratiquant construit ainsi un discours sur la ville en s’exerçant, sur l’espace public, à une forme sportive de délibération. Le changement d’atmosphère – pour reprendre les analyses de V. Nahoum-Grappe6 – entendu comme une expérience sociale de l’espace et du temps, est alors le principe qui guide ces pratiquants à investir la ville de leurs conduites corporelles et vertigineuses. | Urban atmosphere and urban sports: from representations to expressionsIn the relationship the city has with its environment, the issue of physical practices, physical and / or sports shows us that the setting in motion of bodies can be a way to act in both the city and the heart of urban public space. For this reason, the notion of atmosphere can also be illuminated from an analysis of urban, or rather urbanities, because the atmosphere showcases a number of sensitivities. Remember, after Pascal Amphoux that atmosphere is "indescribable", but rather refers to the dimensions of sensitivity, alterity (human, material and space) and temporality. As part of my work, I study sports practices edutainment (Parkour, Street Golf, Caving urban, urban climbing, etc.) and the practitioners who invent a playful urbanity and new cultural forms produced by the logic of their decor. The sensitivity to space is up here. How to explain for instance that the tracer (the one who practices parkour) insists on "being able to jump from building [their] introduces the third dimension of this space [the] surrounding this space before [the] first jump [they] did not consider that as a meal? While sport sociologists agree that the changing nature of sports facilities, it is not by chance. Areas of practice are diversifying under the weight of the sensitive and environmental. Practices emerging edutainment sports (jumping stilts, parkour, dancing, climbing, golf, orienteering, etc.) are no longer packaged in specific facilities - in regard to urban sports - but open slowly to the "architectural atmosphere" that feeds the practitioners of an entire imaginary world of this possible. Here, for example, we can see, respectively, a caver, a golfer, a jumper and then a draw experience from a premise as the underground network, the street, the building or the square. We perceive how the concept of environment can also be mobilized in sports science as it crystallizes the dimensions we say sensitive, but also time-marking the passage of representations to expressions - in edutainment appropriation of urban public space. In this work, the concept of atmosphere describes an urban plain (streets, buildings, parks, gardens, street furniture, etc.) but conducive to physical experiences: jumping from roof to roof, walk through the underground network of city, playing with the furniture, go architectures. The transformation of ordinary, impersonal, oppressive and sometimes repulsive requires a transposition of meaning –functionalist urbanism- example by building individual and / or a new atmosphere of collective or playful atmosphere. This movement of differentiation, proposing "an alternative to other approaches to the urban environment," says one ludo-sensitive urban setting that is critical of what is there before our eyes. Thus, travel and strolling on sidewalks, benches, stairs, walls and retaining walls, roofs or other springboards "natural" give these activities a purpose of both aesthetic and energy. The objective is to develop efficient movement, functional and useful for individual development and its adaptation in the urban environment. The third purpose is so urban, meaning that the practitioner builds a discourse on the city exerted over public space, an athletic form of deliberation. The change of atmosphere - to use the analysis of V. Nahoum-Grappe - understood as a social experience of space and time, then, is the guiding principle behind these practitioners to invest the city of their body lines and dizzying. |
1. Amphoux, P. (2007). « La notion d’ambiance. Un outil de compréhension et d’action sur l’espace public ». Capron, G., Haschar-Noé, N. (coordonné par), L’espace public urbain : de l’objet au processus de construction. Presses Universitaires du Mirail, pp. 71-81. 2. Lebreton, F. (2010). Cultures urbaines et sportives alternatives. Socio-anthropologie de l’urbanité ludique. Paris: L’Harmattan. 3. Lebreton, F. (2010). « Des lieux ouverts aux lieux cachés. Une analyse socio-spatiale des déambulations sportives à Paris ». Les Annales de la recherche urbaine n°106, pp. 100-109. 4. Amphoux, op.,cit. 5. Thibaud, J-P. (2008). L’ambiance, chemin faisant : vers une perspective internationale. Disponible sur ![]() 6. Nahoum-Grappe Véronique. Les choses échappées à la vue. In: Communications, 75, 2004. Le sens du regard. pp. 197-218. |
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La promenade : dialogue sensori-moteur entre l'homme et l'espaceurbLa promenade - l'une des multiples manières de marcher - est une attitude de marche particulière, où le marcheur / promeneur se rend disponible aux sollicitations des qualités spatiales polysensorielles des lieux qu'il traverse. Pour bien saisir l'enjeu d'une réflexion sur la promenade, le terme "sensoriel" n'est pas à prendre ici comme se référant aux cinq sens traditionnels, mais selon la définition des sens donnée par Berthoz, c'est-à-dire correspondant "à des fonctions perceptives (...), restitué[s] comme une direction qui accompagne le sujet vers un but"1. Une telle définition permet de comprendre la spatialité d'un espace comme l'ensemble des "offrandes" d'intentionnalité motrices potentielles proposées au promeneur2. L'espace fait morphologiquement sens pour nous selon les mouvements qu’il rend possibles3 ; il nous apparaît comme une constante invitation au mouvement, comme un partenaire dans un dialogue qui prend la forme d'une promenade. L'ambiance est alors ce qui, dans notre environnement, informe le dialogue spatial que nous engageons avec lui, en tant qu'êtres doués de mouvement. La promenade, mêlant perception et imagination, est un ‘acte de construction de sens’, requérant la ‘compétence de situation’ du promeneur. La reconnaissance théorique du rôle du mouvement pour la perception semble récente. Pourtant, la sensibilité au mouvement est nécessairement présente dans tout art de faire, toute poïésis spatiale, et aussi dans toute description d'actes spatiaux, bien que souvent de manière indirecte, car non thématisée. On la retrouve ainsi là où bien des discours contemporains sur les jardins la chercheraient le moins - dans les textes écrits aux XVIIe et XVIIIe siècles sur ce que l'on appelle aujourd'hui le "jardin à la française", qu'il s'agisse de traités d'art des jardins ou de descriptions de promenades dans le jardin de Versailles. Au travers de la lecture de ces textes, la promenade apparaît comme une composition spatio-temporelle mettant en jeu tous les sens - la vision, l'ouïe, l'odorat, mais également le sens du mouvement, le sens de l'orientation. Elle ne peut cependant se comprendre comme une simple succession d’impressions sensorielles, mais comme une série de mouvements motivés, orientés vers un but. Le jardin est perçu comme un ensemble d’« unités spatiales », clairement délimitées et structurées, comprises comme telles au travers continuités et des ruptures sensibles, et du jeu entrelacé des possibilités et des contraintes motrices que leurs formes physiques permettent, selon les régularités que le mouvement du promeneur fait émerger. La compréhension complexe de l’organisation du jardin au-delà de l'échelle de l'espace directement perçu se construit au cours de la promenade, au fur et à mesure d'expériences spatiales locales et des vues que permettent les axes, mettant en jeu la reconnaissance visuelle des espaces déjà vus ou visités, la mémoire corporelle du trajet parcouru, et les attentes, en partie culturellement constitués, du promeneur. L'étude de Versailles comme site offert à la promenade, révèle la richesse et la variété des « stratégies morphologiques » du jardin, c'est-à-dire des modalités d'émergence du sens morphologique des espaces que recèlent ses formes physiques. La polysémie spatiale du jardin, qui prend corps dans les choix moteurs et perceptuels que l'espace propose au promeneur, permet de penser le jardin comme « œuvre ouverte »4, et la promenade comme une activité interprétative pré-prédicative fondée sur l'intelligence de situation. C’est ainsi que l’on peut parler de la promenade comme d’une quête esthétique d’intelligibilité morphologique. Chaque promenade est une actualisation de sens, c'est-à-dire une construction d’intelligibilité spatiale, qui donne forme et achève le jardin comme œuvre d'art, toujours et chaque fois autrement. Ce texte est un résumé de la thèse de doctorat de l'auteur, "Le promeneur dans le jardin : de la promenade considérée comme acte esthétique. Regard sur les jardins de Versailles", soutenue en décembre 2009 à l'ENSA Paris- La Villette / Paris VIII. | "Promenade" as sensori-motor dialogue between man and spaceWandering, or "promenade", is a specific walking attitude in which the walkers allows themselves to be open with all their senses to the spatial qualities of the spaces they cross. "Senses" here doesn't only mean the five traditionnal senses; the word is used following the definition proposed by Berthoz : senses are linked to perceptive functions, they are oriented according to the perceiving subject's intentional attitude1. Such a definition allows one to understand the spatiality of a given space as the ensemble of potential "affordances"2 it offers, according to the perceiver's motor abilities. Space becomes morphologically meaningful through the motion it allows us3; it appears to us as a constant invitation to movement, as a partner in a dialogue that takes the shape of a promenade. Ambiance is that part of our environment that informs the spatial dialogue we pursue as motile beings. Promenade, mixing perception and imagination, is an act of meaning-building, needing the promeneur's "situation competency". The theoretical recognition of the role of movement in perception is a recent one. Yet sensitivity to movement is necessarily present in all spatial acts, as well as, although in an indirect, non-thematic way, in all descriptions of spatial acts. We can thus find it where most contemporary discourse on gardens would be less inclined to look for it - in texts on the so-called "French classical garden" written during the 17th and 18th century, such as theoretical treatises or descriptions of walks in the gardens of Versailles. Reading these texts, promenade appears as a spatio-temporal composition playing with all the senses - sight, hearing, smell, but also sense of movement and of orientation. However, it is not lived as a simple succession of sensory impressions, but as a series of motivated, goal-oriented movements. The garden is perceived as an juxtaposition of "spatial units", clearly delimited and structured, understood as such through the sensory continuities and discontinuities experienced during the promenade, the interwoven patterns of possible and constrained motions allowed by their physical forms, and the regularities that the motion revealed. During their promenade, the visitors build their understanding of the complexe structure of the garden beyond the immediately perceptible scale, using the temporal succession of local spatial experiences and distant views allowed by the axes, together with the visual recognition of places already seen or visited, bodily memory of the path followed, and expectations (which are in part culturally construed). Studying Versailles as a site for promenade, one encounters the richness and variety of the "morphological strategies" of the garden, that is, the modalities of appearance of the morphological meaning allowed by its physical shape. The spatial polysemy of the garden, actualized through the motor and perceptual choices of the visitors, allows one to consider the "promenade" as a pre-predicative interpretative activity, based on situational intelligence. This is why it is possible to talk about the garden as an "open work"4, and "promenade" as an aesthetic quest of morphological intelligibility. Every promenade is an actualization of meaning, that is, a construction of spatial intelligibility, which shapes and completes the garden as a work of art, always and every time differently. |
1. A. Berthoz, Le Sens du mouvement, Paris, Odile Jacob, 1997, p. 287. 2. "Offrande" est le terme proposé par J-P. Thibaud pour la traduction du mot anglais "affordance" inventé par J.J. Gibson, The Ecological Approach to Visual Perception, Boston, Houghton Mifflin, 1979. 3. E. Straus, Du Sens des Sens, Grenoble, Editions Jérôme Millon, 1989 (1935). 4. U. Eco, L’oeuvre ouverte, Paris, Seuil, 1965. | 1. A. Berthoz, The Brain's Sense of Movement, Harvard University Press, 2000. 2. Word coined by J.J. Gibson, The Ecological Approach to Visual Perception, Boston, Houghton Mifflin, 1979. 3. E. Straus, The Primary World of Senses: a Vindication of Sensory Experience, London, Collier-MacMillan, 1963. 4. ECO (Umberto), The Open Work, Cambridge MA, Harvard University Press, 1989. |
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EDITO N°36
18/10/2010
Ricardo Atienza
Architecte. Docteur en Urbanisme/Architecture. Enseignant à Konstfack, University of Arts and Crafts, à Stokholm, Suède. Chercheur associé au Laboratoire Cresson, France
Architect. PhD in Urban Studies/Architecture. Guest Lecturer at Konstfack, University of Arts and Crafts, Stockholm, Sweden. Associate researcher at Cresson research group, France
Damien Masson
Docteur en Urbanisme/Architecture. Chercheur associé au Laboratoire Cresson, France
PhD in Urban Studies/Architecture. Associate researcher at Cresson research group, France
Quand l'expérimental rencontre | When experimentation meets daily experienceHow to evaluate in situ the impact of audio announcements in a place of intense public use such as the underground? We recently addressed this issue in a research project1 requested by RATP (Company of Paris Undergournd) that questioned the understanding of these auditory messages by passengers, in order to propose possible improvements. To this purpose, we implemented an inquiry method that combined daily experience and simulacrum, in order to collect the impressions of subway travellers when hearing the diffused sound messages. Announcements were thus not solely evaluated in terms of their understanding, but also on their "practical effect", i.e.: what does an announcement provoke in the course of an action? The simulacrum as a basic principle for a " situated simulation" Because of the impossibility to broadcast fictitious messages in the populated underground, we developed a protocol based on a principle of imitation in order to evaluate specific sound announcements in the subway.We thus composed different sound messages that were listened by voluntary respondents in a Paris underground station, using for this a sound portable player. They were then invited to make sonic crossings, i.e. performing walks in which the introduced sound environment overlays (and sometimes replaces) reality while trying to remain as close as possible to it. The announcements and the “scenarios” were prepared in advance, as follows: Announcements staging Recorded in conditions close to those of a studio, the following message was presented to respondents using an iPod equipped with "permeable" earbuds. |
Pour favoriser au mieux l’insertion de cette annonce dans l’environnement sonore de la situation d’enquête, et par là même évaluer le plus finement possible sa réception en situation, ce message a du être mis en scène. Ainsi, un ensemble de filtres lui ont été appliqués pour s’approcher au plus près des conditions sonores de diffusion en station, caractérisée en particulier par des effets de réverbération (d’origine architecturale) et de filtrage (dus au matériel de diffusion). | In order to properly integrate this message in the sonic environment of the survey situation, and thereby assess its reception as accurately as possible in a real situation, this message had to be staged. Thus, a set of filters have been used to reach the broadcasting conditions of a metro station, characterized in particular by reverb (due to the architectural specificities of the space) and filtering (due to audio diffusion equipment). |
Dans un troisième temps, le message a été « habillé » par un contexte sonore correspondant aux situations de l’expérience de terrain en étant inséré sur un enregistrement préalable de la même ambiance sonore correspondant à la situation d’enquête : ici une des galeries de la station Châtelet. | In a third step, the message was "dressed up" with the sound background corresponding to the environment of the inquiry: on the following extract, one of the galleries from Châtelet station. |
In situ L’intention méthodologique est de placer les enquêtés en situation quasi quotidienne. Ainsi, les annonces ne sont pas évaluées pour elles seules, mais sont plutôt observées leurs effets sur le cours d’action d’un enquêté placé en situation de voyageur quotidien. On approche ainsi, sans la porter jusqu’aux dernières conséquences, la situation de « jeu de rôle », où l’implication de la personne dans l’action (l’intention dans ce cas) devient un élément fondateur. Faisant émerger la parole en contexte, ce protocole de nature plutôt expérimentale permet toutefois de créer une situation de réception des annonces sonores aussi proche que possible de la réalité de l’environnement concerné. Pour cela, il a été particulièrement utile de faire écouter certains messages en mouvement, dans des environnements sonores diversifiés (galeries, quais, escalators) afin : 1) que leur écoute ne soit pas facilitée par l’instrumentation technique, et surtout 2) que la situation – et non une « idée » de celle-ci – soit transformée en profondeur. Certaines observations témoignent en faveur de l’effet pragmatique du protocole. Nous avons ainsi pu remarquer un ensemble d’attitudes relatives à l’émergence des messages en situation :
| In situ Our methodological intention is to place the interviewees in an almost daily/ordinary condition. By doing so, the sound announcements are not only evaluated for the message they carry, but their effects are rather observed on the course of an action: a respondent placed in the situation of an everyday passenger facing an audio message while he/she is moving. We thus try to approach a "role-play" situation, where the person's involvement in the action (his/her intention in this case) becomes essential. This protocol allows the creation of an experimental situation for the reception and later evaluation of audio announcements, while enacting in the closest conditions to the reality of their environment. For this, it was particularly useful to propose the interviewees to hear the messages in motion through diverse sonic environments (tunnels, platforms, escalators) in order to: 1) avoid the careful listening facilitated by the technical instrumentation, and especially 2) stage a deeply transformed situation – and not just an idea of it. Our observations point out the pragmatic effect of the protocol used. We indeed noticed a set of attitudes related to the emergence of these messages in situation:
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1. Cf. ATIENZA R. & MASSON D. (2010, à paraître). Des annonces à l’ambiance. Qualification et amélioration des situations de diffusion et de réception des annonces sonores dans le réseau ferré de la RATP. Rapport de recherche. Vincennes : RATP Département Développement Prospective |
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EDITO N°35
13/09/2010
Pamela Roberts
Consultante en design d'odeurs, France
Fragrance design consultant, France
Le nez au ventDe chaque être, de chaque objet, de chaque lieu s’échappe un souffle de molécules, un message odorant intercepté par nos cils olfactifs et interprété, souvent à notre insu, par chacun d’entre nous. Pas besoin de flairer pour sentir, la mécanique ne s’arrête jamais. Cette cinquième dimension de l‘espace est immatérielle, volatile, invisible, souvent indicible, mais capitale. Les odeurs animent, structurent, colorent… l’atmosphère, elles mettent l’ambiance. Et si l’on y prêtait attention ? Si, comme le parfumeur, on se promenait le nez au vent ? Dimension invisible personnelle ou collective? Les odeurs imprègnent nos images, nos souvenirs, même les plus intimes, qu’on y prête attention ou non. Odeur voluptueuse du seringa fleurissant dans le square près du banc, celle des premiers baisers volés… Odeur de poudre du 14 juillet dont l’intensité croît comme la fumée au fil du feu d’artifice, celle de la fête et de l’émerveillement partagés… odeur d’eau alanguie et métallique du fleuve citadin, celle de la promenade dominicale…Et si, paradoxalement, cette dimension cachée de l’ambiance, était la mieux partagée ? Créer la familiarité ? L’odorat est le déclencheur de mémoire le plus puissant, les avancées extraordinaires des neurosciences l’ont démontré. Quel pouvoir d’évocation irrésistible les parfumeurs ont entre les mains pour enchanter le monde, le quotidien ! Pourquoi ne pas les faire contribuer à la création de l’ambiance en imaginant les messages odorants émis par l’environnement? Faire ressurgir parfois certains souvenirs pour créer la familiarité et le plaisir (en suivant une démarche intuitive partagée, ou en la validant par des tests et enquêtes aujourd’hui scientifiquement établis). Créer la surprise ? Les odeurs nous jouent aussi des tours, nous surprennent et nous transportent ailleurs. Tout à coup, en pleine ville, dans l’air surchauffé, chargé de vapeurs de bitume, d’ozone, de carburant, s’impose l’image d’une scierie montagnarde : l’odeur fraîche et humide du plâtre s’infiltre à travers la palissade en bois de pin qui cache un chantier, exhalant au soleil ses effluves résinés. Alors on se dit «Il se passe quelque chose ici ! » Pourquoi ne pas jouer de ces effets de surprise, de contraste, de décalage… ? Pour suggérer un parcours, souligner ou créer des espaces, s’accorder à la lumière et au son, ou au silence et à l’obscurité… contribuant ainsi à la synergie des sens ? Diffuser les messages odorants ? Volatiles, les odeurs sont insaisissables, indomptables. Et si cette volatilité, cette mobilité, étaient leurs meilleurs atouts? On sait aujourd’hui maîtriser les flux d’air et les odoriser grâce à des systèmes de diffusion programmables extrêmement sophistiqués. Mais on peut aussi imaginer cette cinquième dimension de l’ambiance comme un travail sur « l’émanation des lieux ». En jouant sur les matériaux (naturellement odorants, parfumés dans la masse ou en surface…), sur les végétaux plantés (arbres et plantes aromatiques), sur tous les éléments présents. Et en choisissant ses alliés pour propager dans l’ambiance les messages odorants imaginés : Le vent, bien sûr, qui fait claquer des bannières et frissonner des paravents parfumés, qui se charge d’effluves au dessus d’un bassin, à travers une pergola couverte de glycine, une place plantée de tilleuls... Mais aussi l’eau, la vapeur d’eau (merveilleux vecteur d’odeurs), la fumée, la chaleur etc. (Ces modes de diffusion discontinue correspondent à la façon dont notre odorat fonctionne : notre cerveau efface l’odeur d’un lieu après quelques secondes d’immersion ; inutile donc de le saturer, mieux vaut le surprendre !) Pourquoi ne pas convoquer nature, saisons, humeurs, et les vertus aromachologiques des plantes, les voyages, l’ailleurs… pour enrichir l’ambiance et créer les émotions qui ancreront l’esprit du lieu dans notre mémoire ? | Whiffs of AmbiancesEvery living being, every object, every place exhales a breath of molecules, a fragrant message intercepted by our olfactory lashes and interpreted by each of us , often without our knowing it.No need to sniff, we smell, the machine never stops. This fifth dimension of space is immaterial, volatile, invisible, often inexpressible, but essential. Smells lead structure, color and life…to the atmosphere, they set the tone of the ambiance. What if we paid more attention to them? What if, as perfumers do, we went about whiffing the breeze of our surroundings? A personal or collective invisible dimension? Smells impregnate our images, our memories, even the most intimate ones, no matter whether we pay attention to them or not. The voluptuous scent of the mockorange, blooming next to the public garden bench, is that of our first stolen kisses… The exciting smell of gunpowder, thickening as the smoke in the course of the fireworks? Shared amazement and celebration… The languid and metallic odor of the city river? Sunday afternoon strolls in autumn … What if, paradoxically, the most personal, hidden dimension, of ambiance, were also the most shared out? Creating familiarity? The sense of smell is the key trigger for our contextual memory, as demonstrated by the recent breakthroughs in neurosciences. What an irresistible power of evocation in the hands of fragrance creators: the power of enchanting our world, our everyday life! Why not invite them to join in the creation of the ambiance and imagine the fragrant messages sent by environment? They can summon back pleasant memories, creating familiarity and pleasure (either by following an intuitive and shared approach or by validating their choices by tests and surveys which can be carried out today on a scientific basis). Creating surprise? Smells also play tricks on us, surprise us, transport us miles away . Right in the middle of the city, amidst the scorching air and the fumes of asphalt, ozone and fuel, suddenly the image of a mountain sawmill imposes itself on us: the fresh, sweet and humid smell of plaster escapes through a pine picket fence hiding a building site and exhaling its resinated puffs in the sun. And so we think: “Something’s happening here!” Why not play with smells as elements of surprise, of contrast, of discrepancy, as if they were tools in the box? They might suggest paths, spotlight areas, even create them, combining with sound and light, or with silence and obscurity… thereby contributing to the synergy of the senses. Diffusing fragrant messages Smells are elusive, uncontrollable. What if their volatility, their mobility were used as their finest qualities? Today, air flows can be mastered and scented, thanks to sophisticated high-tech diffusing systems. However, the fifth dimension of space could also be imagined as the emanation of its elements. Building materials (naturally fragrant or scent impregnated), water, planted vegetation (trees, aromatic plants)… may express designed fragrant messages. Number of allies may be chosen to propagate these messages in the ambiance: the wind can flap scented banners or screens, blow over fragrant fountains and artificial ponds, rush through wisteria covered pergolas and squares planted with limetrees… Water, steam (wonderful scent vector), smoke, heat… can also be used as precious allies. (These discontinuous modes of diffusion correspond to the functioning of our sense of smell, our brain deleting the odour of any space after a few seconds of immersion: it is useless to saturate our nose, better surprise it!) So why not invite nature, seasons, moods, aromachological virtues of plants, journeys into faraway lands… to enhance the ambience and contribute to create the emotions that may anchor its spirit in our memory? |
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EDITO N°34
12/07/2010
Michelle Duffy, Dean Merlino, Deb Manning
M. Duffy et D. Merlino sont enseignants en Communication et Sciences Sociales à l’Université Monash, Australie. D. Manning travaille au centre des partenariats culturels à l’Université de Melbourne, Australie
M. Duffy and D. Merlino: School of Humanities, Communications and Social Sciences, Monash University, Gippsland campus. D. Manning: Centre for Cultural Partnerships, University of Melbourne, Australia
Définir les lignes sonores de nouveaux développements urbainsAvec la croissance démographique rapide en Australie attendue d’ici 2050, les nouveaux corridors d’expansion débordant de ses grandes villes seront confrontés à une pression considérable en matière de logement, d’infrastructure et de services à la personne. Pourtant, ce n’est que tout récemment que l’on a commencé à étudier les questions relatives à la participation et aux liens sociaux, et les implications de ceux-ci en termes de santé et de bien-être collectifs. Nous présentons ici nos idées et méthodes utilisées dans un projet de recherche faisant intervenir des enfants d’une petite école primaire de la ville d’Officer, l’un des nombreux corridors d’expansion se développant en périphérie de Melbourne. Ces évolutions urbaines sont particulièrement significatives pour la jeunesse habitante de cette zone, où la seule population actuelle de jeunes devrait plus que doubler dans la prochaine décennie mais, comme il ressort de rapports de l'administration locale, il existe un besoin urgent d'amélioration des infrastructures et des initiatives à même de donner la parole aux jeunes et qui les aideront à se sentir « reliés à leur communauté par un sentiment d'appartenance et de bien-être » (Politique et stratégie pour la jeunesse, Conseil du comté de Cardinia, 2007). Dans un tel contexte, que signifie le changement pour les moins de 20 ans ? Bien qu'un certain nombre de stratégies importantes aient été adoptées, ce qui est le moins pris en compte est la portée de nos réactions émotionnelles par rapport au concept de « chez soi » et les divers modes par lesquels on éprouve un sentiment d'appartenance. Notre projet est destiné à inciter les jeunes à explorer le lien social et le sens du « chez soi » par des enregistrements de sons et d'espaces significatifs, qui seront ensuite intégrés dans une exposition sonore. Ce faisant, ils peuvent s'approprier ou se réapproprier leur paysage et (re)découvrir leur connexion à leur environnement physique, social et culturellement construit. L'accent mis sur le son est significatif car le son nous rappelle notre connectivité au monde dans lequel nous vivons sans nous dissocier en tant qu’êtres indépendants, autonomes. Le son nous ramène également à notre corporéité, par la manière dont il pénètre dans le corps et le traverse. C'est pourquoi notre approche fait également écho à l'appel de Longhurst et alii à utiliser notre corps comme « instrument de recherche » (2008 : 215), et nous avons recours à une démarche auto-ethnographique de « perception participante » comme moyen de réfléchir à l'interaction corporelle avec les lieux. En rassemblant ces divers éléments, les participants définiront leur lien social par le biais de lignes sonores, et retrouveront leur propre sentiment de chez-soi dans un environnement en rapide mutation. La raison d'être qui motive notre projet est de faciliter un sentiment d'intervention sur un paysage devenu synonyme d'instabilité et d'incertitude. En permettant aux participants d'enregistrer et de manipuler ces sons chargés de signification pour eux, ils peuvent remodeler le monde extérieur afin qu'il ne soit plus quelque chose d’imposé dans leur vie. Au contraire, cela devient un prolongement de leur expérience qu'ils peuvent façonner et définir. La « sensualité du prendre place » (Feld 2005), par conséquent, reconnecte psychologiquement les participants à un sentiment de « chez soi ». Ce « chez soi psychologique », comme le font observer Sigmon, Whitcomb et Snyder (2002), constitue la base de l'ouverture au lien social. Le social devenant plus familier et contrôlable, la possibilité de connexion se transforme en réalité. | Mapping out the soundlines of new urban developmentsWith the rapid population growth estimated to occur in Australia generally by 2050, the new growth corridors spilling out of its capital cities will face considerable pressure in housing, infrastructure, and human services. Yet, only more recently considered are issues around social participation and connection, and the implications these have in terms of community health and well being. Here we present our ideas and methods used in a research project involving young people from a small primary school in the town of Officer, one of a number of new growth corridors developing along the outskirts of Melbourne. These urban changes are particularly significant for the youth of this area, where the current population of young people alone is expected to more than double in the next decade, but, as local government reports suggest, there is an urgent need for improved infrastructure and initiatives that will recognise and assist young people in feeling “connected to their community through a sense of belonging and wellbeing” (Cardinia Shire Council’s Youth Policy and Strategy, 2007). In such a context, what does change mean for those under the age of 20? Although a number of important strategies have been adopted, what is less recognised is the significance of our emotional responses to ‘home’ and the various modes through which one feels a sense of belonging. Our project is designed to engage young people to explore social connection and the meaning of ‘home’ through recordings of significant sounds and significant spaces, which will later be incorporated into a sound exhibition. In so doing they can re/connect with their landscape and re/discover their connection to their physical, social and culturally constructed surrounds. The focus on sound is significant because sound reminds us of our connectivity to the world we inhabit in which we are not separate, autonomous beings. Sound also brings us back to our corporeality, how sound penetrates in and through the body. Hence our approach also responds to Longhurst et al’s call to use our bodies as “instruments of research” (2008: 215), and we draw on an auto-ethnographical approach of ‘participant sensing’ as a means to think about bodily interaction with places. Bringing together these different elements, participants will map out their social connection through soundlines, and recapture their own sense of home in a rapidly changing environment. The rationale underpinning our project is one that facilitates a sense of agency over a landscape that has come to stand for instability and uncertainty. By enabling the participants to record and manipulate those sounds that are meaningful to them, they can rework the external world so that it is no longer something forced upon their lives. Instead, this becomes an extension of their experiences which they can shape and define. The ‘sensuality of emplacement’ (Feld 2005), therefore, reconnects the participants psychologically with a sense of ‘home’. This ‘psychological home’, as Sigmon, Whitcomb and Snyder (2002) suggest, forms the basis of the opening up to social connection. As the social becomes more familiar and controllable, the possibility of connection becomes a reality. |
References: Feld, S. (2005) "Places Sensed, Senses Placed: Towards a Sensuous Epistemology of Environments", in David Howes (ed) Empire of the Senses: The Sensual Culture Reader, Oxford, Berg, pp. 179-191 Sigmon, S., Whitcomb, S., Snyder, C. (2002) "Psychological Home", in Fisher, A., Sonn, C., Bishop., B, Psychological Sense of Community: Research, Applications, and Implications, New York, Kluwer Academic/Plenum Publishers, pp. 25-41 |
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EDITO N°33
16/06/2010
Laura De Caro
Licenciée en Communications et Mass Media de l’Université de Turin, Italie. Poursuit une recherche sur les pratiques narratives dans l’espace muséal, Université de Leicester, UK
MA in Mass Media & Communications, University of Turin. Current research on narrative practices in museum space, University of Leicester, UK
Explorations sur la qualité sonore des espaces de vieAu tournant du 21e siècle et au regard de l’étude des environnements vécus, nous sommes graduellement témoins d’une attention renforcée au sujet de la qualité sonore des espaces de vie et d’une prolifération, au travers de disciplines, par les publications sur l’histoire, la sociologie et l’anthropologie des sons (voir bibliographie). En temps qu’étudiante en communication, je me suis interrogée sur les origines de ce changement d’attitude par rapport aux sons, ses liens avec le développement des technologies des médias et de la musique ainsi que le potentiel des études actuelles sur les sons, en temps que champ de recherche interdisciplinaire, donnant une lecture plus compréhensive de notre expérience perceptive et une nouvelle voix dans notre compréhension de l’histoire. Fondamental dans ce changement d’attitude, se trouve être le travail du compositeur canadien R. Murray Schafer, qui, dès le début des années 70, a présenté le concept de paysage sonore comme terme inclusif et flexible indiquant tous les sons perçus qui nous environnent en un temps et un lieu. La reconnaissance de cette sphère perceptive comme une entité identifiable, dans laquelle chacun de nous contribue plus ou moins consciemment, ne supporte pas seulement les débats écologiques des années 70, mais plus largement porte l’intuition de Schafer et de son contemporain John Cage au-delà de la sphère musicale vers des recherches culturelles et sociologiques. Schafer a commencé à poser de nouvelles questions: Quels sont tous les sons que j’entends ? Comment ces sons changent avec le temps, l’espace et les cultures ? En quoi sont-ils signifiants dans les processus culturels qui donnent sens et identité ? Comment pouvons-nous produire des sons plus significatifs dans le design sonore ? Pour répondre à ces questions, Schafer et ses collègues du ![]() Aujourd’hui, de nombreuses initiatives dans le champ de la recherche sonore sont directement inspirés des travaux du WSP (comme le ![]() ![]() Néanmoins, dans l’investigation d’outils de recherche plus efficaces, une nouvelle question est apparue : le rôle du web peut-t-il aujourd’hui renforcer notre relation avec notre environnement vivant plutôt que de nous en éloigner ? Les cartes sonores du monde mises sur la Web tel le ![]() ![]() | Explorations on the sonic quality of lived spacesWith the turn of the 21st century, we are increasingly witnessing, with regards to the study of lived environments, a consolidation of attention for the sonic quality of lived spaces and a proliferation across disciplines of publications on the history, sociology and anthropology of sound (see bibliography). As a student in Communications I questioned the origins of this change of attitude toward sound, its connections with the development of media and music technology and the potential of today’s sound studies, as an interdisciplinary field of research, to provide a more comprehensive reading of our perceptive experience and a new voice in our understanding of history. Fundamental in this turn of events was the work of the Canadian composer R.Murray Schafer, who as early as the 1970s presented the concept of ‘soundscape’ as an inclusive and flexible term to indicate all the sounds of the environment as perceived in a given space and time. The recognition of this perceptive sphere as an identifiable entity, to which each of us contributes more or less responsibly, did not only support the ecological debates of the Seventies, but more extensively brought the intuition of Schafer and his contemporary John Cage outside the field of music and towards that of cultural and sociological enquiry. Schafer started asking new questions: What are all these sounds that I hear? How do these sounds change in time, space and cultures? How are they significant in cultural processes of meaning and identity making? How can we make these sounds more telling through actions of acoustic design? To answer these questions, Schafer and his colleagues of the ![]() Today many initiatives in sonic field research are directly inspired by the work of WSP (such as ![]() ![]() Yet as we look to find more effective tools of research, a new question begins to emerge: can the Web have a role today in reinforcing rather than discouraging our relation with the lived environment? Web-based sonic maps of the world such as ![]() ![]() |
References: AA.VV., La grana dell’audio. La dimensione sonora della televisione (Roma: Rai-ERI, 2002) Augoyard, J.F., Torgue, A., À l’écoute de l’environnement. Répertoire des effets sonores (Marseille: Editions Parenthèses, 1995) Basso, K.H., Feld, S. (ed.by) Senses of Place (Santa Fe : School of American research Press, 1996) Blesser, B., Salter, L.-R., (ed .by) Spaces speak, are you listening? Experiencing aural architecture (Cambridge, Massachusetts : MIT Press, 2007) Cage, J., Silence: lectures and writings (London: Calder and Boyars, 1968) Colimberti, A., (ed. by) Ecologia della Musica. Saggi sul paesaggio sonoro (Roma : Donzelli, 2004) Crunelle, M., Le Son des Villes: 100 descriptions sélectionnés par Marc Crunelle (Bruxelles : Presses Universitaires de Bruxelles, 2006) De Caro, L. “I Soundscape Studies secondo R.Murray Schafer . L’emergere di un nuovo campo di ricerca”, MA Thesis on the History of Media, University of Turin, Italy Hirshkind, C., The Ethical Soundscape. Cassette sermons and Islamic counterpublics (New York: Columbia University Press, 2006) Järviluoma-Mäkelä, H., Wagstaff, G., (ed. by) Soundscape Studies and Methods (Turku: Finnish Society for Ethnomusicology, 2002) Mayr, A., Musica e suoni dell’ambiente (Bologna : CLUEB, 2001) Picker, J., Victorian soundscapes (New York : Oxford University Press, 2003) Rath, R.C., How early America sounded (New York : Cornell University Press, 2003) Schafer, R.M., The Soundscape. Our Sonic Environment and the Tuning of the World (Rochester, Vermont : Destiny Books, 1994) Schafer, R.M. (ed. by) The Vancouver Soundscape (Vancouver: A.R.C.Publications, 1978) Schafer, R.M. (ed. by) Five Village Soundscapes (Vancouver: A.R.C.Publications, 1977) Smith, B., The Acoustic World of Early Modern England. Attending to the O-factor (Chicago : The University of Chicago Press,1999) Smith, M.M., Listening to Nineteenth-Century America (Chapel Hill : The University of North Carolina Press, 2001) Sterne, J., The Audible Past. Cultural origins of sound reproduction (Durham & London : Duke University Press, 2003) Thompson, E., The Soundscape of Modernity. Architectural Acoustics and the Culture of Listening in America, 1900-1933 (Cambridge, Massachusetts : MIT Press, 2004) Truax, B., Acoustic Communication 2nd edition (Westport, USA : Ablex Publishing, 2001) |
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EDITO N°32
01/06/2010
Céline Drozd
Architecte, doctorante au CERMA UMR CNRS/MCC 1563, ENSA Nantes, France. Thèse dirigée par G. Hégron, encadrée par P. Amphoux, V. Meunier et N. Simonnot
Architect, PhD Candidate at CERMA research group (UMR CNRS/MCC 1563), France. PhD supervised by G. Hégron, P. Amphoux, V. Meunier, and N. Simonnot
Les ambiances dans le processus de conception architecturale : l’exemple de l’agence Behnisch ArchitektenDans la cadre de notre thèse de doctorat, nous étudions les représentations iconographiques et langagières d’ambiances produites par des architectes contemporains lors du processus de conception architecturale. Une des approches des ambiances possibles parmi d’autres est celle de l’agence d’architecture allemande Behnisch Architekten développée plus particulièrement pour la conception des ambiances des Thermes de Bad Aibling (Bad Aibling, Allemagne, septembre 2007).Les espaces projetés par les architectes allemands sont à la fois conçus dans un souci de qualité de vie et de qualité environnementale ce qui fait dire à Marie-Hélène Contal & Jana Revedin que Behnisch Architekten travaille sur « l’ergonomie de l’immatériel ». Les architectes intègrent en effet dans leur projet à la fois la dimension sensible et la dimension physique des ambiances. A Bad Aibling, les architectes ont proposé des « cabinets de bains » sous formes de coupoles caractérisées par des ambiances différentes en jouant sur les lumières, les couleurs, les odeurs, les sons, les températures, les matières. Ils prennent en compte les différents sens pour proposer des expériences variées. Au moment de l’esquisse, leurs intentions sont surtout traduites à l’aide de photographies (références historiques de thermes, matériaux) et de schémas simplifiés en coupes dans lesquels on voit apparaître les premiers dispositifs de contrôle des ambiances (formes des ouvertures, recherche d’intégration des éléments de traitement acoustique).Par ailleurs, dès la phase d’esquisse, l’agence Behnisch propose une approche climatique des ambiances qui se traduit par la production de représentations sous forme de schémas de fonctionnement climatique et de simulations numériques des paramètres physiques d’ambiances grâce à la collaboration avec un bureau d’étude climatique, Transsolar. L’objectif est d’évaluer les consommations énergétiques du bâtiment ainsi que les zones d’inconfort en fonction de la température, du taux d’humidité et des mouvements de l’air. Ainsi, les coupoles constituent un élément architectural majeur qui caractérise visuellement le bâtiment et permet de créer des ambiances distinctes mais elles jouent également un rôle dans la stratégie de réduction des consommations d’énergie. Nous soulignons l’intérêt de cette démarche qui permet, par la complémentarité des approches, d’anticiper la perception des ambiances projetées dans l’édifice construit. Cela suppose néanmoins que l’ensemble des acteurs du processus de conception manifeste un intérêt pour les compétences de ses collaborateurs et s’efforce d’en comprendre les représentations. La conception intégrée nous paraît particulièrement fructueuse dans la formulation des intentions et la conception des ambiances projetées. Comme nous venons de le faire très succinctement pour les Thermes de Bad Aibling, ce travail s’attache à identifier puis à caractériser les représentations d’ambiances produites par des architectes contemporains durant les différentes étapes du processus de conception, permettant ainsi à l’ambiance initialement formulée de perdurer tout au long du processus de conception et ceci, jusque dans les espaces vécus. Pour plus de détails sur ce bâtiment et sa conception : ![]() ![]() Contal Marie-Hélène & Revedin Jana. Sustainable design, towards a new ethic in architecture and town planning. Basel : Birkaüser, 2009, 179 p. Jaeger Falk. Behnisch Architekten. Berlin : Jovis Verlag, “Portfolio”, 2009, 144 p. | The atmosphere during the design process: the case of Behnisch ArchitektenOur PhD subject deals with the representations of architectural atmosphere through the texts, discourses and images produced by contemporary architects during all the stages of the designing process. We present here one of the possible approaches of atmosphere: there is the one developed by the architectural German practice “Behnisch Architekten” for the thermal baths of Bad Aibling in particular (Bad Aibling, Germany, September 2007). The spaces projected by the German architects are conceived to respond to both quality of life and the environmental quality. That is the reason why Marie-Hélène Contal & Jana Revedin say that Behnisch Architekten works on “the ergonomics of the immaterial world” . Indeed, these architects incorporate in their projects both sensible aspect and physical aspect of atmospheres. In Bad Aibling, the architects proposed “bath cabinets” in the shape of domes. They characterized each dome by different atmospheres, switching light, color, smell, sound, temperature and materials. Differentiated atmospheres are created in order to enhance the desired bathing experience. At the drafting stage, their intentions are represented by photographs (of historical thermal baths, of materials) and by quick schemes in section which show us the first systems to control the atmospheres in the building (shapes of openings, searches for integrate the acoustics system). From the drafting stage, Behnisch Architekten proposed a climatic approach of atmosphere. The architects produced schemes to conceive the principle of climate zoning and they produced numerical simulation of the atmosphere’s physical phenomena. They collaborate therefore with a climate engineering firm, Transsolar. The aim is both to evaluate energy consumption and to provide adequate thermal comfort conditions in all the different areas according to the temperature, the humidity level and the spatial velocity distribution. The domes characterize the building with their spherical shapes. They create also several atmospheres and reduce the energy consumption. They are both architectural and climatic elements. These architects, the climatic engineering firm and the future users work closely together. The synergy of these approaches permits to conceive the atmosphere in order to anticipate the perception of the users in the building. It supposes that all the actors of the designing process take an interest in sharing skills and strive to understand the representations produced by each other. This way of designing atmosphere seems to us successful so that the projected atmosphere is experienced in the building. As we have just done in this paper for the case of the thermal bathes of Bad Aibling, the aim of our PhD subject is to identify and qualify the atmosphere representations produced by contemporary architects during the different stages of the design process. The aim of these architects is to provide the conditions in which the projected atmosphere can be experienced by the users in the building. For more details: ![]() ![]() ![]() Contal Marie-Hélène & Revedin Jana. Sustainable design, towards a new ethic in architecture and town planning. Basel : Birkaüser, 2009, 179 p. Jaeger Falk. Behnisch Architekten. Berlin : Jovis Verlag, “Portfolio”, 2009, 144 p. |
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Territoires acoustiques : Culture du son et vie de tous les joursCe qui m'intéresse, c'est de prendre au sérieux la verve stimulante et enrichissante de la matérialité acoustique et les diverses expériences de phénomènes auditifs. Pour ce faire, j'espère suivre le son alors qu'il transmet des échanges chargés de signification pour le corps singulier, et au delà, la manière dont il inscrit ce corps dans un maillage social plus large. De mon point de vue, le son opère en tant que communauté émergente, tissant un lien entre des corps qui ne se recherchent pas nécessairement et les obligeant à se rapprocher. À leur tour, ces mouvements viennent construire une spatialité qui est à la fois cohérente et divergente : la spatialité acoustique est une leçon de négociation, car elle sépare autant qu'elle répare ; elle disloque les frontières entre un intérieur et un extérieur, entraînant dans son élan le privé et le public pour recréer en définitive les notions de différence et d'analogie. Tous ces mouvements et comportements soniques doivent être considérés comme indicateurs d'une structure paradigmatique particulière et unique : le son est ainsi une matrice épistémique générant des coordonnées spatiales spécifiques, une mixité sociale et des perceptions corporelles. En suivant les détails de cette structure paradigmatique, quel type de langage est susceptible d'émerger peu à peu, comme moyen de décrire ou de penser à travers le lieu où nous sommes aux prises avec les événements acoustiques ? Territoires acoustiques : Culture du son et vie de tous les jours (Continuum Books) est une nouvelle publication dans laquelle j'ai exploré les caractéristiques de ce paradigme auditif. Je me suis surtout intéressé à la manière dont le son circule à travers l'environnement construit, dont il conditionne les espaces architecturaux et forme la base de projets sociaux et culturels. Chaque chapitre entreprend de sonder des topographies ou des sites particuliers, tels que les espaces souterrains, la rue ou le foyer, examinant la manière dont le son se prête aux expériences de lieu. L'exploration se poursuit en considérant le lieu en fonction de figures ou de comportements soniques particuliers. La compréhension de l'écho, de la vibration, de la rétroaction, du silence, du bruit et de la transmission est utilisée pour étudier et mettre en relief des histoires auditives particulières et pour définir des géographies soniques de la vie de tous les jours. Il est important de noter que ma préoccupation a été de faire intervenir la politique de la culture du son : comment le son opère-t-il au sein de formes de résistance, et comment des actes d'écoute sont-ils susceptibles d'influencer la compréhension de la communauté, de la différence et de la cité du futur ? | Acoustic Territories: Sound Culture and Everyday LifeI’m interested to take seriously the challenging and enriching verve of sonic materiality and the diverse experiences of auditory phenomena. To do so, I hope to follow sound as it comes to impart meaningful exchanges against the singular body, and further, how it locates such a body within a greater social weave. From my perspective, sound operates as an emergent community, stitching together bodies that do not necessarily search for each other, and forcing them into proximity. Such movements in turn come to build out a spatiality that is both coherent and divergent – acoustic spatiality is a lesson in negotiation, for it splits apart while also mending; it disrupts the lines between an inside and outside, pulling into its thrust the private and the public to ultimately remake notions of difference and commonality. All these sonic movements and behaviours must be taken as indicating a particular and unique paradigmatic structure: sound is thus an epistemic matrix generating specific spatial coordinates, social mixes, and bodily perceptions. Following the details of this paradigmatic structure, what kind of language might begin to surface, as means to describe or to think through where we are in the throes of sonic events? Acoustic Territories: Sound Culture and Everyday Life (Continuum Books) is a new publication in which I have explored the features of this auditory paradigm. My focus is on how sound comes to circulate through the built environment, to condition architectural spaces, and to form the base for social and cultural projects. Each chapter sets out to query particular sites or topographies, such as underground spaces, the street or the home, investigating how sound lends to experiences of place. This is further explored by considering place according to particular sonic figures or behaviour. Understandings of echo, vibration, feedback, silence, noise and transmission are used to investigate and unfold particular auditory histories and to detail sonic geographies of everyday life. Importantly, it has been my interest to engage the politics of sound culture: how does sound participate within forms of resistance, and how might acts of listening influence understandings of community, difference, and the future city? |
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Errance solitaire avec un nuage : le Web 2.0 et l’expérience des lieux urbainsÀ la fin du XIXème siècle, les constructions représentaient la technologie identificatrice de l’époque (Bolter 1986). Des foules se rassemblaient pour marquer l’ouverture du « Crystal Palace » (Palais de cristal) à Londres en 1851. À la fin des années 1990, toutefois, le lancement d’un nouveau système d’exploitation reflétait davantage l’air du temps qu’une nouvelle construction. Désormais, le Web 2.0 a tout révolutionné. Il balaie les obstacles physiques et culturels, donnant lieu à de nouvelles pratiques sociales qui mettent à rude épreuve notre sens de la communauté et du lieu. En partageant des photographies, vidéos, cartes, notations et analyses, nous vivons par procuration l’expérience d’être quelque part à travers les autres que nous ne rencontrerons probablement jamais. Jusqu’à présent, la plupart de ce qui est partagé encourage la consommation : où peut-on trouver la meilleure adresse pour acheter X ici ? Nous investissons notre confiance dans ces autres invisibles en partie définis par leur aptitude à accéder au Web. La téléphonie mobile et les services géodépendants étendent la portée du Web 2.0 aux coins et recoins, parcs et allées, collines et vallons. Ils placent l’espace physique au cœur du Web 2.0. Des questions que nous n’avions jamais songé poser auparavant — car les réponses semblaient alors évidentes —deviennent désormais pertinentes. Où suis-je ? Qui est avec moi ? Où devrais-je aller ensuite ? L’éventail des réponses possibles est large et certaines réponses n’identifient plus l’espace physique. Des visions de villes câblées sont à la recherche d’un futur au sein duquel « l’interaction humaine avec et par les ordinateurs deviendrait socialement intégrée et spatialement dépendante, les objets et espaces du quotidien étant liés par l’informatique en réseau » (Greenfield et Shepard 2007). Voir les gens arpenter les places absorbés dans des conversations sur un téléphone mobile, semble indiquer une issue différente. Ils ne sont pas là ; ils sont ailleurs. Ils ont la tête dans de nouveaux nuages : des nuages de données sur des serveurs qui sont ailleurs. Notre ingéniosité nous apporte une sophistication toujours plus grande en informatique mobile mais nous isole du monde qui est devant notre nez. L’attention humaine est une ressource limitée, si ingénieux que soient nos dispositifs (Shirky 2008). Cette limite à l’attention laisse entrevoir le besoin d’une phénoménologie qui va au-delà de l’individu pour englober l’expérience intersubjective de l’espace urbain avec toute la complexité introduite par l’informatique mobile et le Web 2.0. Comment pouvons-nous être dans différents espaces et passer sans cesse de l’un à l’autre en une fraction de seconde ? Qu’est-ce que cela signifie pour la conception de l’espace urbain du futur ? S’il est possible de tirer parti du Web 2.0 pour développer notre conscience et notre expérience de l’ambiance urbaine — par exemple à travers l’organisation de « performances » (spectacles) et de flash-mobs — ce potentiel reste à exploiter. Malheureusement, les premiers signes ne sont pas bons ; les premières applications de réalité augmentée à apparaître sur les téléphones mobiles sont celles qui identifient des appartements à 600 000 euros à Amsterdam ou localisent les meilleurs restaurants accessibles à pied (Thackara 2010). Est-ce le mieux que nous puissions faire avec le Web 2.0 mobile ? À moins de trouver le moyen de relier le virtuel au réel, nous courons le risque de vivre de plus en plus ailleurs plutôt qu’ici, avec des gens que nous ne connaîtrons peut-être jamais, tandis que ceux autour de nous deviendront invisibles (voir Figure 1). | Wandering lonely with a cloud: Web 2.0 and the experience of urban placesAt the end of the 19th century, buildings represented the defining technology of the age (Bolter 1986). Crowds gathered to mark the opening of the Crystal Palace in London in 1851. By the end of the 1990s, however, the launch of a new operating system captured the spirit of the times more than a new building. Now, Web 2.0 has changed everything. Web 2.0 removes physical and cultural barriers, resulting in new social practices, which stretch our sense of community and place. By sharing photographs, videos, maps, ratings and reviews, we enable vicarious experience of being somewhere through others we will probably never meet. So far, most of what is shared encourages consumption—where is the best place to buy X here? We invest our trust in invisible others who are defined in part by their ability to access the Web. Mobile telephony and location based services extend the reach of Web 2.0 to nooks and crannies, parks and alleys, hills and valleys. They push the focus of Web 2.0 towards physical space. Questions we never thought to ask before—because the answers seemed obvious before—are pertinent now. Where am I? Who is with me? Where should I go next? The range of possible answers is wide and some responses no longer identify physical space. Visions of wired cities seek a future in which “human interaction with and through computers becomes socially integrated and spatially contingent, as everyday objects and spaces are linked through networked computing” (Greenfield and Shepard 2007). Seeing people pacing the plazas engrossed in conversations on a mobile phone, suggests a different outcome. They are not there; they are somewhere else. Their heads are in new clouds—clouds of data on servers somewhere else. Our ingenuity brings us ever greater sophistication in mobile computing but isolates us from the world in front of our noses. Human attention is a finite resource, no matter how clever our devices are (Shirky 2008). This limit to attention suggests the need for a phenomenology that reaches beyond the individual to embrace intersubjective experience of urban space with all the complexity mobile computing and Web 2.0 introduce. How we can be in different spaces and flit from one to another (and back again) in a split second? What does this mean for the design of future urban space? While there is scope to harness Web 2.0 to expand our awareness and experience of urban ambiance—for example through the organisation of performances and flash-mobs—that potential has yet to be tapped. Unfortunately, the early signs are not good; the first augmented reality “apps” to appear on mobile phones are those that identify apartments for 600,000 euros in Amsterdam or locate the best restaurants within walking distance (Thackara 2010). Is this the best we can do with mobile Web 2.0? Unless we can work out how to connect the virtual and real we run the risk of increasingly living somewhere other than here, with people we may never know, while those around us become invisible (see Figure 1). |
Bolter, J. D. (1986). Turing’s Man. London, Pelican. Greenfield, A. and Shepard, M. (2007). Urban Computing and Its Discontents. Architecture and Situated Technologies Pamphlet 1. The Architectural League of New York. Available from ![]() Shirky, C. (2008). Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations. London, Allen Lane. Thackara, J. (2010). Barf-ware. Available at ![]() |
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EDITO N°29
22/03/2010
Steven Melemis
Architecte, enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Malaquais, chercheur au laboratoire Cresson, France
Architect, lecturer at l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Malaquais, Cresson Laboratory, France
Nicolas Tixier
Architecte, enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, chercheur au laboratoire Cresson, France
Architect, lecturer at l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Cresson Laboratory, France
Réalisation : Zoom (Naïm Aït Sidhoum, Pierre Bouchon Cesaro, Thibaut Candela) + Laure Brayer + Damien Masson.
Dans le cadre d'une recherche PIR Ville et Environnement. "L’ambiance est dans l’air - La dimension atmosphérique des ambiances
architecturales et urbaines dans les approches environnementales". Sous la direction de Nicolas Tixier (2008-2010)
Transects UrbainsLe terme transect1 désigne pour les géographes un dispositif d’observation de terrain ou la représentation d’un espace, le long d’un tracé linéaire et selon la dimension verticale, destiné à mettre en évidence une superposition, une succession spatiale ou des relations entre phénomènes. Pour nous, le transect urbain se présente comme un dispositif se situant entre la coupe technique et le parcours sensible empruntant leurs techniques pour les hybrider ; il s’effectue par le dessin, la vidéo autant qu’in situ. Mais, tout au contraire de l’attitude du flâneur, celui qui opère un transect sait qu’il devra effectuer des intrusions, des franchissements. C’est une « coupe » qui, loin d’être clinique, engage le corps même de l’observateur dans une traversée, pour justement… aller voir. Le transect urbain n’implique pas de dominante disciplinaire ni d’exhaustivité des données pour un lieu ; bien au contraire, il sélectionne tout ce qui se trouve sur son fil et autorise, précisément, les rencontres entre les dimensions architecturales, sensibles et sociales, entre ce qui relève du privé et ce qui relève du public, entre le mobile et le construit, etc. Et, si on prend un peu du recul, il peut permettre la lecture des strates historiques autant que des répartitions programmatiques. Cette dimension verticale et cheminatoire permet d’échapper aux logiques de zoning et d’articuler de nombreuses couches programmatiques déjà fortement présentent dans toutes villes. Réhabilitant la dimension atmosphérique dans les représentations architecturales, rendant possible l’inscription des récits, le transect peut devenir alors un mode d’expression de l’espace sensible et des pratiques vécues prometteur pour l’analyse autant que pour la conception. Nous faisons l’hypothèse que le transect est un mode de représentation et d’expression qui peut devenir un lieu de débat et de rencontre entre les acteurs de l’urbain (habitants, usagers, techniciens, élus et concepteurs) et entre les disciplines de l’urbain (techniques, sociales et design) afin de permettre le croisement des enjeux environnementaux et des enjeux d’ambiances situés. Pour mettre à l’épreuve cette hypothèse, nous testons et déployons dans de nombreux contextes (Paris, Grenoble, Nantes, Geneva, São Paulo, Bogotá) toute une panoplie de transects selon trois registres d’action :
| Urban TransectsFor the geographer, the term "transect"1 signifies an approach encompassing both the observation of a terrain and, at the same time, a corresponding form of graphic representation. Cutting across the space in question and presenting its vertical dispositions, the transect reveals successions of superimposed or contiguous components and the relations they entertain amongst themselves. We have chosen to approach the transect in an intermediate position between the « technical » section and as a sense-invoking trajectory, attempting a form of hybridization of the two based on initial descriptions documented in the form of drawings, filmed sequences etc. that reflect situated experience of the space traversed. Unlike the attitude of the flâneur, the traversing of the line of the transect implies intruding, leaping over or going under, etc. It is indeed a « cut » whose investigation actively engages the body of the observer who is there to look. In our view, the urban transect does not necessarily a particular, « dominant » discipline and, at the same time, need not attempt to be exhaustive in its attitude to the territory crossed. On the contrary; it can be constructed from a selection of elements encountered along its length and, in so doing, be deployed as a means of presenting interactions between architectural, sensory and social dimensions, between private and public domains, between the mobile and the immobile etc. With a bit of intellectual distance, it can allow for a reading of historical layers or programmatic dispositions. The simultaneous representation of horizontal layers vertically cut through, combined with the evocation of a corporal trajectory precludes the possibility of a reasoning based on « zones » while allowing for an articulation of existing rapports between different programmatic layers that are present in all urban contexts. In reintroducing the atmospheric dimension into architectural representation in the form of “situation-specific” graphic approaches facilitating trans-disciplinary communication, in allowing for the possibility of situating spatial narratives, the transect might become a viable means of representing the sensory qualities of space and of lived practices in ways that enrich the designer’s analytical capacities. Our hypothesis is that the transect can be deployed as a mode of representation and expression capable of focusing debate among a diversity of stakeholders (inhabitants, technicians, politicians, designers etc.) and between technical, social science and design disciplines studying the urban territory. We are primarily concerned with the capacity of the transect to focus discussion on specific environment- and atmosphere- related issues. The main hypothesis has been subject to applications in a number of contexts (Paris, Grenoble, Nantes, Geneva, São Paulo, Bogotá), each time in relation to different local issues :
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1. Ce texte reprend l’abstract soumis et accepté pour une communication à l’International Conference of Architectural Research – ARCC-EAAE – Washington DC – Juin 2010. | 1. This text resumes the abstract submitted and accepted for Communication at the International Conference of Architectural Research – ARCC-EAAE – Washington DC – June 2010. | |||
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Ecouter les fragments sonores
Listen to the sound fragments
"Haute fidélité"Assister à un match de championnat brésilien à l’Estádio Palestra Itália1 (Palmeiras, Saõ Paulo) donne une occasion unique à l’urbaniste sensible, accessoirement amateur de ballon rond stéphanois, de vérifier si les ambiances des stades français avec leurs fans et ultras sont fidèles à leur lointain modèle d’origine : les torcidas organizadas du Brésil. A St-Etienne comme à Palmeiras, les stades sont anciens et plus ou moins décatis. Construits dans les années 30 et rafistolés depuis au gré des moyens ils sentent encore le football. Les tribunes populaires y sont suffisamment proches du terrain pour y sentir l’herbe mouillée… Privilège commun que les « 4 août » des instances internationales n’ont pas encore pu abolir, on peut encore y regarder le match debout dans les gradins ou arquibancadas. Alors que les nouvelles enceintes sportives prennent parfois la clef des champs, ce sont des stades dans et avec vue sur la ville. A Saõ Paulo, d’inspiration grecque avec sa forme en U, l’Estádio Palestra Itália met la ville en scène : on y voit les palmiers symboles du club et en arrière-plan les gratte-ciels et favelas de la mégalopole. Geoffroy-Guichard, stade à l’anglaise avec quatre tribunes qui se regardent, offre quant à lui des cadrages plus serrés sur les usines, les barres et tours des collines alentours. Dans les deux cas, un même couplage de verticalité et d’horizontalité. Dans les deux stades, des groupes de fans hétérogènes sont les principaux facteurs d’ambiance. Ils sont massés dans les tribunes populaires et s’associent en torcidas organizadas ou sections ultras. De réputation nationale, leurs chants y sont puissants et polyphoniques, leurs mélopées lancinantes (tambours, grosses caisses, choeurs) ou plus rythmées selon les moments et les buts des équipes adverses ne les arrêtent guère. Les références musicales sont rarement communes même si les rythmes sud-américains se retrouvent dans les deux stades (sambas2, macarena, Manu Chao, etc.). Il y a par contre divergence sur l’emplacement réservé aux visiteurs. Alors qu’à St-Etienne le parcage se situe en tribune latérale, à proximité visuelle du principal kop, les visiteurs du Palestra Itália sont placés tout au bout du fer à cheval, loin des yeux et du cœur des torcidas paulistes. Tribune assises, bâches plastiques et affichages publicitaires empêchent tout espoir de croiser le regard ou le fer entre supporters. | "High Fidelity"Being part of a Brazilian football game at Estádio Palestra Itália1 (Palmeiras, Saõ Paulo) is a unique way for a French urban designer, football fan at his spare time (AS St-Etienne), to verify if French stadium’s atmosphere, with their “fans” and ultras, can match their distant models : torcidas organizadas from Brazil. In St-Etienne (stade Geoffroy-Guichard) as in Palmeiras, stadiums are getting old and more or less decrepit. Often patched up since their construction in the 1930s, the popular stands have rare privileges nowadays. You still can watch the game standing in the terraces (gradins or arquibancadas) and they are even close enough to the pitch to smell the wet grass. In contrast to the modern sports arenas often located on the outer fringes of cities, they are situated in their city and also afford a view on it. At Saõ Paulo, the Estádio Palestra Itália is horseshoe shaped in the Greek style of Olympic games. It stages the city landscape : in the foreground, palm trees symbolising the club and in the background the skyline made of favelas and skyscrapers. Geoffroy-Guichard, English-style stadium with four stands staring at each other, offers more tightened views on factories, bars and towers on the hills surroundings. In both cases, the same coupling of verticality and horizontality. In both stadiums, heterogeneous groups of fans are the main factors of atmosphere. They are massed in the popular stands and are gathered in torcidas organizadas or ultras sections. Their singing is powerful and polyphonic and carries a national reputation. The rhythm of their bands (drums, choirs, etc.) can be monotonous or hectic according to match scenario and they continue regardless of the opposing teams’ goals. The musical references are rarely common even if the South American rhythms are to be found in both stadiums (sambas2, macarena, Manu Chao, etc.). There is, on the other hand, difference on the place reserved for the visitors. While in St-Etienne the away stand is situated in the grand stand, physically closed and visually in contact with the home fans in the main kop, the visitors of the Palestra Itália are placed at the end of the horseshoe, far from eyes and from heart of paulistes’ torcidas. Plastic covers and advertisement prevent any hope to cross the glance or the iron between supporters. | |||
Emblèmes et drapeaux des supporteurs font des clins d’œil similaires aux mauvais garçons des comics de Bart Simpson en France à Satanas et Diabolo ou Mancha negra3 (Fantôme noir) au Brésil. Plus surprenant est le drapeau de la Savoie qui flotte dans les deux stades en raison des origines savoyardes de certains fans de l’ASSE et des origines italiennes du club de Palmeiras rappelées par le drapeau de la maison de Savoie4. A la simple vue de ce match, on peut avancer l’idée que les ambiances des grands stades français, non seulement montrent une « haute fidélité » à leur lointain modèle brésilien, mais qu’elles soutiennent de plus parfaitement la comparaison. Au-delà, les remarquables ambiances de ces stades à l’ancienne ne pourraient-elles pas enrichir aussi les modèles de conception des nouvelles enceintes ultra-modernes et sécurisées que promettent la France et le Brésil dans le cadre des futures compétitions internationales ? Les projets de stades actuels ne prennent presque jamais en compte la notion d’ambiance. Ils sont principalement intéressés par la dimension construite et partiellement à celles des usages de spectateurs considérés comme des clients. Il en résulte un double phénomène : d’amélioration de la qualité architecturale et d’appauvrissement progressif des qualités d’usages et sensibles. | Emblems and flags of the supporters make similar references to the bad boys of comics such as Bart Simpson, Satanas and Diabolo or Mancha negra3 (Phantom Blot). More surprising is the flag of Savoy, which flies in both stadiums because of the Savoyard origins of certain fans of the AS St-Etienne and the Italian background of the club of Palmeiras called back by the flag of the house of Savoy4. At the simple view of this match, we can advance the idea that the atmospheres of the big French stadiums, not only show a « high fidelity » in their Brazilian distant models, but that they even support perfectly the comparison. Furthermore could not these remarkable atmospheres enrich as well the models of conception of the new ultramodern and secure arenas promised by France and Brazil for their future international competitions ? Current stadiums projects almost never take into account the notion of atmosphere. They are mainly interested in the constructed dimension and in the exploitation of spectators as consumers. It results from it a double phenomenon : an improvement of the architectural quality but with the progressive impoverishment of the qualities of uses and emotions. | |||
1. Dit aussi Parque Antártica. 2. La Mancha verde, l’une des torcidas de Palmeiras, est aussi une école de samba. 3. Mancha negra est un ennemi de Mickey, plus actif au Brésil que notre Pat Hibulaire. 4. Le club a été fondé par des immigrés italiens et s’est appelé Palestra Itália jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. | 1. Also called Parque Antártica. 2. Mancha verde, one of Palmeiras torcidas, is also a school of samba. 3. Mancha negra is an enemy of Mickey, more active in Brazil than our Pat Hibulaire. 4. The club was established by Italian immigrants and is called Palestra Itália up to the Second World War. | |||
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Le végétal urbain, un régulateur d’ambiances ?« Le végétal est le grand oublié des débats sur la ville durable »1 ? Pas pour longtemps ! Il est au centre du projet VegDUD coordonné par l’IRSTV, dans lequel nous étudierons la végétation comme une des solutions possibles au développement durable des villes. Cette recherche explore les rôles climatiques, énergétiques et ambiantaux du végétal urbain. La première étape consistera en l’élaboration d’une typologie du végétal urbain réunissant une documentation pluridisciplinaire des dispositifs végétaux (toitures végétalisées, parkings poreux, chaussées filtrantes, lagunage urbain…) et de leurs caractéristiques. Celle-ci sera basée sur les pratiques du végétal urbain (communes ou nouvelles) pour lesquelles nous proposerons d’établir les composantes d’un bilan global (environnemental, social, économique). En parallèle, nous chercherons à quantifier les différents impacts sur l’environnement des dispositifs végétaux. Deux modes d’investigation seront particulièrement développés : la mesure in situ et la simulation à l’aide de modèles de climatologie, d’hydrologie, d’acoustique urbaine, de thermique des bâtiments. Les modèles devront être améliorés pour prendre en compte les effets de la végétation. Le volet expérimental nécessite la mise au point de techniques de mesure adaptées à la compréhension des phénomènes physiques induits par la présence du végétal (réseau de sondes, télédétection aéroportée…). Les résultats des campagnes expérimentales permettront à la fois de valider les modèles et d’acquérir une meilleure connaissance du site retenu (Nantes). Pour modéliser la végétation à l’échelle urbaine, la mise en place de méthodes permettant d’acquérir rapidement une connaissance suffisante de la distribution du végétal urbain à grande échelle est indispensable. Un SIG, en lien avec la typologie proposée intégrera les acquisitions faites expérimentalement (télédétection). A partir de cette information sur l’état actuel de la ville, seront extrapolés des scénarios réalistes d’évolution fonctions d’orientations politiques, qui feront l’objet des évaluations. Pour ces extrapolations, nous distinguerons les leviers sur le végétal privé (jardins, dispositifs architecturaux) et le végétal collectif (squares, parcs, …). Les dispositifs végétaux retenus feront l’objet des évaluations rétro et prospectives qui reposent principalement sur la réalisation de simulations comparatives à l’aide des modèles développés. Ils seront évalués individuellement, pour leurs effets à petite échelle puis des projections à grande échelle des dispositifs les plus intéressants seront analysées. Ces évaluations des impacts environnementaux seront intégrées dans une évaluation globale regroupant les contraintes économiques, les aspects sensibles et les usages du végétal. En effet, la réflexion pour le développement équitable d’un aménagement végétal dans un site urbain ne peut être isolée ni du contexte construit, environnemental dans lequel le citadin se trouvera, ni de l’expérience plurisensorielle des utilisateurs et des usagers. Les résultats permettront de compléter la typologie mise en place et qui constituera un outil opérationnel permettant d’orienter une politique climatique de la végétalisation urbaine et de répondre à une question d’actualité : Où et comment faut-il porter l’effort végétal en fonction des enjeux sociaux, ambiantaux, énergétiques, hydriques… posés par notre société ? | Does urban vegetation regulate ambiances?Vegetation isn’t considered in debates about sustainable city1? It won’t last long ! It’s at the heart of VegDUD project that IRSTV coordinates. In this project, we will study the vegetation as one of possible answers to sustainable development of cities. This research explores the roles of urban vegetation in the regulation of urban microclimate, energy consumption and atmosphere. We will first establish a typology of urban vegetation that will gather a multidisciplinary documentation of vegetable devices (green roofs, grass car parks, urban lagoons…) and their characteristics. This typo-genealogy will be based on the use (common or new) of urban vegetation for which we will propose to establish a global balance integrating environmental, social and economical impacts. In parallel, we will develop methods to quantify different impacts of vegetation on urban environment. Two investigative ways will be particularly developed: in situ measure and numerical simulation using physical models (buildings energy models, microclimate models, urban sound models, hydrology models). Models will have to be improved so that they take into account the vegetation effects. The experimental part implies the development of techniques adapted to the understanding of physical phenomena due to the presence of vegetation (probes, remote sensing). Experimental campaigns will allow validating the models developed in modeling tasks and having a better knowledge of the selected site (Nantes). To build a model of vegetation presence and type at urban scale, it is necessary to develop methods allowing to rapidly acquire a sufficient understanding of urban vegetation presence at a large scale. A GIS based on the typology constructed in the project will incorporate experiments’ results (remote sensing). From this knowledge of the present site, it will propose simulations and applications to an urban development model including vegetation (alternative scenarios). For these extrapolations, we will distinguish private vegetal devices (gardens, architectural devices…) and collective ones (parks, trees raw…). Selected vegetal devices will be tested in their past and future effects by the way of comparing simulations. They will be evaluated individually for their impacts at small scale and the most interesting ones will be projected at urban scale for evaluation. The results will be integrated in a global evaluation including regulatory requirements, economic evaluation, perception aspects, and practice of urban vegetation. Indeed, thinking about the fair development of vegetable planning in an urban site has no sense if decoupled from the built context, the inhabitant environment and the multisensory experience of users. The results will complete the typology, which one will constitute an operational tool allowing guiding a climate policy of urban vegetalisation and answering to present and urgent question: Where and how must we plan vegetation in function of social, ambiance, energy, water management stakes induces by our society? |
1. Le Monde 27/10/2009 : Le rôle environnemental et sanitaire des végétaux en ville est sous-estimé |
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L’environnement sensible des grands ensembles. Le cas DervallièresLes Dervallières un grand ensemble pas comme les autres. Construit sur l’emplacement d’un ancien parc, les Dervallières est un quartier marqué par une forte présence de végétation. Le paysage végétal dans ce quartier influence la qualité des ambiances dans les espaces publics et privés. À l’exemple de l’espace vert avec le bassin (Photo 1), très apprécié par les habitants pour ses qualités paysagères (verdure, eau, canards), qui leur rappellent la campagne. Un habitant nous dit : « J’aime bien venir ici, c’est vraiment beau de la verdure partout et c’est calme, en plus les enfants aiment bien jouer dans l’eau du bassin, chercher les grenouilles, les canards… ». Certains habitants font de cet espace un passage obligatoire dans leurs promenades, profitant des bancs (à l’ombre ou au soleil) situés autour du bassin pour faire des poses. D’autres s’estiment chanceux d’avoir des vues sur ces espaces verts à partir de leurs appartements au lieu d’avoir des vues sur des parkings et des rues. L’attirance envers tout ce qui est végétal se sent même dans les espaces plutôt minéraux, le cas de la place des Dervallières, où la présence des arbres et des bacs à fleurs est très appréciée par certaines femmes âgées qui investissent régulièrement la place. Les interrelations entre la dimension sociale du quartier et l’ambiance sensible sont fortement présentes. Certains habitants font souvent un lien entre l’ambiance et les actes de vandalisme dans le quartier, les disputes entre jeunes, le trafic. Un des habitant nous dit : «… vous savez le matin quand je sors de chez moi je ne pense pas vraiment au soleil, vent… je pense surtout à mon travail, à mes enfants, à ne pas se faire cambrioler…».Pour certains, l’image de quartier à problème domine toute autre ambiance, ce qui instaure un sentiment de méfiance envers autrui constaté chez la plupart des habitants. A l’intérieur des bâtiments, les relations entre voisins dépendent de plusieurs paramètres : l’exemple de l’insonorisation des appartements qui crée une ambiance assez particulière, telle qu’elle est décrite par un habitant : « on entend tout dans les appartements, les voisins qui marchent ou qui parlent. Même quand ils rentrent dans les WC on le sait… ». Cette situation pousse certains voisins à trouver des compromis pour limiter le bruit à certaines heures (surtout le soir), alors que pour d’autres ce genre d’arrangement n’est pas du tout possible. Ainsi la qualité des ambiances dans les Dervallières dépend tout autant de son environnement physique que spatial et social. | A sensitive atmosphere in large urban housing "grand ensemble". Dervallières caseDervallières a large urban housing not as the others. Built on the site of an ex-park, Dervallières is a district where the vegetation is strongly present. The vegetal landscape influences the atmospheres quality in public and private places. Like the green space with the pond, (Photo1) very appreciated by the occupants for his landscaped qualities (greenery, water, ducks), which remind them the countryside. An occupant says: "I like to come here, it is really beautiful, the greenery everywhere and it is quiet, children like to play in the water of the pond, to look for frogs and ducks " ;. Some occupants like to stop to that place in order to rest, taking advantage of benches (in the shade or in the sun) situated around the pond. Others occupants which can have a view on green space from their apartment consider themselves very lucky, rather than look out onto parkings or streets. Presence of trees and some flower pots in Dervallieres Square (photo 2) is also very appreciated by some old women who often use the square. Interrelations between a social dimension of the district and a sensitive atmosphere are strongly present. Some occupants often made a link between atmosphere and acts of vandalism in districts, the disputes between the young people, the traffic. One of occupant says: "... you know, the morning when I go out from my home I do not really pay attention to the sun, wind. I think especially of my work, my children, and to not be burgled". For some occupants, district difficulties dominate other atmospheres, which induce a distrust feeling established between the district occupants. Inside a building, the relation between neighbours depends on several parameters, like the soundproofing of apartments, which creates a particular atmosphere, such as described by an inhabitant: " we hear everything in apartments, the neighbouring who walk or who speak, even when they go into WC we know it..." So some neighbours find agreement to limit the noise at some times (especially in the evening), while for others this kind of arrangement is not possible. |
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- Edito N°25 - Design expérimental – Mission Impossible | Experimental design – Impossible Mission, Caterina Tiazzoldi
- Edito N°24 - Effets de serres, effort théorique | Greenhouse effects, theoretical effort, Philippe Gresset
- Edito N°23 - Nouvelles perspectives sur le patrimoine de la commune libre... | New perspectives on heritage from the free town..., Anne Tietjen et al.
- Edito N°22 - Le signal sonore et ses textures : une contribution à... | The sound signal textures : a contribution to..., Mohsen Ben Hadj Salem
- Edito N°21 - Le travail des ambiances comme travail politique | Working with ambiance is a political task, Thomas Gantard et al.
- Edito N°20 - L’urbanisme et l’urbain à Bogotá. Réflexions sur... | Urbanism and the Urban in Bogota: Reflections on..., Camilo Cifuentes Quin
- Edito N°19 - Créer un patrimoine commun sur les ambiances | Design a shared heritage about ambiances, Martine Chazelas et al.
- Edito N°18 - Ambiance pour les aéroports | Ambience for airports, Daniel Estevez et al.
- Edito N°17 - Le parcours commenté : un moyen pour mettre à jour les qualités... | The commented course emphasizing the qualities..., Valérie Lebois
- Edito N°16 - La chronique comme outil de description des ambiances urbaines | The Chronic as a description tool of urban ambiances, Hanène Ben Slama
- Edito N°15 - L’atmosphère du point de vente, quand l’ambiance devient une... | Stores’ atmosphere. When ambiance becomes a..., Fabrice Caudron et al.
- Edito N°14 - What About Noise Design?, Björn Hellström
- Edito N°13 - Les ambiances au pied du mur : une expérience pédagogique... | Containing ambiance: an educational experiment..., Catherine Aventin et al.
- Edito N°12 - Ambiances et culture ? | Ambiance and culture?, Rainer Kazig
- Edito N°11 - L’effet des mots (ou) les ambiances au rythme du vocabulaire | When words make ambiances, Eric Monin
- Edito N°10 - Réseau ambiances et doctorants : le dixième | Ambience network and PhD students : the tenth, Thomas Ouard
- Edito N°09 - Référence d’ambiances tunisiennes | Tunisian atmospheres reference, Alia Ben Alyed
- Edito N°08 - Did you say « ambiance» ? Comment traduire un terme... | Did you say « ambiance» ? How to translate a multi-meaning..., Stéphane Tonnelat
- Edito N°07 - Poïétique des ambiances architecturales et urbaines... | The poietics of architectural and urban ambiences..., Grégoire Chelkoff
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EDITO N°25
17/12/2009
Caterina Tiazzoldi
M. Arch, PhD. responsable du cabinet d’architecture et de design Caterina Tiazzoldi / Nuova Ordentra et directrice du laboratoire de recherche NSU à Columbia University, New York, USA
M. Arch, PhD Principal of the architecture and design firm Caterina Tiazzoldi / Nuova Ordentra, Director of the Research Lab NSU at Columbia University in New York, USA
Design expérimental – Mission ImpossibleLe concept d’atmosphère fait référence à une enveloppe gazeuse, à une influence ambiante ou à un environnement. L’idée française d’ambiance fait référence aux qualités d’un lieu susceptibles d’affecter le comportement d’une personne. En tant que chercheur associé au Politecnico de Turin et Directeur du laboratoire NSU (Nonlinear Solutions Unit ou Unité de Solutions non linéaires) à Columbia University, mon programme de recherche consiste à développer des modèles numériques évolués de design et d’investigation architecturaux. Les algorithmes, scripts et codes ne semblent pas très proches de l’idée d’atmosphère mais néanmoins, la manipulation de quelques variables du processus de modélisation peut constituer un outil puissant de design et d’investigation. Inspirée de l’œuvre du scientifique cognitiviste John Henry Holland, la méthode mise au point consiste à modéliser par le biais de la manipulation de données numériques. Dans les expérimentations les plus radicales, les problèmes de conception sont décomposés et représentés exclusivement par des données numériques. En identifiant un ensemble de propriétés ou attributs pouvant être manipulés grâce à une simulation informatique, il est possible d’explorer la relation entre une manipulation numérique et un effet spatial, matériel ou acoustique1. L’expérience de l’Onion Pinch, mise au point en collaboration avec Eduardo Benamor Duarte2 peut être considérée comme une plateforme d’essai pour la recherche menée par le NSU dans le domaine de la modélisation et l’approche du Politecnico de Turin – DIPRADI (Département de conception architecturale et de dessin industriel) des systèmes de construction de matériaux. Réalisé dans le contexte de Digital Primitive Event (digitalprimitive.blogspot.com), événement parallèle à la biennale du design de Lisbonne Experimenta Design, le projet Onion Pinch a accueilli l’exposition Digital Primitive Extended. L’exposition présente l’oeuvre de plusieurs architectes, designers, chercheurs universitaires et constructeurs basés à New York3. L’installation de l’Onion Pinch reflète à bien des égards la complexité des conditions actuelles du design : budget limité, temps limité, acteurs multiples, contraintes de viabilité, sécurité, etc. Les contraintes initiales du projet étaient très fortes : Le budget pour la conception et la construction n’était pas seulement limité, il était inexistant. Le lieu n’était pas défini. Une liste de sites potentiels nous avait été fournie. Nous devions faire une demande pour être acceptés. Nous disposions de quinze jours pour trouver un sponsor technique et un lieu. Durant ces mêmes quinze jours, nous devions développer un projet répondant aux potentialités du matériau et aux techniques de fabrication que le sponsor allait fournir. Nous nous étions fixé comme règle de conception que le projet devait s’adapter activement au matériau avec lequel nous allions travailler. Le sixième jour, nous avons reçu une réponse positive d’Armorin Cork Composite. Nous avons su que nous allions travailler avec du liège. Au bout de neuf jours, nous avons également su que notre demande d’emplacement dans une station de métro de Cais do Sodre avait été acceptée. Nous avions un site. Il restait six jours pour mettre au point le projet. Nous ne voulions pas nous contenter de définir une forme indépendante du matériau utilisé ou du site du projet. Nous souhaitions construire un espace, un lieu réel que les gens reconnaîtraient comme tel, qui affecterait le comportement des visiteurs. Nous voulions créer une atmosphère. Afin d’atteindre notre objectif, nous avons commencé, tels des chirurgiens, par étudier, disséquer le liège d’un point de vue conceptuel – matériau que nous ne connaissions pas très bien. Nous avons voulu isoler un concept de design et une technique de construction très simple. Nous avons appliqué une version simplifiée du procédé utilisé à NSU lors de la configuration d’un modèle paramétrique. Nous avons cherché comment manipuler le matériau avec très peu de variables. Le liège a été réduit à une liste de propriétés et d’attributs pouvant être manipulés quasiment comme des données numériques. Texture – code et diamètre fibre Granularité – longueur de la fibre Porosité – espacement de la fibre Isolation acoustique – réduction du nombre de décibels Isolation thermique – variation de température Densité – kg par mètre carré Épaisseur- millimètres Souplesse – centimètre par mètre Le liège est très souple. Qui dit souplesse dit élasticité et vibration. Grâce à sa souplesse, le liège a pu être façonné. Le projet a été réalisé en pliant littéralement quinze bandes de liège, afin d’obtenir un effet « lanières d’oignon». Les lanières d’oignon ont été réalisées avec différents types et épaisseurs de liège. L’installation était articulée en une série d’allées internes que les visiteurs pouvaient parcourir. La transformation de la configuration géométrique et le raccordement des différentes parties décrivent le thème de l’exposition: la transformation et la contamination existant sur le territoire New-yorkais entre la recherche, l’éducation, la pratique, la fabrication et le monde des affaires. Les passages étaient articulés par l’ouverture ou la fermeture des profils. Les changements de forme et de profil étaient obtenus en pinçant littéralement le liège au moyen d’un boulon. S’il était placé sur les positions supérieures du profil, la configuration en oignon s’ouvrait. Le déplacement du boulon vers le sol provoquait la fermeture de la forme. Le paramètre unique, « position sur l’axe Z du boulon », affectait une autre condition des lanières : la souplesse ou le niveau de vibration. Par conséquent, la rigidité de la forme évoluait également avec sa transformation. Pour le type de profil le plus ouvert, la souplesse était supérieure. La vibration de la lanière pouvait être déclenchée par un simple contact. Pour les formes plus rigides, la vibration était limitée. Comme pour le modèle numérique le plus rigide, l’ensemble de la modulation performative et de forme était contrôlée par un seul et unique paramètre, la position du boulon.Indépendamment de l’apparente rigidité de l’approche du design, une fois montée dans le métro, l’installation de l’oignon est immédiatement devenue un jeu urbain. Les gens s’attardaient dans leur rythme quotidien pour regarder la regarder, la toucher, la pousser et testaient les différentes réactions de l’oignon à la pression du corps. Le déplacement suscité par la présence d’un objet extrêmement vivant, avec sa texture, l’oscillation des lanières d’oignon, a transformé l’espace froid et étranger que constitue une station de métro en une oasis animée. Les enfants pénétraient dans l’espace et se mettaient à l’habiter. Un groupe d’enfants a même créé un village. Chaque enfant habitait son propre oignon, se laissant bercer dans son nouveau « fauteuil-coquille », créant ainsi une atmosphère unique dans la station de métro. Lien : ![]() | Experimental design – Mission ImpossibleThe concept of atmosphere refers to a gaseous envelope or to a surrounding influence or environment. The French idea of ambiance refers to the qualities of a place that are capable of affecting the behaviour of a person. As visiting researcher at the Politecnico di Torino and director of the Nonlinear Solutions Unit (NSU) at Columbia University, my research agenda consists in developing advanced digital models for architectural design and investigation. Algorithms, scripts and codes do not seem to be very close to the idea of atmosphere but nevertheless the manipulation of a few variables in the modelling process can be a powerful design and investigation tool. Inspired by the work of the cognitive scientist John Henry Holland, the method developed consists of modelisation through the digital manipulation of numerical data. In the most radical experimentations, design problems are deconstructed and represented exclusively by numerical data. By identifying a set of properties or attributes that can be manipulated through a computer model, it is possible to explore the relation between a digital manipulation and a spatial, material or sound acoustic effect1. The experience of Onion Pinch, developed in co-authorship with Eduardo Benamor Duarte2, can be considered as a testing platform for the research developed by NSU in the modelling field and the Politecnico di Torino DIPRADI approach in material construction systems. Realised in the context of the Digital Primitive Event (digitalprimitive.blogspot.com) as a parallel event of the Lisbon Biennial Experimenta Design, the project Onion Pinch hosted the show Digital Primitive Extended . The show featured the work of several New York-based, architects, designers, academic researchers and manufacturers3. The Onion Pinch installation in many ways reflects the complexity of today’s design conditions: limited budget, limited time, multiple actors, sustainability constraints, security, etc. The initial constraints of the project were very strong: The budget for design and construction was not only limited, it was non-existent. The location was undefined. We were provided with a list of potential sites. We had to apply to be accepted. We had fifteen days to find a technical sponsor and a location. In the same fifteen days it was necessary to develop a project responding to the potentialities of the material and production techniques that the sponsor was to provide. As a design rule we established that the project had actively to respond to the material we would work with. On the sixth day we had a positive response from Armorin Cork Composite. We knew we would be working with cork. After nine days we also knew that our application for a site in the subway station location of Cais do Sodre had been accepted. We had a site. Six days were left to develop the project. We did not want simply to shape a form independent of the material used or the project location. We wanted to construct a space, a real place that people would recognise as such, that would affect the behaviour of the persons visiting. We wanted to make an atmosphere. In order to achieve our goal, like surgeons we started to study, to dissect the cork conceptually – material that we did not know very well. We wanted to isolate a design concept and a very simple construction technique. We applied a simplified version of the process used at NSU when setting up a parametric model. We were looking for how we could manipulate the material with very few variables. Cork was reduced to a list of properties and attributes that could be manipulated almost like numerical data. Texture – fibre code and diameter Granularity – length of the fibre Porosity – spacing of the fibre Acoustic insulation – decibel reduction Terminal insulation – temperature variation Density – kg per square metre Thickness – millimetres Flexibility – centimetre per metre Cork is very flexible. Flexibility means elasticity and vibration. Thanks to its flexibility, it was possible to shape the cork. The project was achieved by literally folding fifteen strips of cork to obtain an onion ring effect. The onion rings were realised with different cork types and thicknesses. The installation was articulated in a series of internal paths in which people could walk. The shape transformation and connection between parts describe the topic of the show: the transformation and the contamination existing in the New York ground between research, education, practice, manufacturing and corporate world. The tracks were articulated by the opening or closing of the profiles. Shape and profile transformations were obtained by literally pinching the cork with a bolt. When placed on the higher positions of the profile, the onion configuration would open up. Moving the bolt toward the ground made the shape close down. The unique parameter, ‘position on the Z axis of the bolt’, affected another condition of the rings: the flexibility or level of vibration. Therefore with the form transformation the rigidity of the shape also changed. For the more open type of profile the flexibility was higher. A simple touch could activate the ring vibration. For the more rigid shapes the vibration was limited. Similarly to the most rigid digital model all formal and performative modulation was controlled by one single parameter, the bolt position. Beside the apparent rigidity of the design approach, when installed in the subway the onion installation immediately became an urban toy. People slowed down from their everyday rhythm and looked at the installation, touched it, pushed it and tested the different reactions of the onion to body pressure. The displacement created by the presence of an extremely alive object, with its texture, with the oscillation of the onion rings, transformed an unfamiliar, cold space like the subway station into a lively oasis. Children entered the space and started to inhabit it. A group of children literally created a village. Each child inhabited its own onion, lying in its new rocking shell, and made a unique atmosphere in the subway station. Link : ![]() |
1. La méthode proposée ne vise pas à produire des solutions déterministes à l’aide d’une simulation informatique. La philosophie du NSU consiste à utiliser des modèles numériques évolués et des relations paramétriques afin d’accompagner la prise de décision du designer. 2. Conception : Caterina Tiazzoldi et Eduardo Benamor Duarte ; équipe : T. Branquinho, L. Croce, M. Fassino, K. Seaman ; images : Sebastiano Pellion di Persano. 3. Fabrication associée ; AUM STUDIO / Ed Keller – Carla Leitao ; Mark Bearak ; Benamor Duarte Architecture ; Graduate School of Architecture, Planning and Preservation, Columbia University ; Labdora / Peter Macapia ; Lucio Santos ; Nuova Ordentra/ Caterina Tiazzoldi, SOM Skidmore, Owings & Merill, Supermanoeuvre / Dave Pigram- Iain Maxwell ; Tietz-Baccon / Erik Tietz – Andrew Baccon ; Theverymany / Marc Fornes ; Z-A studio / Guy Zucker. | 1. The method proposed does not aim to produce deterministic solutions with a computer model. NSU philosophy is to use advanced digital models and parametric relations to support the decision-making of the designer. 2. Design: Caterina Tiazzoldi and Eduardo Benamor Duarte; team: T. Branquinho, L. Croce, M. Fassino, K. Seaman; pictures: Sebastiano Pellion di Persano. 3. Associated Fabrication; AUM STUDIO / Ed Keller – Carla Leitao ; Mark Bearak; Benamor Duarte Architecture ; Graduate School of Architecture Planning and Preservation Columbia University; Labdora / Peter Macapia ; Lucio Santos ; Nuova Ordentra/ Caterina Tiazzoldi, SOM Skidmore, Owings & Merill, Supermanoeuvre / Dave Pigram- Iain Maxwell ; Tietz-Baccon / Erik Tietz – Andrew Baccon; Theverymany / Marc Fornes ; Z-A studio / Guy Zucker. |
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EDITO N°24
30/11/2009
Philippe Gresset
Maître-assistant à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, France
Assistant professor at Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, France
Effets de serres, effort théoriqueL’histoire, la théorie et la critique architecturales demeurent de nos jours indissociables, malgré quelques accidents productifs survenus au début du 19e siècle. Dans le cadre du musée des Monuments français de Lenoir, l’étrange projet de musée de l’architecture concevait par exemple à la fois une œuvre : le tombeau d’Héloise et Abélard, et une ambiance : le parcours initiatique depuis l’espace public de la rue jusqu’au lieu de recueillement du Jardin Elysée, à travers les cours Renaissance, Gothique de transition et Gothique « arabe ». Parmi les nombreux programmes innovants du 19e siècle figurent les musées et les serres qui partagent deux traits communs essentiels : l’éclairement zénithal et le classement des objets conservés. Les serres qui manifestent le contrôle efficace d’un milieu artificiel et une réelle maîtrise climatique sous les espèces de la lumière, du chauffage et de la ventilation, ces serres deviennent par la suite les réceptacles de toutes les innovations technologiques. Au tournant du siècle, l’architecte, jardinier et botaniste J.C. Loudon généralise le principe des serres à structures curvilignes, dont les vitrages adoptent des profils en quart de cercle ou en parabole. Vers 1830, la dimension des vitres est accrue, ce qui aide à la conception de structures légères pour ménager la plus vaste et impressionnante promenade intérieure. Et à la même époque se conjuguent, dans les serres chaudes, la chaleur ponctuelle et rayonnante des calorifères et la chaleur diffuse des tuyaux de chauffage par thermosiphon, enfin les premiers thermostats sont bientôt utilisés. Par un exercice de spatialisation de la vie quotidienne et de décloisonnement disciplinaire, les techniques des serres passent dans le logement comme le montre le projet, publié en 1830, de « cottage modèle pour travailleur rural » de J.C. Loudon qui mérite d’être reconnu comme l’un des pionniers de l’architecture moderne, pour reprendre la belle expression de l’historien N. Pevsner. Avant la première guerre mondiale, une architecture révolutionnaire de verre coloré se réfère explicitement, chez le poète P. Scheerbart, à l’architecture des serres du siècle précédent. Et la cathédrale du social-pacifisme de B. Taut vise à rompre les clôtures de l’habitation comme des édifices publics représentatifs. La comparaison entre deux maisons, la maison Chase-Schindler de R. Schindler et la maison Schröder de G. Rietveld, construites la même année, en 1923, permet de montrer combien l’histoire de l’architecture moderne, encore asservie à une idéologie de l’art d’avant-garde, est imperméable à une éthique écologique contemporaine. Contrairement à ce que pensait le critique Ph. Hamon, la disparition catastrophique de l’architecture ne réside pas dans les ruines et les serres du 19e siècle mais dans la dématérialisation, dans les notions de « branchement » suggéré par D. Greene, ou dans la démesure, le « tas » imaginé par C. Price, autour des années soixante-dix. | Greenhouse effects, theoretical effortArchitectural history, theory and critique remain indissociable even now, despite a few productive accidents in the early 19th century. As regards Lenoir’s Museum of French Historic Buildings (musée des Monuments français de Lenoir), the strange architecture museum project included a work (the tomb of Heloise and Abelard) and an atmosphere, a pathway of initiation from the public entrance on the street to a place for quiet contemplation in the Elysée Garden, through courtyards that were Renaissance, transitional Gothic and “Arabic” Gothic in style. Among the many innovative programmes of the 19th century were museums and glasshouses, sharing two essential common features – zenithal lighting and the classification of the objects kept in them. Glasshouses, which exercise effective control of an artificial environment and true climatic control beneath species consisting of lighting, heating and ventilation, then became receptacles for every possible technological innovation. At the turn of the century, the architect, gardener and botanist J.C. Loudon extended the glasshouse principle with its curvilinear structures and windows shaped like quarter-circles or parabolas. Towards 1830, windows became larger, allowing for the design of lighter structures and huge, impressive interior promenades. At the same time, in hothouses, a double system of heating was used – radiant heat, provided on an ad hoc basis by heaters, and diffuse heat from pipes connected to a heat siphon. The first thermostats were soon to make an appearance. In an attempt to increase everyday living space and remove the barriers between technical disciplines, the techniques used in the greenhouses were transferred to the house building sector as is evident from the 1830 project for a “model cottage for a rural worker” by J.C. Loudon who deserves recognition as one of the pioneers of modern architecture, as historian N. Pevsner so beautifully put it. Before the First World War, the revolutionary idea of using coloured glass in architecture was an explicit throwback, said the poet P. Scheerbart, to the greenhouse designs of the previous century. And B. Taut’s cathedral to social-pacifism aimed to break down the enclosures around private housing and representative public buildings alike. A comparison of two houses, R. Schindler’s Chase-Schindler House and G. Rietveld’s Schröder House, both built in the same year (1923), shows the extent to which the history of modern architecture, then still subjected to the ideology of avant-garde art, remained impermeable to a contemporary ecological ethic. Contrary to the opinion of critic Ph. Hamon, the catastrophic disappearance of architecture does not lie in the ruins and greenhouses of the 19th century but in dematerialisation, in the notions of “plug-ins” suggested by D. Greene or in excesses such as the “lump” designed by C. Price in the 1970s. |
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Nouvelles perspectives sur le patrimoine de la commune libre de ChristianiaDe 2003 à 2007, nous avons étudié la commune libre de Christiania à Copenhague en tant que laboratoire de nouvelles approches du patrimoine. Le patrimoine de Christiania dans un contexte politique Christiania a été fondée en 1971 par une poignée de squatteurs sur le site de la caserne abandonnée de Bådmandsstræde. Aujourd’hui, l’architecture militaire radicalement transformée est rattachée à des maisons auto-construites et des roulottes d’ouvriers reconverties. Environ 900 personnes vivent sur ce site de 32 hectares. Les résidants gèrent leurs propres services communaux tels que le courrier et la collecte des ordures, ainsi qu’un système complexe de stockage et de recyclage. Mais le plus important, c’est que personne ne possède de terrain à Christiania. La zone appartient toujours à l’État danois et est librement accessible à tous. De 1989 à 2004, Christiania a été exemptée de la législation de conservation danoise. En 2004, ce statut spécifique a été abrogé et la zone a été tenue de s’adapter à la loi danoise, un processus appelé « normalisation » dans les médias. Par voie de conséquence, la politique du patrimoine est devenue décisive pour le développement futur de Christiania. Sur la base des instruments normatifs existants pour la définition du patrimoine, un certain nombre de bâtiments militaires ainsi que les remparts de fortification ont été (re)classés depuis. Non seulement les plans de conservation actuels ignorent en grande partie l’histoire de Christiania mais avec la restauration planifiée des remparts, bon nombre des maisons auto-construites seront démolies. Vers des stratégies de préservation pour Christiania Notre étude propose une lecture alternative du patrimoine de Christiania. Au lieu de mettre en avant des constructions individuelles en tant que « contenants » d’une histoire hiérarchisée qui devrait être protégée, nous nous sommes efforcés d’apprivoiser l’atmosphère caractéristique du lieu dans une perspective stratégique. De l’étude des processus de transformation physiques et socio-culturels dans le temps, émerge une image kaléidoscopique d’une esthétique changeante et d’histoires multi-couches. Dans cette perspective, les maisons auto-construites témoignent de l’histoire unique de la métamorphose de cette zone particulière de l’anneau de fortifications de Copenhague. Et les pratiques locales actuelles de stockage et de recyclage ne sont pas moins dignes d’être préservées que les monuments militaires. Notre argument est que le patrimoine joue un rôle de plus en plus actif dans le développement urbain. Initialement objet statique, vulnérable, à protéger, le patrimoine fonctionne de plus en plus comme une ressource malléable au sein de la construction de l’identité locale. Au delà du patrimoine matériel des bâtiments historiques et monuments anciens, le « patrimoine » englobe aujourd’hui l’univers immatériel de la mémoire, des histoires, expériences et habitudes de vie associées à un lieu donné. Dans le même temps, les questions sur une démocratisation du patrimoine sont devenues prioritaires. Dans ce contexte, Christiania offre une possibilité unique de développer et de tester de nouvelles approches de la conservation du patrimoine. Le contexte Le projet de recherche pluridisciplinaire « Christiania : vers des stratégies de conservation pour un espace urbain différent » a été entrepris et mené par l’architecte Anne Tietjen et l’historien de l’art Svava Riesto à l’Université de Copenhague, Faculté des Études artistiques et culturelles. Les résultats ont été publiés dans l’anthologie « Forankring i forandring. Christiania og bevaring som ressource i byomdannelse » (Tietjen, A., Riesto, S. & Skov, P., eds., Aarhus : Arkitektskolens Forlag 2007). L’équipe de recherche Anne Tietjen (chef de projet), Svava Riesto (chef de projet), Lucy Caudery, June Maestri Ditlevsen, Suzette Duus, Marie-Louise Griffin, Kristine Holten-Andersen, Søren Holm Hvilsby, Katrine Thygesen, Line Kjær, Kasper Lægring Nielsen, Anne Nielsen, Linda Ziade, Pernille Skov, Martin Søberg. | New perspectives on heritage from the free town of ChristianiaFrom 2003-2007 we investigated the free town of Christiania in Copenhagen as a laboratory of new approaches towards heritage. Christiania’s heritage in a political field Christiania was founded in 1971 by a handful of squatters on the site of the abandoned Bådmandsstræde barracks. Today the radically transformed military architecture is tied in with self-build houses and converted workmen’s wagons. About 900 people live on this 32 hectare site (80 acres). The residents manage their own communal services such as post and rubbish collection as well as a complex system of storage and recycling. But most importantly – no-one owns land on Christiania. The area is still owned by the Danish state and freely accessible to all.From 1989 to 2004 Christiania was exempted from the Danish conservation legislation. In 2004 this special status was repealed and the area was required to adapt to Danish law – a process called « normalisation » in the media. As a consequence heritage politics became decisive for the future development of Christiania. Based on the existing normative instruments for heritage definition, a number of military buildings as well as the fortification ramparts have since been (re)listed. Not only do current conservation plans largely ignore the history of Christiania. With the planned restoration of the ramparts many of the self-built houses will be demolished. Towards preservation strategies for Christiania Our study proposes an alternative reading of Christiania’s heritage. Instead of pointing towards individual buildings as “containers” of one prioritised history that ought to be protected, we strived to grasp the characteristic atmosphere of the place in a strategic perspective. From the study of physical and socio-cultural transformation processes over time emerges a kaleidoscopic picture of changeable aesthetics and multiple layered histories. In this perspective the self-built houses witness the unique transformation history of this particular part of Copenhagen’s fortification ring. And current local practices of storage and recycling are just as worthy of preservation as are the military monuments. Our argument is that heritage increasingly plays an active part in urban development. From being a static, vulnerable object to be protected, heritage more and more functions as a malleable resource within the construction of local identity. Over and above the tangible heritage of historic buildings and ancient monuments ‘heritage’ today encompasses the intangible world of memory, stories, experiences and living practices that are associated with a given place. At the same time, questions on a democratisation of heritage have gained priority. In this context Christiania offers a unique possibility to develop and test new approaches to heritage conservation. Facts The multidisciplinary research project ”Christiania – Towards conservation strategies for a different urban space” was initiated and led by the architect Anne Tietjen and the art historian Svava Riesto at the University of Copenhagen, Arts and Cultural Studies. The results were published in the anthology “Forankring i forandring. Christiania og bevaring som ressource i byomdannelse” (Tietjen, A., Riesto, S. & Skov, P., eds., Aarhus: Arkitektskolens Forlag 2007). Research team Anne Tietjen (project leader), Svava Riesto (project leader), Lucy Caudery, June Maestri Ditlevsen, Suzette Duus, Marie-Louise Griffin, Kristine Holten-Andersen, Søren Holm Hvilsby, Katrine Thygesen, Line Kjær, Kasper Lægring Nielsen, Anne Nielsen, Linda Ziade, Pernille Skov,Martin Søberg. |
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EDITO N°22
23/10/2009
Mohsen Ben Hadj Salem
Architecte, assistant à l'Ecole Nationale d'Architecture et d'Urbanisme de Tunis, ENAU. Docteur en urbanisme et aménagement. Membre de l'Equipe de Recherche sur les Ambiances, ERA, ENAU, Tunis, Tunisie
Architect, Phd, Assistant at National School of Architecture and Urbanism of Tunis, Tunisia (ENAU), researcher at ERA : « Atmospheres research group », National School of Architecture and Urbanism of Tunis, Tunisia
Le signal sonore et ses textures : une contribution à la caractérisation des ambiances urbainesPour explorer le contenu informationnel d’un signal sonore, il est habituel de décomposer les sons en évènements sonores élémentaires. Dans cette multiplicité de sons apparaît une classe particulière : les textures audio. La notion de texture audio est récente, elle est apparue par analogie avec les textures image : un ensemble spatialement homogène, une répétition de motifs simples avec des variations aléatoires. Une texture audio est un ensemble d’éléments sonores répétitifs, organisés aléatoirement, tout en préservant une certaine cohérence temporelle et spectrale (crépitement du feu, chute d’eau, pluie, vent, applaudissements, etc.). Des tests psychoacoustiques ont mis en évidence deux spécificités des textures audio : la constance au cours du temps et la stationnarité qui les diminue l’information véhiculée à la différence de la parole et de la musique. Les membres de l’équipe U2S1 de l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis se sont appuyés sur les techniques des traitements d’images. L’homogénéité de la texture a permis de segmenter de scènes sonores successives à partir d’une segmentation des textures images associées. La matrice d’intersimilarité des coefficients MFCC2 du signal a permis de construire cette image. Cette représentation visuelle a permis de savoir si un signal audio est texturé ou non, et de développer un algorithme de segmentation de textures audio en exploitant des techniques de traitement d’images. Cette technique peut être exploitée pour détecter un changement d’ambiance sonore dans un parcours. Partant de l’hypothèse que l’ambiance sonore est une composition de textures audio, la qualification de l’ambiance sonore se fait par la qualification de ses textures élémentaires. Cette démarche analytique devrait aider à saisir le niveau de complexité d’un signal sonore. Une collaboration entre l’ERA3 et l’U2S a permis de mettre en place un programme de recherche portant sur l’application des textures audio à l’étude des ambiances sonores urbaines. Dans les séminaires « Textures audio et ambiances sonores » organisés en Tunisie au mois de février et juin 2009, la collaboration s’est focalisée sur la perception des ambiances sonores par les personnes âgées, affectées par une dégradation auditive due à l’âge. Les deux équipes doivent définir un modèle psycho-acoustique permettant de calculer les pertes auditives. Le modèle propose un seuil d’audition paramétré, basé à la fois sur les pertes auditives exprimées par la norme ISO 7029 selon l’âge et le sexe, et sur le seuil d’audition absolu en MPEG7. Ayant obtenu le seuil de l’auditeur, il est possible de simuler la texture audio perçue. Les objectifs de cette recherche sont multiples : la correction embarquée (prothèses auditives), la diffusion des signaux sonores dans les espaces urbains (avertissements, informations, alerte, etc.), la transformation et l’adaptation des dispositions et des dispositifs architecturaux (matériaux, dispositions spatiales, abat-son, façades réfléchissantes, effets sonores, etc.). Dans l’objectif de mesurer le contenu informationnel des ambiances sonores urbaines, une mesure de complexité basée sur les entropies spectrale et temporelle a été élaborée. Cette technique vient d’être testée sur des enregistrements réalisés dans la Médina de Tunis. Ces premiers résultats semblent probants. | The sound signal textures: a contribution to caracterize urban atmospheresIn order to explore the informational contents of an aural signal, it is usual to break up the sounds into elementary sound events. In this variety of sounds a particular class appears, it’s called « audio textures ». The concept of audio texture is recent, like image textures, It’s a homogeneous unit formed by a repetition of simple elements. An audio texture is a set of repetitive sound elements, random organized, but in the same time it preservs a temporal and spectral coherence (fire crackling, waterfall, rain, wind, applause). Psychoacoustics tests highlighted two specificities of audio textures: time constancy and stationnarity which decreases their the informational content (in opposition to words or music signals). The « U2S »1 group members at the National school of Engineers of Tunis based their researchs on the image processings technics. The homogeneity of texture made it possible to segment successive sound scenes starting from a segmentation of associated images textures. To build image texture, they use the intersimilarity matrix of the signal MFCC2 coefficients of the signal. This visual representation show if an audio signal is textured or not, and permit to develop a segmentation algorithm of audio textures by exploiting image processing technics. These technics can be exploited to detect changes in sonic atmospheres. Considering that sonic atmosphere is a composition of audio textures, the qualification of sonic atmospheres may be done by the qualification of its elementary textures. This analytical step should help to seize the level of complexity of an aural signal. Actually, a scientific collaboration between the ERA3 and U2S set up a program of researchs program about the applications of audio textures in urban and architectural sonic atmospheres. In the seminars “Textures audio and sonic atmospheres” organized in Tunisia in June and February 2009, collaboration was focused on sonic atmospheres perception by elderly, affected by auditive degradation due to their age. ERA and U2S must define a psycho-acoustic model to calculate the auditive losses. The model proposes a parameterized hearing threshold, based at the same time on the auditive losses expressed by the standard ISO 7029 according to age and sex, and on the absolute hearing threshold of in MPEG7. The listener threshold must be defined, so it is possible to simulate perceived audio texture. The objectives of this research are multiple: embarked correction (hearing aids), diffusion of the aural signals in urban spaces (warnings, information, alerts, etc), the transformation and the adaptation of architectural devices (materials, space design, reflective frontages, sound effects, etc). To measure the informational contents of sonic atmospheres, a measurement of complexity based on spectral and temporal entropies was elaborate. This technic has just been tested on sound recordings carried out in the Medina of Tunis. The preliminary results seem convincing. |
1. Unité de recherche « Signaux et Systèmes », Département TIC, Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis (ENIT). 2. Les MFCC ou Mel-Frequency Cepstral Coefficients sont des coefficients dits spectraux calculés par une transformée en cosinus discrète appliquée au spectre de puissance d’un signal. Les bandes de fréquence de ce spectre sont espacées logarithmiquement selon l’échelle de Mel. L’échelle de Mel est une échelle de fréquences basée sur la perception humaine. Elle se mesure en mels. 3. Equipe de Recherche sur les Ambiances, Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis (ENAU). | 1. Research unit « Signals and Systems », TIC Department, National school of Engineers , Tunis, Tunisia (ENIT). 2. The MFCC or Mel-Frequency Cepstral Coefficients are spectral coefficients calculated by a discrete cosine transform applied to the signal energy spectrum. The spectrum wavebands are spaced in a logarith way according to Mel scale. The Mel scale is a frequencies scale based on human perception. It is measured in mels. 3. ERA : « Atmospheres research group », National School of Architecture and Urbanism of Tunis, Tunisia (ENAU). |
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EDITO N°21
08/10/2009
Thomas Gantard
Architecte suisse, doctorant au laboratoire de design environnemental de l'Université technologique d'Osaka, Japon
Swiss architect, PhD candidate at the Environmental Design Laboratory in the Technology University of Osaka, Japan
Emmanuel Pezrès
Architecte, docteur en urbanisme et en aménagement de l'espace, France
Architect, PhD in town planning and spatial development, France
Le travail des ambiances comme travail politiqueLa croissance mondiale de la production du bâti instituée comme dogme engendre une multiplication de situations d’ambiances construites. De ces constructions de plus en plus technicisées résulte une mise en œuvre d’ambiances plus ou moins consciente et plus ou moins contrôlée par le pouvoir qui produit ces constructions. Ainsi dans un contexte d’urbanisation globalisée, le travail des ambiances, qu’il soit théorique ou pratique participe à la mise en œuvre d’un mode particulier de la polis, et donc d’un mode politique particulier. Le savoir sur les ambiances tendant à s’élaborer à travers ce pouvoir dominant, développe par sa pratique un pouvoir sur l’espace, mais aussi, du fait de la nature même des ambiances, un pouvoir sur l’intimité de l’homme. Comme le remarquait déjà Simmel1 en 1903, la ville est un univers technicisé réglé autour de l’argent. Ainsi devant le phénomène de métropolisation généralisé qui est une des caractéristiques de notre époque, l’humanité qui avait découvert une certaine liberté individuelle dans l’anonymat de la ville, se voit maintenant réglée par un ordre techno-marchand. L’urbanisme traditionnel qui conduisait les parcours et les vues, s’adressait dans sa conception et son action plus largement au territoire qu’aux corps. On travaillait, et l’on travaille encore, l’urbain de « haut », avec des plans-masses, des schémas de circulation et des perspectives reprenant plus ou moins flatteusement des vues qu’un homme pourrait réellement avoir, l’organisation du territoire participant ainsi du Spectacle. Le travail des ambiances s’adresse d’abord plus aux sens et donc plus à l’humain qu’au territoire. Il est donc plus particulièrement un travail des phénomènes et de la chair. En cela reprenant la distinction entre « pouvoir sur la terre » et « pouvoir sur les hommes » faite par Foucault, il pencherait plutôt vers le bio-pouvoir2. Mais plus encore, le travail des ambiances allié à l’urbanisme tend à une certaine totalité. En effet, explorant une certaine intimité de l’homme en liaison avec son environnement et prétendant à une certaine mise en pratique construite, le contrôle des ambiances dispose de ce que Merleau-Ponty décrit comme la « co-originarité du monde et du Soi »3. Cependant le travail des ambiances, et donc de cette co-originarité, n’est ni libre ni neutre. Car même si en contredisant Simmel (par un effort de la volonté qui irait contre cette organisation globalisée), il serait envisageable de s’extraire du paradigme marchand, il en irait autrement du paradigme technicien. En effet, même si l’on pouvait sortir les ambiances comme objet de recherche du milieu4 technique que forme l’urbanité, le mode de recherche scientifique est, comme le rappelle Ellul, lui-même technicien5. Heureusement ici, en marge de la recherche technoscientifique, il semble que le travail des ambiances ait commencé et se continue au sein de l’architecture, matière qui porte en elle une forme d’organisation du monde antérieur à la technè : une poésie dans son sens littéral, une voie différemment créatrice. | Working with ambiance is a political taskThe dogma-based global growth in new builds generates a multiplicity of ambiances in the resultant constructions and from these increasingly technicised constructions comes a staging of ambiances that is more or less conscious or more or less controlled by the power producing the buildings. This being so, working with ambiance on a theoretical or practical level within a context of globalised urban development is integral to the creation of a specific type of polis and, therefore, to a specific form of politics. Expertise in ambiance is tending to develop through this dominant power and its practical aspects are gradually giving it power over space. In fact, the very nature of ambiance is giving it a hold over our private environment. As Simmel1 noted in 1903, a town is a technicised world regulated by money and now, faced with the phenomenon of generalised city sprawl that is one of the characteristics of our era, humans who had discovered a certain individual freedom in the anonymity of towns are being regulated by a new order based on technology and business. Traditional urban planning controlling roadways and views once focussed its design and action more generally on the area than on the people. Urban planning was, and still is, implemented from “above” with block plans, traffic layouts and vistas that reflected, in a more or less flattering manner, the views which people could actually see. In fact, territorial organisation was part and parcel of the urban Show. Ambiance is first and foremost concerned more with the senses and, therefore, the human aspect rather than the territory. It is more particularly a work based on phenomena and human sensibilities. To repeat the distinction made by Foucault between “power over the Earth” and “power over people”, this type of work tends towards bio-power2. But more than this, ambiance combined with town planning tends towards a certain sense of totality. By exploring the degree of closeness between man and his environment and by laying claim to a certain practical approach based on construction, control of ambiance holds what Merleau-Ponty describes as the “co-originarity of the world and Self”3. Working with ambiance, working with this co-originarity, however, is neither free nor neutral because even if, in opposition to Simmel’s view (through a determination that would counter this globalised organisation), it would be possible to extricate oneself from the trade paradigm, the same would not be true of the technical paradigm. Even if ambiance as an object of research could be taken out of the technical milieu4 that is urban development, the type of scientific research involved is, as Ellul reminds us, technical in its own right5. Luckily in this instance, aside from technological and scientific research, it would appear that work has begun on ambiance and is continuing through architecture, a subject that carries in it a form of worldly organisation that existed before technè: poetry in its literal sense, a pathway that is creative in a different manner. |
1. The Metropolis and Mental Life. 2000 [1903]. Simmel, pp.149-157, in Readings in Social Theory: The Classic Tradition to Post-Modernism, 3d ed., edited by James Farganis. New York, McGraw Hill. 2. Un bio-pouvoir ayant lien avec un pouvoir pastoral que Foucault décrit comme suit : « On peut le caractériser rapidement en disant que le pouvoir pastoral s’oppose au pouvoir politique traditionnel habituel, en ceci qu’il ne porte pas sur un territoire[…], il règne sur la multiplicité des individus. » Dits et écrits. 2008 [1978]. Foucault, p.561, tome II. Paris, Gallimard, Collection Quarto. 3. « Où mettre la limite du corps et du monde, puisque le monde est chair ? » Le visible et l’invisible. 2003 [1964]. Merleau-Ponty, p.180. Paris, Gallimard, Collection Tel. 4. « Devenue un Universum de moyens, la Technique est en fait le milieu de l’homme. Ces médiations se sont tellement généralisées, étendues, multipliées qu’elles ont fini par constituer un nouvel univers, on a vu apparaître le « milieu technicien ». Cela veut dire que l’homme a cessé d’être dans le milieu « naturel » (constitué par ce que l’homme appelle vulgairement la « nature », campagne, bois, montagnes, mer, etc.) au premier chef pour se situer maintenant dans un nouveau milieu artificiel. Il ne vit plus au contact avec les réalités de la terre et de l’eau mais avec celles des instruments et objets qui forment la totalité de son environnement. » Le système technicien. 2004 [1977]. Ellul, p.49. Paris, Le Cherche Midi. 5. « C’est en effet là le dernier mot: la science est devenue un moyen de la technique ». La technique ou l’enjeu du siècle. 2008 [1990]. Ellul, p.8. Paris, Economica. | 1. The Metropolis and Mental Life. 2000 [1903]. Simmel, pp.149-157, in Readings in Social Theory: The Classic Tradition to Post-Modernism, 3d ed., edited by James Farganis. New York, McGraw Hill. 2. A bio-power linked with pastoral power which Foucault described as follows: “It can be briefly stated as pastoral power being opposed to the usual traditional political power in that it does not refer to a territory […] ; it reigns over the multiplicity of individuals.” Dits et écrits. 2008 [1978]. Foucault, p.561, tome II. Paris, Gallimard, Collection Quarto 3. “Where is the boundary between body and world, since the world is flesh?” Le visible et l’invisible. 2003 [1964]. Merleau-Ponty, p.180. Paris, Gallimard, Collection Tel. 4. “Having become a Universum of resources, technology is actually man’s environment. These mediations have become so commonplace, widespread and multiple that they have created a whole new universe and the “technical environment” has been born. This means that man has ceased being primarily in the “natural” environment (consisting of what is vulgarly referred to as “nature” i.e. countryside, woodland, mountains, sea etc.) and, instead, now exists in a new, artificial environment. He no longer lives with the realities of land and sea but with the realities of the instruments and objects that form his entire world.” Le système technicien. 2004 [1977]. Ellul, p.49. Paris, Le Cherche Midi. 5. ”This is indeed the last word: science has become a means to technology”. La technique ou l’enjeu du siècle. 2008 [1990]. Ellul, p.8. Paris, Economica. |
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EDITO N°20
24/09/2009
Camilo Cifuentes Quin
Architecte - Master "Ambiances architecturales et urbaines"- Research Fellow Rafael Vinoly Architects PC – Chercheur associé groupe « Proyecto Ciudad Arquitectura » Universidad de Los Andes, Colombie
Master “Ambiances architecturales et urbaines” – Research Fellow Rafael Vinoly Architects PC – Associate researcher group « Proyecto Ciudad Arquitectura » Universidad de Los Andes, Colombia
L’urbanisme et l’urbain à Bogotá. | Urbanism and the Urban in Bogota: Reflections on the Mystification of a Discourse of the CityThe ongoing research project “Bogota, a Case Study on New Development Strategies for the Contemporary Metropolis”1 explores the succesfull politics and the projects of urban development recently completed in Bogota, and aims to critically analyze these transformations, taking into account the urban, architectonic, and social aspects of the city. Through an interdisciplinary approach to the city, we hope to understand the different dimensions of the public sphere in Bogota, while addressing the complexity of urban phenomena at diverse levels. This complexity can only be understood by exploring the dynamics of the political discourse, the urban project and the experienced reality. Consequently, we are studying the impact of urban politics in the city while establishing comparisons between the experts’ speech on the city and the city experienced by the inhabitants. As we are interested in the discourse of both experts and inhabitants we will take into account the essential contrast between “the city” and “the urban”, as proposed by Catalan anthropologist Manuel Delgado: “La ciudad es un sitio. Lo urbano es algo parecido a una ciudad efímera.”2 He continues by citing Lefebvre, who describes the urban as “obra perpetua de los habitantes, a su vez móviles y movilizados por y para esa obra”3. “Lo urbano es una forma radical de espacio social, escenario y producto de lo colectivo haciéndose a sí mismo, un territorio desterritorializado en el que no hay objetos sino relaciones diagramáticas entre objetos, bucles, nexos sometidos a un estado de excitación permanente. »4 [“The city is a site. The urban is something similar to an ephemeral city”… “the endless labor of the inhabitants, at the same time mobile and moved by and for that labor.” “The urban is a radical form of social space, the setting and product of the collective creating itself, a deterritorialized territory where there are not objects but diagrammatic relations between objects, loops, ties defined by a constant state of excitement.]5 According to Lefebvre’s distinction, a preliminary hypothesis in the case of Bogota presumes a clear differentiation between the discourse of urbanism and the multiple discourses of the urban. Urbanism is understood as a tool of the “polis”, the city administration, which aims to determine or at least to control the space, to architecturailize it under the premise that it can be conflict free and a channel for a clear and unique discourse. The urban, on the other hand is understood as the work of a society itself, work that takes place precisely in the public space. What we expected to observe, in the case of three studied sites in Bogota, is a constant struggle between a vision of public space as a pacified one (that must ultimately guarantee mobility, serve as an instrument for the proclamation of official memory, and remain submitted to permanent control)6 and another of “the urban” as a space in motion that is made and unmade constantly, a place of the ephemeral and unexpected appropriations. Our preliminary findings, based on the bibliographic research as well as our fieldwork reveal a much more complex panorama. Bogota’s administration has long attempted to determine the social space dynamics of the city. In the mid-nineties, when social norms of coexistence seemed simply non-existent, and for many years since then, the city’s politicians have worked to not only control these social dynamics but also to define them. On the other hand, the urban, that is, the social space, seems to have accepted and even appropriated the discourse of urbanism widely spread by the media, as well as official propaganda. The case of Bogota, which today many sectors attempt to present as a model, is interesting to observe due to the impact, undoubtedly positive in most cases, of the urban transformations. However, the way public space, the physical and the invisible, has become a space shaped by and for consensus merits deeper analysis. The success in the media of the “Bogota Model” distracts from the numerous controversial decisions, unresolved challenges, and social struggles that are trivialized by the manipulations of a mystified discourse. |
1. Projet selectionné dans l’appel d’offre “2009-2010 Grants for research in architecture” de l’agence Rafael Vinoly Architects, et developé sous la direction de Nicolas Tixier avec la participation de Céline Rouchy, Sandra Fiori, Julien Mcoisans, Ida Assefa et Camilo Cifuentes. 2. M. Delgado. « De la ciudad concebida a la ciudad practicada » in Archipiélago: Cuadernos de crítica de la cultura, ISSN 0214-2686, Nº 62, 2004 p. 7-12. 3. H. Lefebvre, Espacio y política, Península, Barcelona, 1972, p. 70-71. Cité par M. Delgado (OP cit 1) 4. H. Lefebvre, El derecho a la ciudad, Península, Barcelona, 1978, p. 158. Cité par M. Delgado (OP cit 1) 5. Traduction de l’auteur des citations 2, 3 et 4 6. M. Delgado, “De la ciudad concebida a la ciudad practicada.” | 1. Project awarded in the Rafael Vinoly Architects call for proposals “2009-2010 Grants for research in architecture”, and developed under the direction of Nicolas Tixier with the participation of Céline Rouchy, Sandra Fiori, Julien Mcoisans, Ida Assefa and Camilo Cifuentes. 2. M. Delgado, “De la ciudad concebida a la ciudad practicada” in Archipiélago: Cuademos de crítica de la cultura, ISSN 0214-2686, n. 62, 2004, p. 7-12. 3. H. Lefebvre, Espacio y política, Península, Barcelona, 1972, p. 70-71. Cité par M. Delgado (OP cit 1) 4. H. Lefebvre, El derecho a la ciudad, Península, Barcelona, 1978, p. 158. Cité par M. Delgado (OP cit 1) 5. Quotes 2, 3 and 4 translated by the author. 6. M. Delgado, “De la ciudad concebida a la ciudad practicada.” |
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EDITO N°19
07/09/2009
Martine Chazelas
Documentaliste au laboratoire Cerma, membre du comité de pilotage du réseau international ambiances, France
Research assistant at Cerma laboratory Team member of international ambiances network, France
Françoise Acquier
Documentaliste au laboratoire Cresson, membre du comité de pilotage du réseau international ambiances, France
Research assistant at Cerma laboratory Team member of international ambiances network, France
Créer un patrimoine commun sur les ambiancesLa notion d’ambiance architecturale et urbaine est difficile à définir et à traduire. C’est une notion que chaque discipline scientifique ne peut revendiquer seule. C’est un objet d’étude complexe en perpétuelle refondation et nécessitant la mise en œuvre de travaux transdisciplinaires autant que disciplinaires. Notre réseau constitue le creuset de ces recherches et le site Ambiances.net un outil commun pour promouvoir les travaux et les collaborations en devenir mais aussi un lieu de mémoire et de conservation de l’ensemble des écrits, actions, tentatives, témoignages, traces sonores ou visuelles à propos de l’ambiance, des ambiances. C’est pour cela que nous réfléchissons à la construction d’une plate-forme documentaire collaborative. Celle-ci aura pour fonction première de réunir, structurer et rendre accessible l’ensemble des productions scientifiques (articles, thèses, congrès, communications, photographies, représentations graphiques, extraits littéraires, témoignages sonores ou vidéographiques, …) que vous aurez déposés sur le site. Comme par exemple les actes du colloque1 « Faire une ambiance » et le reportage photographique réalisé pendant son déroulement ou encore l’annonce de la publication de l’article2 « A ambiência, trilhando caminho – em direção a uma perspectiva internacional » de « Jean-Paul Thibaud ». On pourra à tout moment retrouver ces documents seuls ou associés à d’autres de même type. Elle offrira également, parce qu’elle se veut collaborative, la possibilité de construire des bases de données thématiques supports d’actions de recherche en cours ou de valorisation de travaux déjà réalisés. Deux exemples :
Nous voulons construire au fil du temps, avec vous, chercheurs, doctorants, enseignants, professionnels, nous tous membres du réseau, ce centre de ressources documentaires. Il sera un outil essentiel d’accès aux multiples sources d’information éparpillées dans nos laboratoires ou sur la toile. Il s’efforcera d’animer cette mémoire numérique multilingue sur les ambiances pour en faire une porte d’entrée pour tous ceux, jeunes chercheurs, professionnels ou autres, qui désireront en savoir plus. Le site Ambiance.net reflètera ainsi la vitalité de nos recherches. | Design a shared heritage about ambiancesThe concept « Ambiance architecturale et urbaine » is not so easy to define and translate. None of the scientific domain can claim for covering the whole notion. This intricate object is constantly re-explained by in-progress researches and need as well trans-disciplinary as disciplinary approaches. Our network is the nest of those researches. The “Ambiances.net” site is our tool for the sharing of our respective works, for the calling of collaborations, and for the promotion of our results. But other services will be proposed: we consider the creation of a repository platform for all writings, video or audio records about ambiance and ambiances. Moreover, if such is the wish of the network members, it could be a collaborative plate-form on which all partners could post “documents” that we could help to organize. The first ambition is for example to improve the retrieving of documents posted on the web site like the proceedings of the conference1 « Creating an atmosphere », or the announcement of the publication2 "A ambiência, trilhando caminho – em direção a uma perspectiva internacional" by Jean-Paul Thibaud, or any such document. Second, as a collaborative tool, the platform could host databases needed by ongoing researches or databases giving access to research results. Two examples:
We want to build this library resources centre as time goes by, with all the members of this network. It will be a basic information retrieving tool of information that are today scattered in their form, in their location, in their language and in their approach of the ambiance concepts. |
1. Colloque Faire une ambiance. Grenoble 10-12 septembre 20082. Jean-Paul Thibaud. "A ambiência, trilhando caminho - em direção a uma perspectiva internacional". Revista Rua. junho 2008. n°14. p.34-38 |
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EDITO N°18
24/07/2009
Daniel Estevez
Maître-assistant à l'ENSA de Toulouse, chercheur au LRA (Laboratoire de recherche en architecture), France
Assistant professor at Toulouse school of architecture (FR), researcher at LRA (Research group in architecture), France
Andrea Urlberger
Maître-assistant à l'ENSA de Toulouse, chercheur au LRA (Laboratoire de recherche en architecture), France
Assistant professor at Toulouse school of architecture (FR), researcher at LRA (Research group in architecture), France
Ambiance pour les aéroportsEn 1978, Brian Eno produit un disque de musique d’ambiance, Ambient I, Music for Airports, le premier de quatre albums destinés à lier son approche minimaliste à des espaces particuliers. Cette musique légère, facile à entendre, presque insignifiante, devait se faire discrète. Par certains aspects, elle peut s’apparenter à une nappe sonore ténue capable d’épouser subtilement le contexte spatial au point d’en diluer la perception directe. Par cette retenue, elle propose d’ouvrir des « espaces de pensée »1 proche de l’idée de méditation. C’est un moment d’attente prolongé dans l’aéroport de Cologne au milieu des années 70 qui a fait naître chez Eno l’idée de concevoir pour cet espace spécifique une musique adaptée. Elle a été ensuite diffusée sous forme de disque, mais également réintroduit ponctuellement dans un aéroport, La Guardia à New York. Lors d’un workshop à l’aéroport de Munich2 en mai 2009, des étudiants en architecture, en géographie et en planification paysagère investissent, sous la direction de deux artistes, Gwenola Wagon et Stéphane Degoutin de Nogovoyages, l’aéroport de Munich. Travaillant avec le média son, ils conçoivent des récits d’équipements utopiques destinés à des sites spécifiques dans l’aéroport. Enregistrés et stockés sur des iPod, lecteurs mp3 ou téléphones portables, les bandes sons peuvent être écoutées in situ et en se déplaçant. Un plan de l’aérogare permet de repérer les numéros des bandes de son et de les déclencher à l’endroit pour lequel ils ont été conçus.Ambient I comme 19 petites utopies pour un aéroport3 (workshop Munich) immergent le public dans une ambiance sonore. S’articulant voire s’hybridant avec leur environnement, les bandes sonores qui ne sont pas matérialisées par un dispositif physique quelconque (images, instruments, installations) peuvent disparaître à tout moment. Mais à la différence de Ambient I, 19 petites utopies pour un aéroport ne sont pas audibles dans la totalité de l’espace physique, ils narrent à chaque visiteur individuellement des espaces possibles, augmentant ainsi la réalité perçue. Ne relevant pas d’une « ambiance » générique de l’espace aéroportuaire, ils font au contraire émerger des concentrations ponctuelles, leur écoute doit en conséquence se produire de préférence sur place, dans l’aéroport. Le média son et son contenu, la narration utopique, sont ainsi localisés et non diffusés. Ce projet met en œuvre une procédure de représentation très marquée par la notion d’ambiance, car elle en utilise ses moyens: perception sensorielle, usages, données qualitatives… Si le terme ambiance signifie une articulation des dimensions physiques du bâti, les perceptions, la sensibilité, les usages et les représentations, quelles ambiances propose un aéroport et comment la musique d’ambiance produite par Brian Eno et les expérimentations artistiques lors du workshop à Munich les représentent-t-elles ? L’ambiance comme media Bien que l’aéroport puisse paraître en premier lieu comme un espace plein, saturé où des activités multiples se juxtaposent, les travaux du workshop semblent suivre une autre piste, se basant plutôt sur des absences.Manque de relations humaines, de contacts, de confort, de sensations, d’urbanité, d’espaces naturel, de possibilités de s’arrêter, de se retirer, de s’isoler, … Certains projets utopiques des étudiants ont pour objectif l’extraction des personnes qui circulent dans l’aéroport. Il s’agit de diminuer leur perception, les soustraire aux flux, aux espaces commerciaux, aux bruits. Cet isolement est la condition pour qu’une seule action puisse être exécutée pleinement (dormir, rencontrer des personnes, prendre un bain, entendre des sons, voler sans passer par les espaces commerciaux, etc.).D’autres récits localisés ont pour objectif d’augmenter la perception, ajoutant un élément inédit en proposant une vision additionnelle d’un même espace.Un troisième groupe vise un échange et une transfiguration à travers le déplacement, le renversement, la transformation entre l’intérieur de l’aéroport et le monde extérieur, entre l’aéroport et la situation du vol, entre l’aéroport et des activités urbaines, entre l’aéroport et la nature, … Dans l’aéroport, le continuum spatial répond au continuum sonore, cette congruence est l’une des révélations de l’œuvre de Brian Eno. L’expérience des projets sonores de Munich ne contredit pas cette analyse mais la complète.L’espace hypertechnique de l’aéroport reçoit les projets sonores et les récits fictifs comme des révélateurs, des dispositifs d’interprétation subjective et individuelle des lieux. Le paradoxe : ils n’ont parfois pas d’existence physique tangible (forme, limite, surface, volume, enveloppe etc.), mais naissent surtout de l’indexation produite par les récits. Ni explicatif, ni descriptif, les récits sonores montrent une opacité qui s’oppose à l’espace hypertechnique et vide où il se déploie. L’écoute devient un acte initiatique et mystérieux comme l’explique Martin Heidegger a propos de l’art. Faut-il contredire Michel Foucault lors qu’il écrit dans Espaces autres « Nous ne vivons pas à l’intérieur d’un vide qui se colore de différents chatoiements, nous vivons à l’intérieur d’un ensemble de relations qui définissent des emplacements irréductibles les uns aux autres et absolument superposables. » (Michel Foucault, Espaces autres, Dits et écrits, 1984, p. 1574) Est-il possible de conférer aux espaces qui nous entourent une couche d’existence virtuelle sur laquelle nous pourrions agir directement ? Peut-on même considérer l’espace technique de nos environnements contemporains, (ascenseurs, escalators, parkings, halls d’attente climatisés, descendants directs de l’espace aéroport) par leur manque de signification comme les meilleurs supports de projection fictionnels ? La musique d’ambiance devrait être comprise alors dans un sens ultra-littéral : le moyen de fabriquer l’ambiance, de plaquer des réalités, d’implanter des récits et des phantasmes sur le continuum indifférencié de nos modes d’habiter. | Ambient for AirportsBrian Eno produzierte 1978 eine Platte Ambient I, Music for Airports, eine von vier verschiedenen Aufnahmen von Ambientmusik deren Ziel es war Enos minimalistische Konzeption an ganz spezifische Orte zu binden. Diese unaufdringliche Musik, leicht zu hören, fast unscheinbar soll so diskret wie möglich den Raum füllen. Man könnte sie wie einen Art akustischer Teppich betrachten, der sich über den Raum legt, sich auf eine sehr subtile Art und Weise anpasst und durch diese Verschmelzung eine direkte Betrachtung des Raumes schwächt. Durch diese Zurückhaltung öffnet diese dikrete Musik Denkräume1 die an Meditation erinnert.Während eines längen Wartens am Flughafen von Köln, Mitter der 70ziger Jahre, enstand bei Brian Eno die Idee für diesen spezifischen Raum eine ihm angepasste Musik zu konzipieren. Diese Musik wurde anschliessend auf LPs veröffentlicht, wurde aber auch wieder für kurze Zeit im Flughafen La Guardia in New York gespielt. Im Mai 2009, während eines Workshops2 in München, investierten Architektur-, Geographie- und Landschaftsplannerstudenten unter der Leitung von zwei Künstlern, Gwenola Wagon und Stéphane Degoutin von Nogovoyages den Flughafen von München. Die Studenten arbeiteten mit dem Medium Ton, schrieben Projekte über utopischen Einrichtungen bestimmt für präzise Orte im Flughafenbereich. Diese Erzählungen wurden aufgenommen und auf i-pods, MP3 Players oder Mobiltelefone gespeichert und können vor Ort, während des Durchlaufens des Flughafens abgehört werden. Auf einem Plan des Flughafens wurden die örtlichen Verankerungen der Soundtracks eingezeichnet, nummeriert und können an den Punkten vernommen werden, für die das Projekt geschrieben wurde. Ambient I wie auch 19 petites utopies pour un aéroport3 (Workshop München) tauchen das Publikum in eine Klangatmosphäre, die sich mit ihrem nahen Umfeld mischt. Diese Tonwelt ruht jedoch nicht auf einen materiellen Dispositiv (Bilder, Instrumente, Installationen) und kann somit jederzeit wieder verschwinden. Zum Unterschied zu Ambient I, 19 petites utopies pour un aéroport können nicht im ganzen Bereich des Flughafen gehört werden, sie erzählen, individuel, jedem Besucher mögliche Räume und erweitern somit die zu erfassende Realität. Diese Arbeit unterstreicht keine allgemeine Ambiente der Flughafensphäre sondern bringt, ganz im Gegenteil, momentate Verdichtungen an den Tag. Das Abhören dieser Bänder ist somit vor allem vor Ort geeignet. Das Medium Ton und die utopischen Erzählungen sind örtliche verankert und nicht auf grössere Teile des Flughafens zerstreut Dieses Projekt stützt sich auf Darstllungsprozesse, die sehr von der Ambiente geprägt sind. Es benutzt seine Mittel : Senseible Wahrnehmung, Anwendung, qualitative Elemente … Ambiente ensteht durch die Verflechtung zwischen den physischen Dimensionen eines Gebäudes, seine Wahrnehmung, die Sensitivität, seine Benutzungs-und Darstellungsweisen. Welche Ambiente produziert der Flughafen und wie wird sie durch die Musik von Brian Eno und den künstlerieschen Experimenten während des Münchner Workshops dargestellt ? Ambiente als Medium Obwohl der erste Eindruck eines Flughafens ihn als einen vollkommen saturierten Ort erscheinen lässt, in dem sich die verschiedensten Ereignisse überschneiden, orientieren sich die Arbeiten des Workshops in eine andere Richtung. Sie stützen sich hauptsächlich auf den Eindruck des Fehlens von menschlichen Beziehungen, von Kontakten, von Komfort, von Gefühlen, von städtischen Qualitäten, von natürlichen Bereichen, die Möglichkeit sich zurueck zu ziehen. Manche utopische Projekte der Studenten haben das Ziel, die Menschen aus dem Flughafenbereich zu entfernen, ihre Wahrnehmung herabzusetzen, sie den Bewegungsflüssen, dem kommerziellen Bereich, dem Lärm zu entziehen. Diese Isolation ist die Bedingung, damit jede Handlung für sich voll ausgeführt werden kann (schlafen, Menschen treffen, baden, Klänge hören, fliegen ohne den kommerziellen Bereich durchqueren zu müssen zu müssen). Andere ortsgebundene Erzählungen haben als Ziel, die Wahrnehmung zu steigern, fügen ein ungewöhnliches Element ein und schlagen somit eine additive Sichtweise auf einen gleichen Raum vor. Eine dritte Gruppe strebt einen Austauch, eine Verklärung des Ortes Flughafen durch die Versetzung, die Umkehrung und den Austausch zwischen den Innenräumen des Flughafens und der Aussenwelt, zwischen dem Flughafen und der Flugsituation, zwischen dem Flughafen und urbaner Tätigkeiten, zwischen dem Flughafen und der Natur, usw.… an. Im Flughafen entspricht das räumliche Kontinuum dem akustischen Kontinuum, eine Übereinstimmung, die vom Werk Brian Enos enthüllt wurde. Die Ergebnisse des Workshops München widersprechen dieser Analyse nicht, im Gegenteil, sie erweitern sie. Der hypertechnische Raum des Flughafens nimmt die Soundtracks und die utopischen Erzählungen ein und benutzt sie als Darstellung der subjektiven und individuellen Interpretationen der unterschiedlichsten Orte. |
1. Christian Höller, Ambient in Sculpture Projects in Münster, 2007, p. 327 2. Réalisé dans le cadre de la recherche Aéroports_Airspaces, financée dans le cadre du programme Architecture de la grande échelle, BRAUP, DAPA, ministère de la Culture. 3. 19 kleine Utopien für einen Flughafen | 1. Christian Höller, Ambient in Sculpture Projects in Münster, 2007, p. 327 2. Réalisé dans le cadre de la recherche Aéroports_Airspaces, financée dans le cadre du programme Architecture de la grande échelle, BRAUP, DAPA, ministère de la Culture. 3. 19 kleine Utopien für einen Flughafen |
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[Catherine Furet, architecte SEMEA 15, maître d’ouvrage 1999] _« L’entrée, l’avantage de cette entrée, c’est vrai qu’elle est assez étroite par rapport à ce qu’on y trouve après, la cour, mais d’un autre côté, on a l’impression qu’elle protège la cour, que ça l’isole de la rue de la Croix-Nivert. On se sent protégé dès qu’on arrive, d’ailleurs même au niveau acoustique, on n’entend pas trop. C’est très calme, on est isolé et pourtant on est à côté d’une rue qui est quand même très bruyante. Ça fait un peu entonnoir finalement ».
Le parcours commenté : un moyen pour mettre à jour les qualités des espaces collectifs de l’habitatS’intéresser en tant que sociologue aux parties communes de l’habitat collectif – hall, porche, passage, escalier, palier, cour, jardin, etc. – consiste généralement à analyser les rapports de cohabitation et les modes d’ajustements au sein d’une collectivité Il est, en revanche, plus rare de les aborder à travers l’expérience sensible des habitants dans leur trajet quotidien. Pourtant, ces espaces articulant le logement à la ville, sont d’abord des lieux traversés pour rentrer ou sortir de chez soi. Leur appréciation et leur possible investissement dépend largement du ressenti éprouvé lors de cette activité sensori-motrice ordinaire. Afin d’avoir accès à ce type de mobilisation perceptive, nous avons accompagné les habitants dans leurs cheminements en leur demandant de verbaliser les sensations éprouvées, d’indiquer les choix effectués, de préciser la nature des différents lieux traversés. Nous avons repris, à l’échelle d’une opération de logement, la méthode dite « des parcours commentés » développée par Jean-Paul Thibaud1 dans le cadre de recherches sur l’espace public. Les parcours effectués avec les habitants débordaient néanmoins le cadre strict de l’opération puisque nous leur demandions de les suivre le temps d’un trajet aller-retour qu’ils avaient l’habitude de faire à pied depuis leur domicile (aller et revenir de la station de métro, de la boulangerie, de l’école de leurs enfants …). Cette sortie dans l’espace public, tout comme l’entrée dans le logement, était nécessaire pour comprendre la spécificité des espaces collectifs dans le cheminement. L’analyse des données recueillies nous a permis de caractériser les différents registres de l’expérience sensible (visuel, auditif, aérothermique, kinesthésique) en lien avec le contexte socio-spatial des ensembles d’habitation étudiés. Plusieurs séquences clefs se sont dégagées dans le parcours avec pour chacune des enjeux particuliers. L’une d’elle concerne le dispositif d’accès à proprement parler qui, suivant les opérations, prend la forme d’une faille, d’un passage sous porche ou d’un hall. Nous nous sommes demandées en quoi ces dispositifs d’articulation avec l’espace public marquent le passage d’un milieu ambiant à un autre. Quels sont les types de transition exprimés et en quoi représentent-ils ou non des éléments de confort sensoriel, psychologique et social ? Avant tout, les espaces de l’entrée sont évalués dans leur capacité à absorber les tensions avec l’extérieur, surtout dans un milieu dense comme Paris. Les habitants sont ainsi sensibles au dispositif de resserrement (une entrée en entonnoir) ou de recadrement (un porche) qui vient, selon eux, palier la mise en vue trop directe d’un système d’entrée jugé trop ouvert. Le resserrement produit une discontinuité visuelle ainsi qu’une décomposition de la profondeur de l’îlot dont les habitants tirent un bénéfice en terme de privacité, se sentant mieux à l’abri du domaine public. Seulement, ne pas voir se dévoiler dès la rue les ressources du lieu est paradoxalement aussi fort que celui d’avoir la possibilité d’anticiper visuellement le parcours. Il paraît important de canaliser le champ visuel pour que la pénétration des regards extérieurs soit inoffensive tout en conservant une attraction visuelle pour celui qui chemine. Car la possibilité de projection visuelle participe à qualifier le dispositif d’accès, c’est-à-dire à le faire exister en tant que lieu et non comme simple parenthèse fonctionnelle. Sur le plan sonore, la transition est fortement associée au fait de pouvoir s’extraire du bruit urbain. L’effet de coupure sonore, tel que l’ont décrit les habitants de plusieurs opérations, apparaît réellement structurant pour permettre de différencier le statut des espaces et marquer ainsi la progression. Cette donnée semble d’autant plus importante quand visuellement l’ambigüité domine entre l’extérieur et l’intérieur de la résidence. De tels résultats montrent l’importance que revêtent les composantes spatiale, lumineuse, sonore, aérothermique des dispositifs d’accès dans la signification attribuée au franchissement. Leurs connaissances approfondies nous semblent représenter de véritables atouts pour enrichir le travail de conception de ces espaces. | The commented course emphasizing the qualities of collective housing spacesTo be interested as a sociologist in the shared spaces of collective housing – hall, porch, staircase, yard, garden – usually consists in analysing the cohabitation relationships and the fitting technics inside a collectivity. It is however scarcely studied through the perceptible experience of the buildings’inhabitants in their everyday commutings. Nevertheless, these spaces articulating city housing are in the first place, spaces used to go in or out of one’s home. Their appreciation is highly related to the inner perception felt during this ordinary daily motion experience. It is therefore necessary to take into account both the location of the experience and the body motion going with it. In order to have access to this particular type of movement perception, we have walked with inhabitants during their outings, asking them to verbalize feelings, to explain their choices and to specify the nature of the different spaces they walked through. We have therefore used, applied to housing studies, the method named “commented couse” developed by Jean-Paul Thibaud1 for researches on public spaces. Our walks with the inhabitants were however wider than the strict in and out walks as they agreed to be followed the time of a return foot outing they were familiar with (to the underground station, to the bakery, to their children’ school…) this tip into the public space, just as the going into private home, was necessary to understand the specificity of collective spaces in the progression. The analysis of the gathered materials allowed us to characterize the different registers of the sensitive experience (visual, auditory, aerothermics, kinesthesics) linked to the socio-spatial surrounding of the studied housing blocks. Different key sequences singled out during the process, each presenting its own particular stakes. One of them deals with access itself that can appear as a rift, a passage under a porch or a walk through a hall. We wondered how these articulation devices with public space indicate the crossing between an atmosphere and another. What are the transition types expressed and how do they represent or not, elements of sensorial, psychological and social comfort? Above all, entrance spaces are evaluated according to their ability to absorb tensions with the outside. The inhabitants are in this way sensitive to the narrowing device (a funnel shaped entrance) or to the framed device (a porch) that, according to them, overcome a too direct system of entry judged much too open. The lightening allows a visual discontinuity as well as a splitting up of the islet from which the inhabitants benefit in terms of privacy, feeling better protected from public space. However, not seeing right from the street the resources of the place unveiled is paradoxically as strong as if having the possibility to visually anticipate the outing. It then seems important to channel the visual field in order to allow the penetration of outsider glances to become harmless without preventing a visual pleasantness for the commuting persons. The possibility of visual projection participates in qualifying the access device. In other words, have it exist as a place in itself and not only as a simple functional parenthesis. On a sound level, the transition is deeply associated to the ability to extract oneself from the urban noise. The cutting effect, as described by the inhabitants of several investigation sites, appears really structuring to allow the differentiation of spaces status and thus mark the progression. This parameter seems all the most important when there is a strong visual ambiguity between the inside and the outside of the building. Such results show the importance of the spatial, light, sound and aerothermics components of access devices for the signification given to crossing. Their true knowledge appears to represent real leads to enrich the conception work of such spaces. |
1. Thibaud, J.P. « La méthode des parcours commentés », in M. Grosjean et J-P. Thibaud (dir.), L’espace urbain en méthodes, éd. Parenthèses, Marseille, 2001.p. 79-99 |
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EDITO N°16
22/06/2009
Hanène Ben Slama
Docteur, assistante à l'ENAU de Tunis. Chercheure associée au Cresson, France
PhD, assistant professor, ENAU, Tunis, Affiliated researcher with Cresson, France
La chronique comme outil de description des ambiances urbainesJean-Paul Thibaud dans son premier édito du réseau ambiance, intitulé « L’ambiance dans tous les sens » convoque les ambiances tunisiennes et écrit : « … donner à entendre une place publique de Tunis un jour de ramadan… ». L’exemple est très pertinent, car peu d’endroits à Tunis restent encore influencés par cet événement religieux et culturel. Mais la place Beb Bhar au centre de Tunis est le lieu de manifestation par excellence de l’ambiance typiquement ramadanèsque. Le mois saint est un facteur générateur d’ambiance caractéristique et cyclique, une ambiance qui incite les gens à changer d’habitudes ou plutôt à faire appel à un ensemble de pratiques et d’activités mises en exercice uniquement pendant cette période de l’année : on assiste à une transformation totale de la vie dans la ville. A l’occasion de recherches précédentes (Ben Slama 2007) , nous avions choisi la place Beb Bhar comme objet d’étude. Cette place authentique est vécue comme le lieu de retrouvailles des racines et des origines, elle est assimilée au « patio d’une maison de la Médina », à « un terrain de football », à « une piste cyclable », à « un jardin public », à « un site archéologique »… Cette place est une scène où se déroule la vie quotidienne des citadins. C’est un lieu d’émergence des ambiances urbaines. Les acteurs et les spectateurs sur la place, se mixent, s’échangent les rôles et se succèdent. Certaines personnes toujours présentes sur la place constituent la base de son activité. Ils transitent, se posent et font souvent des allers-retours de long en large sur la place.L’expérimentation et l’adaptation de plusieurs techniques d’enquêtes, nous a permis de saisir un grand nombre d’informations et de données précieuses. Et pour rendre compte de nos résultats nous avons constitué un répertoire des dynamiques des ambiances de cette place. Nous avons nommé ce répertoire « La Chronique ». Cette chronique ne se limite pas à énumérer des événements consécutifs et successifs qui se déroulent sur la place, mais elle montre comment opèrent et interagissent des générateurs d’ambiance dans un même espace. Ainsi l’ambiance se donne à voir et à décrire sous forme d’une chronique à travers les générateurs qui concourent pour lui donner forme. Nous distinguons des générateurs d’ambiance d’ordre humain qui concernent les pratiques, les usages et la présence même du public sur la place, des générateurs d’ordre spatial s’intéressant à la dimension formelle et esthétique de la place, dont l’architecture, la morphologie, le style des façades, les monuments historiques, la configuration spatiale, le mobilier urbain, la nature des commerces et des services… et enfin des générateurs d’ordre sensible représentés par les odeurs, les sons et les sensations qui envahissent les usagers sur la place. La chronique est ainsi une manière de capter les ambiances urbaines, le style, le rythme et la façon de vivre d’une société. | The Chronic as a description tool of urban ambiancesIn his first “édito” of “réseau ambiance”, titled : “The ambiances in all senses”, Jean-Paul Thibaud refers to Tunisian ambiances and writes: “… to give a way to listen a public place in Tunis, one day of Ramadan…”, this example is relevant, because few places in Tunis remain still influenced by this religious and cultural event. However Beb Bhar, situated at the heart of Tunis, is the place shows typical “ramadanèsque” ambiance. The holy month of Ramadan is a generating factor of periodic and characteristic ambiance, which incites people to change habits or rather calls for a set of practice and activities which are uniquely exhibited during this period of the year: we witness a total transformation of the social and cultural of city life. Given recent work (Ben Slama 2007), we have opted for “Beb Bhar” as the place of our study. This authentic place reflects the past roots and origins of its inhabitants and visitors. It is often compared to: “the patio of a Médina house”, a “football field”, a “cycling track”, a “city park”, an “archeological site”…. This place is a scene when the daily life of citizen happens. It is a place of emergence of urban ambiances. The actors and spectators on this place, mix, exchange roles and alternate successively. Some people, always present at the place, constitute the base of the place’s main activities. They transit, rest and often go back and forty along the place.The experimentation and adaptation of various techniques of investigation allowed us to extract and obtain a large corpus of important data. And in order to present the main results of our research, we constructed a directory of the dynamics of the place ambiances. We named this directory “The Chronic”. This “chronic” is not limited to listing consecutive and successive events which happen on the place, but it shows how various atmosphere factors operate and interact in the same space. Thus, an ambiance can be seen and described in the form of a chronic, via the generators which compete to give its shape the resulting ambiances. We make a distinction between the ambiances generators of human order which relate to the practices, uses and the presence of the public in the place, the ambiances generators of spatial order, which reside in the formal spatial and esthetic dimensions of the place, such as including architecture, morphology, style of facades, historical monuments, space configuration, urban furniture, type of shops and services…. and the ambiances generators related to human senses, represented by odors, sounds and the sensations that invade users in that place. The chronic is therefore a way to capture urban ambiances, the style, the rhythm and way of life of a given society. |
References: Amphoux Pascal, Thibaud Jean-Paul, Chelkoff Grégoire, (eds.), Ambiances en débats, Bernin : A la croisée, 2004. 309p. (Ambiances, Ambiance)Bégout Bruce, La découverte du quotidien, Paris : Allia, 2005, 600p. Ben Slama Hanène, "Les générateurs d’ambiances : Chroniques de la place Beb Bhar", in Thibaud Jean-Paul (ed.), Variations d’ambiances, processus et modalités d’émergence des ambiances urbaines, Action Concertée Incitative, Terrains, Techniques, Théories, CRESSON, octobre 2007, p.63-84 Ben Slama Hanène, Parcours urbains quotidiens, L’habitude dans la perception des ambiances, thèse de doctorat en urbanisme mention architecture, Université Pierre Mendès France, Laboratoire CRESSON, 2 Tomes, Grenoble, 2007, 462 p. Thibaud Jean-Paul et Grosjean Michèle (eds.), L’espace Urbain en méthodes, Marseille, Parenthèses, 2001, 219p. |
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EDITO N°15
28/05/2009
Fabrice Caudron
Maître de conférences à l'Institut d'Administration des Entreprises de Lille, chercheur au Lille Economie Management (UMR CNRS 8179), France
Assistant professor at Institut d'Administration des Entreprises de Lille, researcher at Lille Economie Management (UMR 8179), France
Sophie Jeanpert
Attachée d'enseignement et de recherche à l'Institut d'Administration des Entreprises de Lille, chercheur au Lille Economie Management (UMR CNRS 8179), France
Teaching fellow at Institut d'Administration des Entreprises de Lille, PhD candidate at Lille Economie Management (UMR 8179), France
L’atmosphère du point de vente, quand l’ambiance devient une nouvelle caractéristique de l’offre« Y a un truc que je trouve super fort dans leur ambiance, c’est d’avoir mis une plante sur le micro-ondes à l’étage… y a un micro-ondes tout moche que tu pourrais avoir chez toi, marron moche, et dessus y a une plante et jamais dans un resto tu verrais une plante sur un micro-ondes… ce serait vraiment pas hygiénique ! C’est moche au possible mais ça fait vraiment l’ambiance ‘on n’est pas des pros et c’est tout laid comme à la maison’. » A travers ses propos Céline (une cliente interviewée dans la cadre d’une de nos études) nous montre la difficulté à créer une ambiance particulière au sein d’un lieu de vente : le client doit pouvoir s’approprier le mobilier, la décoration… l’univers public devient le sien grâce à ces « petits riens » qui le renvoient à des éléments familiers. Les magasins d’atmosphère, en tant qu’espaces de consommation, s’inspirent du marketing expérientiel pour créer un environnement familial ou familier. Comment se sentir « comme chez soi » dans un lieu public, surtout lorsqu’il s’agit d’un fast-food ? Cela peut passer par une décoration qui peut évoquer la sphère domestique, c’est le cas de la plante verte. Les cinq sens sont stimulés et contribuent à la création de l’ambiance du point de vente. L’odeur est un des éléments sensoriels les plus stimulés ; les grandes chaînes de distribution n’hésitent plus à diffuser des odeurs auxquelles le client pourra associer tel ou tel souvenir personnel. C’est le cas des supermarchés diffusant des odeurs de pain cuit autour du rayon boulangerie ou encore les magasins d’outillage avec des odeurs d’herbe fraichement coupée dans le rayon jardinage. La musique participe elle aussi à la création d’une atmosphère propice à l’appropriation du lieu ; vous écoutiez votre morceau préféré en arrivant au centre commercial ? Vous l’entendrez aussi dans le magasin de vêtement d’une grande chaîne de distribution. L’automobile nous rappelle aussi que le toucher constitue un élément essentiel de l’acte d’achat de certains produits, c’est d’ailleurs tout le sens des recherches menées pour améliorer la sensation procurée par l’effleurement des plastiques, des bois ou du cuir d’un véhicule. Bref, la création d’une ambiance propice à l’acte d’achat repose de plus en plus sur la sollicitation des sens, de tous les sens… malheureusement cela ne suffit pas ! Une telle démarche de marketing sensoriel resterait très caricaturale si on ne laissait pas au client la possibilité d’apporter sa marque personnelle. Il doit pouvoir marquer le lieu public. Comment ? Certains clients laissent discrètement des petits mots sur les murs du restaurant. Institutionnalisons cette pratique… ou quand salir (avec la complicité du commerçant) devient l’acte premier de l’appropriation du lieu de vente ! L’espace public déshumanisé, caricature d’un « chez soi », acquiert dès lors une petite touche d’humanité. Le scénario devient plausible, le client commence à y croire. Mais ce n’est pas tout ! L’ambiance est propice à l’évocation d’un univers personnel, le client a la possibilité de s’approprier l’espace… reste un troisième et dernier élément : la possibilité d’inventer, d’innover par l’exploration. Dans la restauration par exemple, le client doit pouvoir sortir du carcan d’un menu préétabli et ainsi associer librement les aliments qu’il souhaite manger (d’où l’évolution de l’offre de certains fast-food). Au final, il s’agit de petits arrangements, de bricolages qui permettent de « ré-humaniser » au moins partiellement un univers impersonnel de consommation de masse. L’ambiance du lieu de vente se constitue alors en scénario, le scénario d’une expérience de consommation au cours de laquelle le client redonne un peu de sens à son acte d’achat. | Stores’ atmosphere. When ambiance becomes a new characteristic of supply"There’s one thing I find really cool about their ambience – the plant on the microwave upstairs. There it is, a horrible microwave that you could have in your own home, a horrible brown colour, and it’s got a pot plant on it. In a restaurant, you’d never see a plant on a microwave; it would be just too unhygienic! It’s ugly as hell but it does create an ambience. As if they were saying, “We’re not professionals and it’s no better than it is at home.” The remarks made by Céline (a client interviewed during one of our surveys) show the difficulties involved in creating a special atmosphere within a retail outlet. The client must be able to feel as ease with the furnishings and decoration. The public space becomes his/her own private world thanks to the “little touches” reminiscent of familiar items. In their role as areas for consumers, atmospheric stores seek inspiration in experience-based marketing to create a family or familiar layout. How can you feel “at home” in a public place, especially when it is a fast-food outlet? Perhaps when the decoration suggests the world of domesticity, as in the case of the house plant. The five senses are stimulated, helping to create the ambience of that particular retail outlet. Our sense of smell is one of the most commonly stimulated senses and major chainstores have no hesitation in diffusing fragrances with which clients can associate certain personal memories. This is obvious in supermarkets which diffuse the smell of newly-baked bread around the bakery section or DIY stores filled with the scent of new-mown grass in the gardening section. Music also helps to create an atmosphere that enables clients to feel at home. Were you listening to your favourite piece of music when you arrived at the shopping mall? You’ll also hear it in the clothes store belonging to a major chain. The automobile sector reminds us that touch is also an essential factor in the purchase of certain products. In fact, this is the reason for research being undertaken to improve the sensations aroused by touching plastic, wood or leather in a motor vehicle. In short, the creation of an ambience to stimulate the purchasing reflex is increasingly based on appeals to the senses, all the senses. Unfortunately, that alone is not sufficient! Such a sensory marketing approach would remain very much a cliché if we did not allow clients to add their own personal mark. They must be able to affect the public place in some way. But how? Some clients discreetly leave remarks on the restaurant walls. Let’s institutionalise the practice – in this case, interfering with a pristine surface (with the backing of the retailer) becomes a first step towards making the retail outlet one’s own! The inhuman public area, a mere caricature of “home”, then acquires the merest touch of humanity. The situation becomes plausible and clients begin to believe in it. But that’s not all! Ambience is an ideal way of conjuring up a personal world. Clients can make a space their own. And there is one last element, the third in our list – the possibility of invention and innovation through exploration. In catering, for example, clients must be able to free themselves from the restrictions of a pre-established menu and select their own combination of food, without direction and in their own way (hence the changes to the system in certain fast-food outlets). In the end, it takes only a few minor adjustments and a little tweaking to bring the human aspect back into the impersonal world of mass consumerism, at least in part. The atmosphere in a retail outlet becomes a backdrop, the backdrop to a consumer experience that enables the client to give meaning to the act of purchasing. |
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EDITO N°14
16/05/2009
Björn Hellström
Researcher and visiting professor at University College of Arts, Crafts and Design, Stockholm, Sweden, acoustic designer and architect at ÅF-Ingemansson (acoustic consulting firm). Member of Urban Sound Institute (USIT)
What About Noise Design?The most common definition of noise is ‘unwanted sound’. However, since the term implies a subjective interpretation, this definition is not satisfactory. And so question is – according to who is noise ‘unwanted’? For this reason one may argue that noise is never just noise! But noise becomes wanted or unwanted according to the listening context. It thereby becomes clear that the term noise signifies something more than itself; it is a product triggered by a certain activity, which is either wanted or unwanted. Therefore, treating noise as unwanted implies the denial of all its immanent qualities. The inverse of this attitude leads to a paradoxical situation since it involves an identification of ‘non-noise’, implying that noise can never be just unwanted. But it is – as a mediator of qualitative information – always something more than itself. I propagate for a structural approach to sound issues in general, and more particularly to urban sonic ambiences. In most cases, acoustic research focuses on developing methods that aim at the measurable dimensions of sounds i.e. defining and encapsulating the sound world in quantifiable systems and units. This concerns not only the technical dimensions of sounds (physical acoustics) but also perceptual criteria (psycho-acoustics). Though, it is not a matter of opposing these fields of research. Instead, the intention is to extend the subject by theories concerning the transient nature of sounds. What is asked for is a critical discussion on urban matters, e.g. on the collective space, relations between private and public space, aspects of actors, urban structures, spatial and temporal qualities, and strategic planning methods. These aspects presuppose interdisciplinary qualitative tools, which can be adapted to various forms of the urban space. Sounds are generated both unintentionally through activities, and consciously as artefacts. We seldom perceive sound as isolated phenomena but interpret them in their context and related to situation, surrounding and human interaction. Understanding urban sound requires, thus, an interdisciplinary approach, involving acoustics, music, art, design, architecture, sociology, anthropology, issues of sustainability, etc. Therefore, it is time to strike a blow for Noise Design in order to challenge conceptions that are generalised and formalised into quantitative values. Noise Design represents a communicating interface between the sounding object, the receiver, and the designer, which indeed is an interactive process with the receiver as a co-designer; the object is ‘created’ in regard to the receiver’s power of imagination. Rhetorically speaking, noise design promotes supportive and creative approaches to sounds. That is to say, by entering deeply into the very complexity of the “world of noise”, we pursue knowledge that does not hide our relation to this world, but rather reveals its riches. Noise is more than noise. Abstract and yet universal, the sounds around us express information that may be social in character, but may also unleash aesthetic experiments. Noise develops networks of relationships that are vital for our actions in physical space. Noise Design examines our rich and complex sound world. It adopts a structural approach to sound-related issues in general, and particularly to urban sonic ambiences. It explores the concept of transparent and fluid space as a central principle for urban conception. Urban acoustic space is seen as transient and immaterial, making public and private spaces less predictable, less monotonous. Reference: 2003, Hellström Björn, Noise Design – Architectural Modelling and the Aesthetics of Urban Acoustic Space, Bo Ejeby Publisher (it is possible to order the book at ![]() |
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EDITO N°13
25/04/2009
Catherine Aventin
Architecte, maître-assistante à l’ENSA de Toulouse et chercheur au Cresson, France
Architecte, assistante- professor, ENSA Toulouse, researcher at Cresson, France
Magali Paris
Ingénieur paysagiste, doctorante au laboratoire Cresson, France
Landscape engineer, PhD candidate at Cresson, France
Les ambiances au pied du mur : une expérience pédagogique autour des ambiances architecturalesA l’Ecole d’Architecture de Toulouse, 3 enseignants (C. Aventin, I. Fortuné, L. Floissac) et leurs invités (A. Chatelet, M. Paris et M. Risse) prennent le biais de la « paroi » comme élément d’ambiance, en la déclinant d’un point de vue technique, esthétique, sensoriel, économique, sanitaire et usager. Depuis fin février 2009, une option de master en école d’architecture, proposant de décortiquer les parois d’un point de vue technique et sensible, est l’occasion d’explorer leurs rôles configurateurs. Comment donnent-elles forme à l’espace et sens au lieu ? Comment interagissons-nous avec elles ? Comment les percevons-nous et quelles significations leur faisons-nous porter ? Répondre à ces questions, c’est, en quelque sorte, une façon de mettre les ambiances au pied du mur ! Le concept d’ambiance1, à la croisée de l’architecture et des sciences humaines, est ainsi mis à l’épreuve d’un dispositif apparemment simple à cerner. Apparemment seulement, car la paroi a de multiples visages et elle interagit d’une façon complexe et riche avec les ambiances. À première vue, la paroi peut être définie comme la limite d’un territoire, un élément physique figurant une séparation, matérialisant une frontière. La paroi peut démarquer l’intérieur de l’extérieur, l’espace privé de l’espace public, la ville de la campagne. Ce n’est pas qu’une limite, elle peut aussi mettre en dialogue les deux espaces qu’elle sépare. Par exemple, dans la maison japonaise traditionnelle, des parois coulissantes translucides séparent l’intérieur de l’extérieur et les différents espaces intérieurs entre eux. Selon son épaisseur, sa forme, sa (dis)position, la paroi peut être accueillante, se faire muraille ou même chemin de ronde, elle peut enfermer, soutenir, offrir un seuil ou dégager un passage. La paroi est éminemment sensible car nous la percevons avec nos sens et elle les stimule en retour. La paroi peut être tableau à contempler, parfum à humer, musique à écouter2, elle peut même être vivante lorsqu’elle se fait végétale. La paroi nous tient chaud – c’est le cas d’un mur trombe3 -, elle peut aussi nous donner froid. Elle nous protège lorsqu’elle se fait brise-soleil mais peut aussi nous apporter de la lumière. Elle nous préserve des regards et du vent, comme le fameux mur de la villa Malaparte derrière lequel, dans le film « Le mépris » (1963) de J-L. Godard, Brigitte Bardot prend un bain de soleil, à l’abri du vent et des regards. En arpentant bâtiments et espaces urbains quotidiens, nous nous tenons à distance des parois, souvent nous les longeons, parfois nous les frôlons ou encore nous y prenons appui. En tant que concepteurs, demandons-nous : quel rôle doit-on faire jouer à la paroi sensible ? Doit-elle mettre ses usagers au pied du mur en les assignant au rôle de contemplateurs ? Doit-elle être présomptueuse ? Ou au contraire doit-elle être rassurante, doit-elle protéger, envelopper, servir d’appui à ses usagers pour leur permettre de construire leur quotidien ? Loin de répondre à ces questions, cette expérience apporte de premiers éléments de définition de la paroi sensible à travers quelques-uns de ses visages. De nombreuses pistes restent à explorer afin de voir dans quelle mesure la paroi sensible est un élément d’ambiance et une « donneuse » d’ambiances. | Containing ambiance: an educational experiment in architectural ambiancesAt the School of Architecture in Toulouse, 3 lecturers (C. Aventin, I. Fortuné and L. Floissac) and their guests (A. Chatelet, M. Paris and M. Risse) take the “wall” as a component in ambiance, defining it from a technical, aesthetic, sensorial, economic, health and user point of view. Since the end of February 2009, one of the options in the Master’s curriculum at the School of Architecture gives students a chance to “break down” walls from a technical and sensory point of view and explore their roles in configuring space. How do they shape the space and the senses in that location? How do we interact with them? How do we perceive them and what meanings do we ascribe to them? Answering these questions is, you might say, one way of “containing” ambiance! The concept of ambiance1, a notion based on architecture and human sciences, is tested using a device that is apparently simple to define but appearances can be deceptive because there are several sides to a wall and it interacts with ambiances in a rich, complex manner. At first sight, a wall can be defined as a means of limiting a territory, as a physical element marking a separation or formally expressing a boundary. A wall can separate the interior from the exterior, private space from public space, town from country. Yet it is more than just a limit; it can also introduce dialogue between the two spaces it separates. For example, in a traditional Japanese house, translucent sliding walls separate the interior from the exterior and divide up the various areas inside the dwelling. Depending on its thickness, form and layout or position, the wall can be welcoming or become a rampart, even a parapet walkway. It can enclose, support, provide a threshold or create a passageway. A wall is eminently sensitive because we perceive it with our senses and it, in return, stimulates the senses. A wall can be a picture to be studied, a fragrance to be breathed, a piece of music to listen to2. It can even be a living entity if it is made of plants. A wall keeps us warm (in the case of a Trombe wall3, for example). It can also cool us. It protects us when it acts as a sunshade but it can also provide us with light. It maintains our privacy and protects us from the wind, like the famous wall in the Villa Malaparte behind which, in the film “Contempt” (1963) directed by J-L. Godard, Brigitte Bardot sunbathed, sheltered from the wind and hidden from prying eyes. As we walk past urban buildings and spaces in our everyday lives, we may keep our distance from the walls but often we walk close to them. Sometimes, we rub against them. We may even lean against them. As designers, we ask ourselves what role we should assign to a sensitive wall? Should a wall keep its users at a distance as mere onlookers? Should it be presumptuous? Or, on the contrary, should it be reassuring, protective, enveloping users, providing support for them as they go about their everyday lives? Far from answering these questions, this experiment provides the first steps to a definition of a sensitive wall through some of its facets but many ideas are yet to be explored before we will know to what extent the sensitive wall is an element in ambiance and a “provider” of ambiances. |
1. Amphoux P. et al. (2004) Ambiances en débat. Grenoble : A la Croisée. 2. Compagnie Décor Sonore (M. Risse, dir. artistique), création « Instrument-monument » > ![]() 3. Le mur Trombe repose sur le principe de l’accumulation d’énergie. Orienté au sud, il se compose d’une paroi vitrée derrière laquelle se situe un mur de briques ou de béton (un matériau à forte inertie). Entre les deux, l’air circule de bas en haut et s’échauffe au contact du mur. Une partie de cette chaleur est transmise lentement par rayonnement. | 1. Amphoux P. et al. (2004) Ambiances en débat. Grenoble : A la Croisée. 2. Compagnie Décor Sonore (M. Risse, artistic dir. ), creation of “Instrument-monument” > ![]() 3. A Trombe wall is based on the principle of accumulated energy. South-facing, it consists of a glass wall backed by a wall built of brick of concrete (a material with very high inertia). Between the two, air circulates from bottom to top and is heated in contact with the wall. Part of this heat is transmitted slowly by a process of radiation. |
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EDITO N°12
09/04/2009
Rainer Kazig
Géographe, chercheur associé au CRESSON et correspondant du réseau ambiances pour l’Allemagne et l’Autriche
Geographer, associated researcher at CRESSON and correspondent for ambiances network for Germany and Austria
Ambiances et culture ?Pendant que le « cultural turn » a atteint maintenant une grande partie des sciences sociales, la recherche sur les ambiances urbaines et architecturales semble d’être largement intouchée par ce développement. Il est vrai qu’on trouve (en Allemagne) plusieurs contributions sur les ambiances urbaines dans des recueils des «Études Culturelles». Mais en les regardant de près, on peut constater l’absence d’une analyse explicite du lien entre ambiances et culture. Si on cherche des orientations pour une possible culturalisation de la recherche sur les ambiances urbaines, il faut plutôt se diriger vers les conceptions de culture dans la sociologie de culture contemporaine. Il y a deux points de contact entre culture et ambiances qui se dessinent au premier regard pour moi en tant que géographe humain. Le premier part d’une notion de culture qui souligne que nos pratiques s’appuient sur des codes de signification et des systèmes de savoirs. Elle sous-entend l’existence d’une pluralité de codes et de significations qui sont une base importante de la différenciation de la société. La recherche sur les ambiances a considéré les ambiances jusqu’à présent comme une qualité de lieu en ignorant considérablement la possible pluralité d’approuver et de vivre l’ambiance dans un espace-temps donné. Une culturalisation de la recherche sur les ambiances dans le sens de la notion de culture mentionnée soulève la question d’une différenciation culturelle des ambiances et on peut se poser la question de savoir jusqu’à quel point on peut considérer une ambiance comme phénomène de résonance culturelle. Un deuxième point de départ s’appuie sur l’idée de culture comme un système de signification contingent. En sciences sociales, Il a mené vers une recherche qui analyse les règles et mécanismes de la construction sociale de la réalité. Pour une recherche sur les ambiances – qui se laisse inspirer par cette idée de culture – se pose la question de l’impact de l’apparition récente du concept des ambiances sur la notion de divers espaces publics ou privés. Autrement dit, il faut se demander si et comment le lien discursif entre le concept de l’ambiance et des catégories d’espace public ou privé a changé leur signification ou est en train de la changer. Un tel axe de recherche apporte, entre autres, une évaluation de la contribution de la recherche sur les ambiances sur la construction sociale des espaces. Une culturalisation de la recherche sur les ambiances urbaines et architecturales signifie de toute façon une ouverture supplémentaire vers des disciplines voisines. Une ouverture qui me semble fructueuse pour les deux parties. | Ambiance and culture?While the “cultural turn” has now been taken on board by many of the Social Sciences, research into urban and architectural ambiance seems to remain largely unaffected by this development. It is true that, in Germany for example, there have been a number of articles about urban ambiance in “Cultural Study” collections but, when they are studied carefully, it becomes evident that there is an absence of any explicit analysis of the link between ambiance and culture. If one is seeking guidelines on the possible culturalisation of research into urban ambiance, it is preferable to look at notions of culture in the contemporary sociology of culture. There are two points of contact between culture and ambiance that are obvious from the outset for me as a human geographer. The first starts from a notion of culture underlining the fact that our practices are based on codes of meaning and systems of knowledge. It implies the existence of a plurality of codes and meanings which form a major basis for differentiation within society. Research into ambiance has, until now, seen ambiance as the quality of a place while largely ignoring the possible plurality of approval for the ambiance and experiencing it within a given space-time. Culturalisation of research into ambiance in the sense of the aforesaid notion of culture raises the question of the cultural differentiation of ambiances and it is legitimate to wonder to what extent an ambiance can be considered as a form of cultural resonance. A second starting point is based on the idea of culture as a contingent system of meaning. In Social Sciences, it has lead to research analysing the rules and mechanisms of the social construction of reality. In researching ambiance (research which is inspired by this idea of culture), one is faced with the question of the impact of the recent appearance of the concept of ambiance on the notion of various public or private spaces. In other words, one has to ask oneself whether and how the discursive link between the concept of ambiance and categories of public or private space has changed, or is changing, their meaning. Such a line of research will, among other things, provide an evaluation of the contribution made by research into ambiance to the social construction of space. The culturalisation of research into urban and architectural ambiance creates an additional opening to neighbouring disciplines and such an opening seems to me to be worthwhile for both parties. |
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L’effet des mots (ou) les ambiances au rythme du vocabulaire“Le jeu savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière”. Tout au long du XXe siècle et aujourd’hui encore, cette formule magique a fait vibrer à l’unisson des armées d’architectes, travailleurs acharnés de l’espace, des formes, des volumes, des pleins et des vides, de la lumière et des ombres. Dominé par la figure du maître, l’enseignement du projet se résume encore trop souvent à ces quelques mots, incantations au pouvoir sacré infiniment énigmatiques. Les mots manquent, il faut bien le reconnaître. L’architecte ne sait plus parler sa langue. Alors il emprunte le vocabulaire des autres. Celui du mécanicien, de l’astronome, du militaire, du physicien, du philosophe, du mathématicien, du biologiste, du cinéaste, du musicien, de l’informaticien, …. La transposition, la métaphore, la fiction théorique sont-elles d’une nécessité absolue pour dire l’architecture ? “Savoir ce que chaque mot signifie” La préface écrite par André Félibien-des-Avaux dans l’ouvrage qui fut le premier dictionnaire de l’architecture en langue française nous rappelle comment les mots, comme le marbre, font l’architecture. Le mot juste permet d’éviter les malentendus sources d’erreurs calamiteuses lors de l’édification. Parler le même langage que les ouvriers, c’est les aider à exécuter “ les choses comme on se les est imaginées ”. Les paroles selon Félibien permettent également de dépeindre “ comme autant de coups de pinceaux […] les images des choses ” qui se forment dans l’esprit de l’architecte. Bref, il est indispensable “ de savoir ce que chaque mot signifie ” car cette rigueur sert à traduire les intuitions et les intentions. Derrière la logique constructive des mots se cache la saveur des ambiances qu’ils convoquent. Dire l’architecture Avant d’être une histoire d’espaces, les ambiances sont d’abord une affaire de construction. Joints pleins, refendus, saillants, rubannés, joints en chanfrein-double, joints creux, en canal, en anglet ou joints creux chanfreinés pour ne citer que les 9 sortes de joints de maçonnerie répertoriés dans l’illustration n°54 du dictionnaire de l’architecture de Jean-Marie Pérouse de Monclos, toutes ces mises en œuvre commandent des effets graphiques qui accentuent ou effacent les contrastes d’une façade, selon entre autre la taille, la nature des matériaux assemblés, l’implantation et l’orientation de la paroi construite. Il est urgent de raviver un vocabulaire précis, approprié et plein de charme – j’ose à peine dire savant, correct et magnifique, capable de raconter la richesse et les qualités infinies de nos environnements construits, car ce qui s’énonce clairement s’édifie bien et les ambiances qui en résultent s’épanouissent alors de toutes leurs forces. Qu’elle chuchote, qu’elle parle ou qu’elle chante, l’architecture raconte ce qu’elle est. Une architecture sans mots serait dépourvue d’ambiances et réduite à néant. classiques. | When words make ambiances"The learned game, correct and magnificent, of forms assembled in the light”. For nearly one century now, armies of architects have been fascinated by the magic of this famous sentence. As painters work the paste, architects do work space, forms, volumes, solids and holes, light and shadows. According to the rules decreed by the Master, design in architecture is still often taught with the same few words which sound like enigmatic and holy prayers. Undoubtedly, there is a lack of words. Architects don’t seem to speak their language any more. Most of the time, they use vocabulary from other fields : medicine, astronomy, military art, physics, philosophy, mathematics, biology, movies, music, computer sciences, … Are transposition, metaphors or theoretical fictions really useful to tell us about architecture ? "To know what every word means” In the preface of the first French dictionary of architecture he wrote, André Félibien reminds the reader how architecture is made of words as well as marble. Architects need to use the right words to avoid mistakes in construction. They absolutely have to speak the same language than craftsmen so that “ they can build things as one plans them ”. According to Félibien, words are also “ as many paintbrush touches […] making the image of things ” architects have in their minds. Finally, it is useful “ to know what every word means ”, because this precision is necessary to explain intuitions and purposes. The roughness of craftsmen’s words also describe the finest ambiences. Telling about architecture Ambiences are not only coming from space properties, but they depend on construction principles. In the dictionary of architecture Jean-Marie Pérouse de Montclos wrote, the 54th illustration describes no less than 9 kinds of brick joints . According to the size and the colour of bricks, or the location and orientation of a wall, each of these brick joints gives its own graphic quality to a façade when the sun shines. That is why it is urgent to rediscover the precision, the richness and delight of the vocabulary of architecture — the learned words, correct and magnificent, of the numerous qualities of our built environment. What is clearly explained is easy to build and strengthen ambiences as well. Whispering, speaking or singing architectures tell us no more than what they are. Without any words, architecture would enclose no ambiences. It would be condemned to disappear. |
D’Aviler (Charles-Augustin), Dictionnaire d’architecture civile et hydraulique et des arts qui en dépendent, Paris : Jombert, 1755 Batteux (Abbé), Les Beaux-Arts Réduits à un même Principe, Paris : Durand, 1747 Félibien (André), Des Principes de l’Architecture, de la Sculpture, de la Peinture, et des autres Arts qui en dépendent. Avec un dictionnaire des Termes propres à chacun de ces Arts, Paris : Coignard, 1676 Pérouse de Montclos (Jean-Marie), Architecture, méthode et vocabulaire, Paris: Monum, éditions du patrimoine, 2002. First edition 1972 Rasmussen (Steen Eiler), Experiencing architecture, Cambridge : MIT Press, 1997. First edition 1959 |
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EDITO N°10
09/03/2009
Thomas Ouard
Architecte, doctorant au laboratoire CERMA, ENSA Nantes, France
Architect, PhD candidate at CERMA lab., ENSA Nantes, France
Réseau ambiances et doctorants : le dixièmeSans doctorant pas de recherche. Il est un fait admis qu’une grande part de la production scientifique est réalisée par les étudiants de la filière doctorale. Mon propos visera donc à rappeler, ainsi qu’à appeler, la présence de cette catégorie de chercheurs, les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leurs travaux sur les ambiances ainsi que l’enjeu pour le réseau de ne pas les laisser sur le bord du chemin. Parce que la recherche sur les ambiances ne se fonde pas sur un territoire scientifique cohérent et homogène, les relations entres doctorants, et avec leurs pairs, sont souvent restreintes à une proximité géographique voire spatiale. Chaque lieu où se pense l’ambiance a ainsi produit son propre champ de connaissance sur le thème. La connaissance vient de la conscience que j’ai des choses, une recherche qui n’est ni lue ni entendue n’existe pas. Si l’enjeu de la recherche est d’acquérir cette connaissance, une des difficultés du jeune chercheur, travaillant sur un domaine encore très confidentiel, consiste déjà à savoir ce qui se fait et se pense au-delà du périmètre établi par sa structure d’accueil. La recherche est une action collective, le travail des uns servant de référence aux autres, eux même produisant des savoirs pour les suivants et ainsi de suite. Cette méconnaissance de l’autre ne fait que desservir l’avancée globale du savoir sur les ambiances. L’adage « publie ou meurt » n’épargne pas le jeune chercheur en ambiance. Notons que la pluridisciplinarité implique deux difficultés à surmonter. D’une part, le jeune chercheur pluridisciplinaire n’a d’autre choix que d’arpenter les terres des spécialistes, toujours en porte à faux et jamais vraiment à sa place. Et s’il est souvent bien accueilli (pas toujours), il n’en restera pas moins une bête étrange dans un univers où la spécialisation règne en maître. D’autre part, les savoirs se retrouvent disséminés : ici dans une conférence de sociologie, là dans un ouvrage d’histoire, ailleurs dans une journée d’étude de physique du bâtiment. La création du réseau, en septembre dernier, marque une prise de conscience générale que la recherche sur les ambiances ne saurait progresser sans fonder son propre territoire ni s’ouvrir aux autres. L’enjeu est grand, les risques le sont tout autant de n’être à l’arrivée qu’un outil de propagande des dogmes établis ! Tout objet en devenir porte en lui de l’espoir. Pour le doctorant ce pourrait être de trouver une place, un moyen d’ouverture vers ses semblables, de faciliter la diffusion des savoirs, et plus globalement d’aider à surmonter les difficultés de la pluridisciplinarité. Faut-il encore que le réseau prenne acte de cette force d’impertinence, peut-être immature, mais porteuse de renouveau si tant est qu’on lui accorde une place et une liberté sans s’inquiéter de ses écarts. Faire du doctorant un partenaire de choix ne serait pas qu’œuvre de charité de la part du réseau, c’est aussi prendre conscience qu’il contribuera à sa pérennité, car demain ce seront eux qui conduiront cet embryon à la maturité. Alors, le doctorant sera-t-il le dixième du réseau ? Voici quelques pistes qui pourraient être explorées pour ancrer la place du doctorant dans le réseau :
| Ambience network and PhD students: the tenthNo research can be done without PhD students. It’s a fact that a big amount of the research is done by PhD students. The purpose of this edito is to remind to the network members the presence of these students, to call these junior researchers to join the network, to explain the difficulties in our work about ambience which is a multidisciplinary subject, and to recall the fact that the network must not forget us, the PhD students. Because the research on ambience isn’t build on a coherent and homogeneous science territory, the relation between PhD students, and our peers, is often limited to a geographical or spatial proximity. Each place on the world where people think about ambiences has built its own theory and knowledge about it. The knowledge comes with the consciousness that we have of the objects. An unread or unlisten research don’t exist. Obviously, one of the goal of the research is to know the result and the reflection of the other people : don’t redo what is already did. The research is a collective action, the result of one is a reference for another, and become a knowledge for another, and so on and so forth. The challenge for the young researcher is to find the works of other, and it’s not always easy particularly in this field. “Publish or perish” is also a guillotine above the head of early-stage researcher. And it will be more problematic when your subject is a multidisciplinary object. Ambiences aren’t related to a single scientific discipline, consequently the knowledge is dispersed : here on a sociological conference, there on an historical proceeding, sometimes in a workshop about building physics… To publish, the young researchers have to go into the territory of the specialists, always walking a tightrope and rarely feel to be at the good place. If the multidisciplinary young researcher is most often welcome (not always), he will be often a strange beast in this universe of specialist. The ambience network creation, during the last September, reveals that ambience researchers become aware that ambience knowledge couldn’t progress without setting up his own territory, and a worldwide relationship. It’s a huge stake, but the risk is that this network would become a propaganda tool for only few ambience churches! Any becoming object carries many hopes. For the PhD student it could be to find his own place and an opening toward his peers. Nethertheless the network communities must be conscious of this impertinence strength, sometime immature. But the PhD student is one way for a renewal of the ambience knowledge, if we grant him a place and a freedom without worrying about his twisted ideas. Making PhD student a choice partner isn’t a charity, but it’s to be aware that the young researcher is the one which could ensure the sustainability of the ambience network. Tomorrow, few young researchers could have the responsibility of the network development, in order to lead this embryo to maturity. The early-stage researcher will be the tenth of the network? Below some way to involve young researchers in the ambience network:
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Référence d’ambiances tunisiennesLa production de Jacques Marmey, figure emblématique de la reconstruction en Tunisie (1943-1955), continue de faire référence, dans l’alliance des codes de la modernité et de la tradition locale. Elle a fait l’objet d’études [Beguin F. 1983, Breïtman M. 1986] qui jusqu’à présent se sont limitées aux seuls aspects morphologiques ou stylistiques. Un passage au crible de l’ambiance du lycée de Carthage, la plus remarquable de ses réalisations, a révélé des propriétés sensibles, encore ignorées des études en question, qui semblent bien être à l’origine de sa valeur référentielle. Moins bien conservés, la petite école de Porto-Farina (actuel Ghar El Melh, 1945) près de Bizerte, et le contrôle civil de Bizerte-Zarzouna (1946-1950) sur la côte Nord de la Tunisie, figurent parmi ces réalisations dont il serait également intéressant d’interroger l’ambiance. Habituellement, on attribue la justesse de cette production moderniste dans le contexte local à la présence d’éléments traditionnels comme le mur, l’arc, la voûte ou le claustra. Il est pourtant facile d’admettre que ces éléments ne sont pas une exclusivité tunisienne locale et que leur usage est largement généralisé dans tout le bassin méditerranéen depuis la plus haute antiquité. Par contre, il apparait d’emblée que ces ensembles construits à la fin de la seconde guerre mondiale sont caractérisés par leur ouverture sur l’environnement. Cette ouverture est obtenue par l’insertion des masses bâties dans le paysage (Fig. 2, Fig.4) et l’utilisation de dispositifs aux limites poreuses (Fig. 1, Fig. 3, Fig. 5) : les rampes, les galeries souvent doublées, les préaux supportés par de larges piles en maçonnerie… définissent comme dans le lycée de Carthage, des espaces couverts ouverts aux limites complexes, à la fois épaisses et perméables. Double peau formant écran de l’extérieur, elles dessinent néanmoins des perspectives d’accès spécifique au paysage et à autrui depuis l’intérieur. C’est en jouant essentiellement sur ces « frontières positives » (dirait Kant), que J. Marmey « recrée » une ambiance vécue et compose une architecture à la fois moderne et située. S’accorderait-on à admettre avec Chris Younès que « L’architecture établit des limites et des passages pour configurer un monde alors que l’illimité (en grec l’apeiron) est inhabitable » ? Quel autre outil que l’ambiance au cœur même de la limite entre l’objet et le sujet, l’individuel et le collectif, le culturel et l’universel, parviendrait à lever le voile sur ces entrelacs ? Dimensions sensibles peu envisageables et peu étudiées par les analyses formelles classiques. | Tunisian atmospheres referenceThe production of Jacques Marmey, one of the most figures of the reconstruction in Tunisia (1943-1947), constitutes reference, in accordance with modern and local traditional architectural codes. It was the subject of studies [Beguin F. 1983, Breïtman M. 1986] which until now are only limited to morphological or stylistic aspects. The study of the atmosphere characterization of the “lycée de Carthage”, one of his most important architectural works, revealed sensible proprieties, still ignored by classical investigations, which appeared decisive factor for his value. The small school of Porto-Farina (present Ghar –El –Melh, 1945) near Bizerte and the civil control of Bizerte-Zarzouna (1946-1950) on the north Tunisian coast are less preserved among the realisations that will be interesting to investigate atmosphere. Usually the pertinence of this modern production in the local context is attributed to the presence of traditional architectural elements like wall, arch, vault or stone railings. But it’s easy to admit that these elements are not exclusively Tunisian, in contrast their use goes back to time immemorial in the entire Mediterranean basin. On the contrary, it is obvious that these elements built at the end of the Second World War are characterized layout. Such opening is obtained by the insertion in landscape (Fig. 2, Fig.4) and use of layout with porous limits (Fig. 1, Fig. 3, Fig. 5): ramp, gallery usually doubled, covered part of playground supported by large masonry (stone work?) pier,…, define, like in the “lycée de Carthage”, covered open spaces with complex limits, both thick and permeable. Double skins making up screen outside, they draw specific access perspectives to landscape and others inside. Playing essentially with these “positive frontiers” (will say Kant), J. Marmey creates atmosphere which has been lived trough and composes a both modern and placed architecture. Shall we admit in accordance with Chris Younès that “the architecture establishes limits and crossing to configure a world while the unlimited (apeiron in Greek) is uninhabitable”? Which other tool than atmosphere, which is in the heart of the limit between object and subject, individual and collective, cultural and universal, could lift the veil? Sensible dimensions which are unconceivable by the classical and formal analysis. |
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EDITO N°8
27/01/2009
Stéphane Tonnelat
Chargé de recherche CNRS, Laboratoire LOUEST, Paris, France. Stéphane Tonnelat travaille avec William Kornblum sur une étude ethnographique du métro de New York et avec Michèle Jolé sur une étude des usages et du fonctionnement des jardins parisiens.
CNRS Researcher, LOUEST Lab., Paris, France. Stéphane Tonnelat works with William Kornblum on an ethnographic survey of New York Subway. He also works with Michele Jolé on a research concerning uses within Parisian gardens
Did you say “ambiance“ ? Comment traduire un terme polysémique ?Ambiance, ambience ou atmosphere ? Noha Said et moi-même nous sommes récemment penchés sur la question de la traduction du concept d’ambiance en anglais scientifique. En anglais courant, les trois mots existent et sont synonymes. Dans les sciences sociales et en architecture, ces mots apparaissent de façon sporadique, mais ils ne sont presque jamais définis. Pour Goffman, par exemple, « l’atmosphère » est largement déterminée par des situations formelles et spécifiques comme la conversation : "On sent régner une ambiance émotionnelle particulière, et prévaloir un accord de politesse tel que des participants en désaccord peuvent accepter temporairement de s’entendre sur des questions de faits ou de principes." Le seul texte explicite que nous ayons trouvé est l’article d’un architecte, E. White, intitulé "Path, Portal, Place" ("Allées, Portes, Places") dans lequel les espaces publics urbains sont segmentés en trois composants : le contenant (ou la forme bâtie), l’ambiance (ou l’expérience émotionnelle du lieu) et l’activité (ou la présence et les comportements humains). De fait, j’ai remarqué au colloque "Faire une ambiance", organisé l’automne dernier à Grenoble, que les architectes étrangers, ou les enseignants en école d’architecture, n’avaient aucun mal à utiliser les mots ambiance ou atmosphère. Par contre, les chercheurs en sciences sociales étaient moins présents au colloque et surtout, ils n’utilisaient pas ces mots. C’était d’autant plus intriguant que certaines des méthodes développées par les français pour décrire l’ambiance, comme les parcours commentés, sont très proches de méthodes utilisées par les sciences sociales américaines. Par exemple, la sociologue urbaine Margarethe Kusenbach propose le go-along comme une méthode à mi-chemin entre les entretiens et l’observation participante. Elle défend son utilité pour approfondir la compréhension des relations que les individus construisent avec leur environnement social et spatial. Pourtant, elle n’utilise pas le mot ambiance ou ses équivalents et elle ne recherche pas non plus de récurrences sensorielles comme une première étape vers des éléments de projet architectural et urbain. Une des différences les plus intéressantes entre les deux approches tient peut-être au fait que les go-along doivent être pratiqués dans des espaces quotidiens où les personnes ont des attachements particuliers qui rendent leur expérience unique, tandis que les parcours commentés semblent plus orientés vers des espaces publics plus anonymes où, grâce a une forme d’étrangéité, les perceptions individuelles peuvent acquérir des caractéristiques communes ou partagées, en partie dues à la disposition spatiale des lieux. Il y aurait donc deux sens en concurrence : alors qu’en France, l’ambiance décrit plutôt une expérience sensorielle du lieu, aux Etats-Unis, elle tendrait plutôt vers une expérience sociale du lieu. Ne pourrait-on trouver un terrain commun dans une exploration des dimensions sociales des sens ? | Did you say “ambiance“? How to translate a multi-meaning word?Ambiance, ambience, or atmosphere? Noha Said, now a doctoral student at CRESSON, and I have been reflecting on a possible translation of the French concept of ambiance into English. In common language, all three words are possible. In the social sciences and in architecture, the words come up sporadically in the writings of a few authors, but they are rarely, if ever, conceptualized. For Goffman, the « atmosphere » is largely defined by a specific formal situation such as the conversation: "A particular ethos or emotional atmosphere is allowed to prevail. A polite accord is typically maintained, and participants who may be in real disagreement with one another give temporary lip service to views that bring them onto agreement on matters of facts and principles." The only explicit text that we found, is an article, "Path, Portal, Place" by an architect, E. White, where the public spaces of the city can be segmented into three components: the container (or the built form), the ambiance (or the emotional experience of place), and the activity (human presence and behavior). Indeed, I noticed at the international conference "Making an atmosphere", organized last fall in Grenoble, that Anglo-Saxon architects or faculty of schools of architecture were not reluctant to use the words ambiance or atmosphere. On the other hand, I noticed that there were fewer speakers from the social sciences attending the conference and that they were not using the word ambiance as much. It was all the more intriguing that some of the methods developed by the French Researchers to uncover « ambiances », such as the parcours commentés, are also being used in the American social sciences. For example, urban sociologist Margarethe Kusenbach proposes the « go-along » as a method in between interviews and participant observation to deepen the understanding of the relationships that individuals develop with their social and spatial environment. Not only does she not use the word ambiance or an equivalent, but she is not even looking for sensorial recurrences that would allow some steps toward architectural design. But one of the more interesting differences between the two methods perhaps lies in the fact that the go-alongs are to be practiced in everyday spaces where people have diverse « place attachments » that contribute to making their experience unique. On the other hand, the parcours commentés may be better suited to more anonymous places, where, because of a form of estrangement, perceptions can acquire more common or shared characteristics, in part determined by the physical layout of space. So there seems to be two competing meanings: while in France, ambiance describes more of a sensorial experience of place, in the US, it seems to veer towards a more social experience of place. Could common ground be found in an exploration of the social dimensions of the senses? |
Références * Goffman Erving. 1974 [1967], Les rites d’interaction, Paris: Editions de Minuit, p. 34. Traduit par Alain Kihm. * Said Noha. 2008, « Traduire l’ambiance ? Un essai de comparaison des vocabulaires scientifiques francais et anglo-saxons », Mémoire de master recherche en urbanisme, sous la direction de Stéphane Tonnelat, Institut d’Urbanisme de Paris. * Kusenbach Margarethe. 2003, "Street phenomenology: the go-along as ethnographic research tool", Ethnography, Sage Publications, vol.4, No. 3 * White E. 2007, "Path, Portal, Place", in Carmona M. and Tisdell S., Urban Design Reader, Architectural Press, Elesvier, pp. 185-198 |
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EDITO N°7
05/01/2009
Grégoire Chelkoff
Architecte, professeur à l’ENSA de Grenoble, Directeur du CRESSON, France
Architect, professor ENSA Grenoble, Director of CRESSON, France
Poïétique des ambiances architecturales et urbaines : les mises en œuvre de l’expérienceLes multiples dimensions que l’idée d’ambiance articulent peuvent dérouter celui qui en interroge la faisabilité et les différentes modalités de création. Point de recettes ni de voies toutes tracées. Partant que l’environnement est à concevoir comme façonnant et façonné, la perspective qualitative proposée dans ce court texte est d’envisager une approche poïétique dont l’objet est d’étudier l’ambiance mise en oeuvre par l’usage ordinaire des espaces. C’est en même temps la manière dont le lieu s’imagine en nous et « s’énacte » dans nos pratiques, qui forment l’ambiance, on pourrait dire : qui font œuvre d’ambiance. Penser l’ambiance en architecte, et penser l’architecture comme ambiance, c’est alors considérer les manières dont les dispositifs spatiaux et matériels initient ou prédisposent certaines formes d’expérience composant avec les flux (lumière, chaleur, son, mouvement) et qui sont prégnantes et significatives dans l’accomplissement sensible de la vie quotidienne. Les formes d’expérience sont à envisager dans toute leur banalité mais aussi dans toute leur force de façonnage. Monter un escalier, traverser une rue, se mettre au balcon, marcher sur un sol, s’appuyer contre une paroi, appeler de sa fenêtre, tourner un angle de rue, passer une porte, se caler dans une embrasure, chacune de ces situations peut être pensée comme forme d’expérience spécifique faisant de l’environnement une œuvre en cours qui nous implique. A l’idée plastique séduisante de l’œuvre comme « jeu savant et correct des volumes sous la lumière » vient se greffer une autre dimension oeuvrante de l’architecture qui pourrait être celle des jeux savants du corps et de la lumière dans l’exécution d’un mouvement humain. Cette poïétique des ambiances ordinaires demande l’accumulation d’expériences directes qualitatives pour établir un socle de connaissance empirique argumenté. L’observation en est un enjeu primordial, tant par les phénomènes saisis que par le processus même d’observation. Observer consisterait à dégager des formes d’expérience de l’environnement mettant l’usage et l’action à l’oeuvre. Est ce que ce ne serait pas être sensible à ces « sollicitations formelles » qu’évoquait Valéry1, dans lesquelles la forme gagnerait en antériorité sur le sens ? C’est alors que, peut être, les compétences d’observation peuvent se traduire en compétences de projétation. L’observé n’est pas reproductible, il est seulement dépassable, inspirateur, distillateur de nouvelles sollicitations. 1. Voir C. Thérien : « Valéry et le statut « poïétique » des sollicitations formelles de la sensibilité », Les études philosophiques, n° 3, 2002 | The poietics of architectural and urban ambiences: making use of experienceThe many dimensions contained in the idea of “ambience” can be confusing for anybody considering the feasibility and various conditions of creativity. There are no recipes or predefined paths. Based on the idea that the environment should be designed as a structuring and structured element, the qualitative perspective proposed in this short text requires the use of a poietic approach to study the ambience introduced by the ordinary utilisation of space. It is both the way in which the place is imagined in our minds and the way in which it is “enacted” in our everyday life that form ambience. In fact, one might almost say that they create a work of ambience. Thinking of ambience as an architect and thinking of architecture as an ambience means considering the ways in which spatial and material devices initiate or predispose certain types of experience that combine flows of light, heat, sound and movement. These flows are relevant and significant in the sensitive accomplishment of everyday life. Forms of experience should be envisaged in all their banality and also with all their strength as structuring elements. Climbing a flight of steps, crossing a street, going out onto a balcony, walking, leaning against a wall, calling from a window, turning the corner of a street, going through a door, standing in the doorway – all these situations can be seen as a specific form of experience, making the environment a work in progress, a work that involves us. The attractive aesthetic idea of a work as the “skilful, correct play of volumes under light” is extended by another structuring dimension of architecture that might be called the skilful play of the body and light in the performance of a human movement. The poietics of ordinary ambiences demand an accumulation of direct, qualitative experiences if we are to establish a well-reasoned basis for empirical knowledge. Observation is an essential issue, because of what is seen as much as because of the process of observation itself. Observation means outlining forms of experience in the environment that involve use and action. This is, arguably, a type of sensitivity to the “formal demands” described by Valéry1, in which form precedes sense. It would perhaps suggest that observational skills can be translated into projectional skills. What is observed cannot be reproduced; it can only be exceeded. It is inspirational. It distils new demands. 1. See C. Thérien: “Valéry et le statut “poïétique” des sollicitations formelles de la sensibilité”, Les études philosophiques, Issue 3, 2002 |
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- Edito N°6 - Comment je vois les choses... | How I see things..., Marc Crunelle
- Edito N°5 - Construire un corpus de références orienté ambiance | Building a set of ambience-related benchmarks, Jean-Pierre Péneau
- Edito N°4 - Apprivoiser les bruits | Tame the Sounds, Pascal Joanne
- Edito N°3 - Evaluation du paysage sonore urbain | Urban soundscape assessment, Catherine Sémidor
- Edito N°2 - Des ambiances au territoire | From ambiances to territories, Jacques Teller
- Edito N°1 - L'ambiance dans tous les sens | Ambiance in every sense, Jean-Paul Thibaud
Comment je vois les choses...Pour moi, tenir compte des ambiances en architecture1, c’est :
| How I see things…For me, taking ambiance into account in architecture1 means:
Translation by Laura de Caro, Licence of Communication and Media, University of Turin, currently researching on the soundscape. |
1. L’auteur propose que la notion d’ambiance serait « la prise en compte de l’espace architectural au moyen des différentes modalités sensorielles dans le but de rendre plus riche fonctionnellement, émotionnellement et psychologiquement notre vécu spatial ». |
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EDITO N°5
11/12/2008
Jean-Pierre Péneau
CERMA, Professeur émérite, ENSA Nantes, France
CERMA, Emeritus professor, ENSA Nantes, France
Construire un corpus de références orienté ambianceEn introduction de la session « Représentation » du Colloque de Grenoble, j’avais appelé l’attention sur l’importance du « refaire », souhaitant par là insister sur le rôle des mécanismes référentiels et sur leur pertinence pour le développement d’une projectuelle de l’ambiance. Faut-il rappeler que le jeu sur la référence n’est en rien la duplication à l’identique de modèles jugés exemplaires ? Il s’agit bien plutôt du schème de la reprise de l’écart, du recours en décalage. La procédure appelle en effet tous les mécanismes de l’analogie, du détournement, voire de la subversion. Les édifices ou les aménagements, sur lesquels prennent appui ces opérations, forment « corpus de référence ». Mais on sait bien que, dans la sphère architecturale, la sélection est marquée par la tyrannie de l’apparence ; par un privilège fort donné au seul registre du visible. Comment la thématique de l’ambiance peut-elle venir se greffer sur une inclination aussi fortement ancrée dans la pratique projectuelle ? Sans dénier le potentiel plastique des réalisations remarquées et le plus souvent remarquables ainsi valorisées, il convient de les réinterroger et d’examiner la manière dont elles satisfont ou non aux exigences de ce qu’on pourrait appeler : la « qualité ambiantale ». Celle-ci sera mesurée à l’aune des réponses heureuses recueillies dans les différents registres du sensible. L’évaluation de la performance en la matière devrait déboucher sur un choix raisonné de réalisations. Qu’elle porte sur une relecture des œuvres phares ou qu’elle s’intéresse à des réalisations moins connues, elle devrait – de manière idéale – établir un florilège d’objets construits et vécus, conciliant de manière heureuse : qualité plastique, agrément et qualité d’usage. La construction sélective de ce corpus passe par l’étude fine des édifices et des villes du vaste monde, saisis dans les temporalités passées et présentes. Il y a là nécessité d’une accumulation coordonnée et patiente. Elle ne peut trouver son efficacité et prendre son sens que dans l’effort collectif d’un réseau international. Le réseau sur les ambiances me semble tout désigné pour en organiser le déploiement. Enfin, on ne saurait trop insister sur la nécessaire dynamique qui doit caractériser l’utilisation d’un tel corpus. Chaque concepteur doit pouvoir prendre vis-à-vis de celui-ci sa marge de distance et d’autonomie. Je tiendrai ici le discours de l’enseignant, soucieux de transmettre un savoir reconnu et partagé, mais donnant aussi les moyens de sa remise en question et de son appropriation personnalisée ; bien persuadé que l’une et l’autre opération sont à la source de toute évolution, de toute innovation et de tout dépassement. | Building a set of ambience-related benchmarksAs an introduction to the “Representation” session at the conference in Grenoble, I drew attention to the importance of “re-creation”. In doing so, I wanted to emphasise the role of benchmark mechanisms and their relevance for the development of an ambience-based project method. It should be remembered that the use of benchmarks does not mean creating carbon copies of models deemed to be exemplary. It is more a question of re-using what is different, having recourse to offsets. The procedure draws on all the mechanisms of similarity, conversion, even subversion. The buildings or layouts on which such schemes are based form the “set of benchmarks” but it is well-known, in the architectural field, that selection is subject to the tyranny of appearance, to the importance placed on aspect alone. How can ambience be grafted onto a trend so strongly entrenched in the methodology of projects? Without denying the plastic potential of the well-known and, in most cases, remarkable buildings enhanced in this way, it is useful to look at them again and reconsider the way in which they satisfy, or fail to satisfy, what we might call “quality ambience”. This will be measured in terms of a happiness response, an appeal to one of the senses. An evaluation of success in this respect should lead to a reasoned choice of buildings but whether the evaluation leads to a reconsideration of flagship buildings or concentrates more on less well-known constructions, it should (ideally at least) establish a range of buildings and experiences that successfully combine plasticity, aesthetics and quality of use. This set of quality ambiences is created selectively by meticulously studying buildings and towns all over the world, buildings and towns that are anchored in the past and present. This is an accumulation of knowledge, requiring patient, coordinated effort. It can only be effective and meaningful through the collective efforts of an international network and the ambience network seems to me to be the most appropriate way of organising its deployment. Finally, I cannot over-emphasise the dynamic that should be the main characteristic of the use of such parameters. Designers must be able to distance themselves from the parameters and retain their independence and individualism. At this point, I have put on my teaching hat – I am anxious to pass on recognised, shared knowledge while, at the same time, giving you the means to question received wisdom and take it on board within your own personal expertise because I am convinced that both these undertakings form the basis of all development, innovation and excellence. |
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EDITO N°4
11/12/2008
Pascal Joanne
CERMA, ENSA Nantes, France
CERMA, ENSA Nantes, France
Apprivoiser les bruitsL’étudiant architecte est très vite habitué à représenter ses intentions dans l’univers strictement visuel. Au constat que seul ce qui est perceptible visuellement sera rendu visible dans la mise en forme du projet, les autres qualités sensorielles, et particulièrement les phénomènes sonores, se trouvent délaissées. A l’Ecole d’Architecture de Nantes, une expérience pédagogique vient d’être menée, reposant sur le concept de design sonore. L’objectif est d’inciter les étudiants à prendre les sons et les bruits comme des « matériaux » de l’environnement, qu’il faut connaître, appréhender et savoir utiliser. Parmi les idées de projets ou d’analyses que nous leur avons proposées, l’une d’entre elles, « MACHINES A SONS / MACHINES A BRUITS », est un travail à caractère inventif. Il s’agit de concevoir un « instrument à bruits », capable de produire des sons rares ou « inouïs ». Un groupe d’étudiants a ainsi réalisé un étonnant « AQUARIUM SONORE », dans lequel se déplacent, non pas des poissons, mais des bruits d’objets qui s’entrechoquent. D’autres étudiants ont répondu à une deuxième thématique en réalisant un « répertoire des onomatopées architecturales et urbaines ». Ils ont recensé des catégories sonores en prenant appui sur la littérature de bande dessinée qui est une source formidable de représentation des bruits. D’autres ont eu l’idée de composer une « partition onomatopéique », et un autre groupe a suivi un parcours urbain rendant compte des comparaisons très riches entre les onomatopées françaises et coréennes. Enfin une troisième piste, « RECIPIENTS SONORES » repose sur une analogie audacieuse. Certains objets ordinaires détiennent un potentiel de bruitage surprenant, auquel on prête rarement attention. En fonction des manipulations qu’on lui inflige, une simple feuille de papier peut émettre un tremblement, une déchirure, un froissement ou même un claquement et, roulée en cornet, servir de porte-voix. « Récipients sonores » désigne donc un ensemble d’objets qui une fois saisis, manipulés ou transformés, « déversent » du bruit comme un récipient renversé son contenu. De nombreux étudiants se sont emparés de cette idée et ont proposé des jeux auditifs basés sur la reconnaissance sonore des objets. D’autres ont su montrer l’incroyable contenu sonore de la petite cuillère ou du modeste tube en carton ! | Tame the SoundsThe students in architecture usually show their intentions in a strictly visual world. They only express visually perceptible elements when designing, so others sensitive functions, and particularly sounds, are given up. At the School of Architecture of Nantes, a pedagogical experience has been carried out on sound-design concept. This experience aims at encouraging students to use sounds and noise as “materials” of architectural or urban environment. So they will be used to integrate these sounds in their own setting up design. Among the project or analyze issues we proposed, “SOUND MACHINE / NOISE MACHINE” is a creative work where students have to create a “noise instrument” able to produce rare or extraordinary sounds. A group of students made this way a surprising sounding aquarium where, instead of fish, noises of floating objects are moving, knocking together. An other group of students answered to the second issue with a catalogue of architectural and urban onomatopoeia. They have listed sounds and noises categories by referring to the comic strip literrature which is a great source of sounds visualization. Others students had the idea to compose an “onomatopeique” score; and a last group followed a path in the streets of Nantes to record sounds and compare their transcription in French and Corean onomatopoeia. Finally, a third issue: “sounding containers” is based on a daring analogy. Some ordinary objects hold a wide potential of sound effects, in which people rarely pay attention. According to the sorts of handling, a simple sheet of paper can emit a trembling, a tearing, a crush or a flapping, and roll in cone, serves as a megaphone. In this exploring work, “sounding containers” mark out a set of objects. Once they are taken, handled, transformed, these objects let noise pour out as a normal container does with it content. Many students got hold of that idea and proposed audio games based in sound recognition. Others showed the surprising sound content of the spoon or of the common cardboard tube! |
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EDITO N°3
08/10/2008
Catherine Sémidor
GRECAU, ENSAP Bordeaux, France
GRECAU, ENSAP Bordeaux, France
Evaluation du paysage sonore urbainDe nombreux travaux s’appuient sur le concept de paysage sonore proposé par R.M. Schafer, compositeur canadien auteur de « The tuning of the world» . Ils relèvent autant d’une approche esthétique que scientifique. Certaines de ces études se donnent comme objectif de décrire, d’analyser, de qualifier l’environnement sonore urbain. Partout dans le monde, les chercheurs, qui peuvent être acousticiens, musiciens, architectes, urbanistes, paysagistes, géographes, sociologues, psychologues de l’environnement,…, et qui s’intéressent à cette thématique, ont développé des méthodologies nouvelles qui mettent en avant le côté sensible et/ou le côté quantifiable de l’évaluation des ambiances sonores urbaines. Au GRECAU-Bx la méthode utilisée, appelée promenade sonore, s’inspire de l’approche proposée par K. Lynch qui envisage la ville à travers des parcours urbains. Des enregistrements audionumériques binauraux sont effectués, pendant une demi-heure environ, le long d’un itinéraire qui emprunte des formes urbaines différentes. Tout au long de ce circuit de nombreuses photos sont prises, permettant de garder de fait une trace des morphologies traversées et des activités qui se sont déroulées durant la promenade. En particulier il est important de pouvoir confronter pour certaines sonoscènes (évènements sonores signifiants), les impressions auditive et visuelle. On peut trouver une description détaillée de la méthode dans Listening to a city with the soundwalk method. Special Issue « Soundscape» Acta Acustica united with Acustica, vol. 92, 959-964. Pendant longtemps la prise en compte de la complexité du paysage sonore pour étudier l’aménagement de l’espace public a été uniquement un objet de recherche. Les cartographies de bruit sur lesquelles s’appuie la réglementation en acoustique urbaine ayant montré leurs limites, l’évaluation du paysage sonore devient un moyen complémentaire pour qualifier plus globalement l’environnement sonore urbain. La création d’un groupe de travail ISO portant sur « Perceptual assessment of soundscape quality» auquel l’auteur de ces lignes a été invitée à participer est symptomatique de l’intérêt porté par les décideurs à cette démarche au niveau européen. | Urban soundscape assessmentMany studies are based on the concept of soundscape proposed by R.M. Schafer a Canadian composer, author of « The tuning of the world» . They depend on an aesthetic as well as a scientific approach. Some of them deal with description, analysis and qualification of urban sound environment. Throughout the world, researchers who may be acousticians, musicians, architects, urban designers, landscape architects, geographers, sociologists, environmental psychologists and who are interested in this topic, have developed new methodologies which highlight sensitive and/or quantifiable aspects of the assessment of urban sound ambiences. The GRECAU-Bx method, called « soundwalk» , was inspired by K. Lynch’s approach which looks at the city through urban walks. Audio digital binaural recordings are carried out along a route which crosses different urban forms for around half an hour. On the route, a lot of photos are taken in order to keep a record of the different urban morphology present and the activity occurring during the soundwalk. In particular, it is important to compare the visual impression and the auditive one for some soundscenes (significant sound events). One can find a detailed description of the method in Listening to a city with the soundwalk method. Special Issue « Soundscape» Acta Acustica united with Acustica, vol. 92, 959-964. For a long time, taking the complexity of the soundscape into account for the study of urban planning was only a research topic. The city noise maps, on which the urban acoustics regulations are based, have reached their limit. As a matter a fact, the soundscape approach is a complementary way to qualify the urban sound environment more globally. As a result of the interest shown to this approach by European decision-makers a new ISO standard work group about « Perceptual assessment of soundscape quality» has just been created, and I have been invited to take part in the latter. |
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EDITO N°2
25/09/2008
Jacques Teller
LEMA, Université de Liège, Belgique
LEMA, University of Liege, Belgium
Des ambiances au territoireLa recherche sur les ambiances s’est d’abord attachée aux espaces intérieurs —habitat, galeries commerciales, espaces muséaux etc.— pour ensuite porter son attention sur des espaces urbains tels que les cœurs d’îlot, les rues, les places, les grands ensembles. Alors même que les conditions de production et de transformation des formes architecturales et urbaines sont assez distinctes, on pouvait en effet considérer que la contiguïté sensorielle de ces deux mondes justifiait le recours à des références et des méthodes communes pour les appréhender. Mais que dire alors d’échelles plus étendues ? Peut-on parler d’ambiances territoriales ? Comment appréhender ce qui ferait leur éventuelle unité quand nos sens et nos modèles nous parlent avant tout de diversité, de mosaïque ou de discontinuités lorsque nous parlons de territoires ? Ces questions nous amènent à repenser les limites de notre champ disciplinaire. Plus concrètement, elles ouvrent aussi des perspectives vers des dispositifs ambiantaux peu étudiés jusqu’ici. Nous pensons en particulier aux infrastructures vertes, qui se déploient sur des échelles qui ne sont plus proprement urbaines, mais territoriales, et qui sont caractérisées par un statut hybride, entre espace public et réseau de communication. Non reconnus comme des « paysages » à part entière par les acteurs de cette discipline, ces dispositifs ne peuvent être confondus avec des rues ou des places traditionnelles en raison de leur autonomie par rapport au tissu bâti. On voit cependant, au travers d’exemples comme la Greengrid Strategy, dans l’estuaire de la Tamise, que la question de la continuité sensorielle y joue un rôle aussi important que la seule connexité physique. Aborder le territoire sous l’angle des ambiances c’est aussi s’interroger sur le rôle des médiateurs, interfaces entre l’usager et le territoire, tels que la voiture bien sûr, mais aussi le train à grande vitesse, l’infrastructure routière ou pédestre, les dispositifs de signalisation. Le véhicule, dans tous ces cas, joue un rôle de filtre qui va conditionner notre regard sur le territoire et orienter les transformations mêmes de celui-ci. Parler d’ambiances territoriales, c’est donc avant tout explorer les propriétés sensorielles de ces objets intermédiaires qui, à l’image de la porte et du pont de Georg Simmel, à la fois nous isolent et nous lient à ce qui nous entoure. | From ambiances to territoriesResearch on ambiances, if initially centred on internal spaces – housing, commercial malls, museums and the like-, rapidly addressed the characteristics of urban spaces like urban blocks, places, large housing units. Even though their production and transformation processes are quite different, it has been argued that some sensorial contiguity of both types of spaces justified the use of common references and tools for analysing them. Is this still applicable for larger scales ? Would it be legitimate to speak about territorial ambiances ? How shall we address the unity of these ambiances when our perception and models are informing us of diversity, mosaics and discontinuities when faced with territories ? These questions are a way to consider anew the limits of our disciplinary field. More concretely, they open interesting avenues towards innovative ambient systems, as for instance green infrastructures, which are no longer “urban” but “territorial” systems. These infrastructures are characterised by a hybrid status, between public spaces and communication networks. Though they are not considered as genuine landscapes by experts of this field, their large autonomy from the built environment distinguishes them from traditional streets or places. Still it can be observed in a series of cases, like the Greengrid strategy along the tames river, that the sensorial continuity is a key challenge for the design of these infrastructures along with usual concerns regarding their physical connectivity. Analysing territorial ambiances further leads to questioning the role of mediators, those interfaces between users and territories, such as the car obviously, but also high-speed trains, road and pedestrian infrastructures or road signage. In all these case the vehicle filters our perception of the territory, which influences our way of seeing it and its mere transformations. Speaking about territorial ambiances is a way to explore the sensorial properties of these intermediary objects, which, as the door and the bridge of Georg Simmel, both isolate and connect us to the outside environment. |
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EDITO N°1
04/09/2008
Jean-Paul Thibaud
CRESSON, UMR CNRS 1563, France
CRESSON, UMR CNRS 1563, France
L’ambiance dans tous les sensS’interroger sur la place absente des odeurs dans la conception architecturale. Relire les intuitions sensibles de Fernando Pessoa dans sa description de Lisbonne. S’émerveiller de la lumière de Times Square lors d’une tempête de neige nocturne. Disserter sur la difficulté à restituer verbalement une expérience sensible. Donner à entendre une place publique de Tunis un jour de ramadan. Questionner l’importance de la lumière dans l’œuvre de Tadao Ando. S’essayer à un poème évoquant la grosse chaleur de Sao Paulo l’été. Faire état d’un nouvel essai de modélisation des phénomènes thermiques. Rendre compte d’un livre portant sur la culture sensible du monde contemporain. Présenter une action artistique se rapportant à la perception en espaces publics. S’appuyer sur une vidéo pour illustrer une promenade architecturale. Restituer une expérience pédagogique en matière d’urbanisme sensible. Ebaucher quelques propositions pour améliorer le fonctionnement du réseau. Improviser un petit texte sur l’intérêt personnel porté au monde sensible. Autant de tons et de thèmes possible dans ces petits éditos. Autant de variations et de versions de ce que chacun pourrait partager. Et bien plus sans doute à inventer et à expérimenter. Libre expression des ambiances à qui le souhaite. Alors à qui le tour ? | Ambiance in every senseTo question the absence of smell in architectural design. To decipher the sensitive intuitions of Fernando Pessoa in his depiction of Lisboa. To be dazzled by the light of Time Square during a snowstorm at night. To discuss the difficulty of verbally expressing a sensory experience. To give a sonorous account of a public space in Tunis on a day of ramadan. To discern the importance of light in Tadao Ando’s architecture. To discern the importance of light in Tadao Ando’s architecture. To write a poem about the heavy heat of Sao Paulo on a summer day. To give an account of a recent modelization of thermic phenomena. To review a book on sensory culture in the contemporary world. To present an artistic experiment dealing with perception in public places. To rely on a video recording to present an architectural promenade. To convey a pedagogical experiment related to sensory urbanism.To sketch a few ideas in order to enhance the functioning of the network. To improvise a short text on the personal interest related to the world of senses.As many tones and themes possible in these shorts editorials. As many variations and versions of what each of us could share.And a lot more to invent and experiment.A free expression of ambiances to whoever wishes to contribute.So, who’s turn is it now ? |
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